logo

Adam Darby : Dix ans de combat pour l'UFC à Las Vegas

Adam Darby a mis plus de dix ans à y arriver. Il lui a suffi de trois rounds dans la lumière crue de Las Vegas pour tout faire basculer.

Le 1er septembre, le welterweight de Clongriffin est devenu le premier Irlandais à décrocher un contrat UFC via le Dana White’s Contender Series, en s’imposant par TKO contre l’Américain Patrick Rivera. Une victoire arrêtée par le médecin au troisième round, après une domination méthodique qui a laissé peu de place au doute.

Dans un coin de la cage, au moment où la décision tombe, Darby ne pense pas seulement à Rivera. Il remonte dix ans en arrière. « C’est plus de dix ans de travail qui arrivent à leur aboutissement », confie-t-il à BBC Sport NI. Une phrase simple, mais derrière, un parcours cabossé.

De la claque de 20 secondes au rêve UFC

Son bilan actuel affiche 8-1. La seule défaite, pourtant, a longtemps servi de cicatrice ouverte. Lors de son deuxième combat professionnel, Darby se présente persuadé d’être « le meilleur gars du monde ». Il repart avec un TKO debout infligé en 20 secondes par Mush Aslani.

Pour beaucoup, une telle désillusion plie une carrière. Pas pour lui. « Pour beaucoup de gens, ça peut finir leur carrière. Mais pour moi, cette défaite m’a forcé à réfléchir : où est-ce que je vais à partir de là ? » explique-t-il. Le message est clair : la vie frappe fort, mais il refuse de rester au sol.

Une main brisée, une carrière annoncée finie

Avant un combat prévu au Cage Warriors 170 en mars 2024, tout s’effondre. Doigt littéralement cassé en deux, main fracturée, opérations multiples. Verdict médical brutal : on lui annonce qu’il ne frappera peut-être plus jamais comme avant, voire plus du tout.

« On m’a dit : ‘Tu ne te battras probablement plus, tu ne pourras plus frapper avec ça.’ » Dix-sept mois loin de la cage, une éternité pour un combattant au bord du plus haut niveau.

Deux ans et demi plus tard, le voilà pourtant dans la cage du Contender Series, à Las Vegas, sous les yeux de Dana White. Main réparée, mental affûté.

Domination sur Rivera et frustration contenue

Face à Patrick Rivera (13-5), Darby ne se contente pas d’assurer. Il impose son rythme, use son adversaire et prend le contrôle du combat. Round après round, la pression monte, les coups s’accumulent, les dégâts aussi.

Le médecin finit par intervenir au troisième round. Combat terminé, TKO. Mission accomplie. Mais dans la tête de Darby, un léger goût d’inachevé. « Je disais à l’arbitre : ‘Ne l’arrête pas, il va bien, il va bien.’ Je savais qu’il était fini, mais je voulais un finish pour les highlights », raconte-t-il. L’arbitre, lui, a vu les dommages et a coupé court.

Darby s’y était présenté avec une idée précise : faire le show. « Je suis entré pour offrir un spectacle, et je pense que j’ai tenu parole. » Dana White valide. Le contrat UFC tombe. Darby fait partie des cinq élus de la soirée.

Sur la même carte, le Liverpuldien Liam McCracken, lui, n’a pas cette chance. L’ancien de Cage Warriors s’incline par KO contre Silvestre Sanchez dans un duel lightweight spectaculaire, mais sans ticket pour l’UFC à la clé.

« UFC ou rien » : une phrase griffonnée, un destin assumé

Pour comprendre la détermination du Dublinois, il suffit de revenir à une note qu’il a écrite en 2018 et qu’il a ressortie sur les réseaux après sa victoire au Contender Series : « Une vie, une chance, UFC ou rien. »

La formule n’est pas un slogan creux. C’est une ligne de conduite. « La visualisation, c’est très important, mais tu ne peux pas rester dans ta chambre à te regarder dans le miroir en disant : ‘Je suis le meilleur’ sans t’entraîner derrière », insiste-t-il. Il parle d’objectifs, de travail, de sueur. Rien de glamour, tout de concret. « Tu dois te fixer des objectifs et bosser pour arriver là où tu veux. J’ai dû faire le travail. »

Son histoire avec les sports de combat démarre pourtant comme beaucoup d’autres. Son père l’inscrit au kickboxing. Puis il découvre le MMA. Coup de foudre immédiat. « Une fois que j’ai fait mon premier jour en MMA, c’était fini. C’était moi pour le reste de ma vie, et maintenant, plus de dix ans plus tard, je suis combattant professionnel à l’UFC. »

Porte-drapeau d’une nouvelle vague irlandaise

Darby porte aujourd’hui les couleurs de Team Ryano, mais aussi celles d’une scène irlandaise en pleine explosion. À ses yeux, le niveau a changé de dimension.

« Le niveau du MMA en Irlande s’est tellement amélioré. Les combattants avant nous ont travaillé toute leur carrière en cumulant plusieurs jobs, maintenant tout le monde s’entraîne à plein temps », souligne-t-il. Il cite les noms qui montent : Paddy McCorry, Ger Harris, Solomon Simon. Selon lui, ces talents-là ne sont qu’à « 12 à 24 mois » de l’UFC.

Son propre succès, il espère qu’il servira de repère. « C’est inspirant de penser que quelqu’un qui me regardera dans cinq ou dix ans à l’UFC pourra dire : ‘J’ai vu Adam Darby le faire, donc je savais que je pouvais le faire.’ » Il pense à son quartier, à ceux qui n’ont pas beaucoup de portes de sortie. « Là d’où je viens, peu de gens s’en sortent comme ça et réussissent. C’est bien de montrer que tu peux gagner ta vie honnêtement, te battre et en vivre. »

Déjà tourné vers le premier pas dans l’Octogone

Contrat signé, objectif atteint ? Pas vraiment. Pour Darby, ce n’est qu’une étape. Il vise déjà la suite. Il veut ses premiers pas dans l’Octogone avant la fin de l’année.

« Je viserai clairement un combat de plus cette année, mais maintenant, c’est à l’UFC de décider », glisse-t-il. Une certitude demeure : « Je leur ai toujours dit que j’étais prêt à me battre quand ils veulent. »

Le garçon qui s’était promis « UFC ou rien » a tenu parole. Reste à savoir jusqu’où il peut pousser cette porte qu’il vient enfin de forcer.