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Aichi-Nagoya 2026 : Cérémonie d'ouverture et défis pour l'Inde

Le drapeau tricolore avance dans la lumière crue du Paloma Mizuho Stadium. En tête de la délégation indienne, Manu Bhaker et Pawan Kumar mènent leurs coéquipiers dans l’arène de Nagoya, alors que les 20es Jeux asiatiques s’ouvrent au Japon, ce 19 septembre 2026.

Dans les tribunes, les flashs crépitent. Sur scène, le violoniste Taro Hakase installe la tonalité de la soirée, bientôt rejoint par les chorégraphies millimétrées des danseurs. La cérémonie prend de l’ampleur, portée aussi par la performance du boys band INI, pendant que l’hymne national japonais retentit et que le drapeau du pays hôte s’élève dans le ciel de Nagoya.

La fête est belle. Mais derrière le décor, l’Inde avance en terrain accidenté.

Hébergements saturés, plan B chez les expatriés

Avec près de 500 athlètes engagés, la délégation indienne arrive en nombre dans une ville déjà à la limite de la saturation. Pas de village des athlètes construit pour l’occasion : les organisateurs japonais ont choisi une formule économique, entre paquebot de croisière, cabanes en bois et hôtels disséminés dans la préfecture d’Aichi.

Résultat : plus de 17 000 participants à loger, et un casse-tête qui déborde sur les équipes. Certains pays dénoncent des chambres exiguës, des huttes façon conteneurs maritimes et des trajets interminables entre hôtels et sites d’entraînement.

Face à ces contraintes, l’Inde déploie une solution pour le moins singulière. Sahdev Yadav, chef de mission et trésorier de l’Indian Olympic Association, l’assume : des hôtels ont été réservés, mais un plan de secours est prêt. Si les chambres viennent à manquer, des familles indiennes installées au Japon ouvriront leurs portes aux athlètes.

Des stars du sport hébergées chez des compatriotes, loin des standards aseptisés des grands événements. Une image forte, presque déroutante, qui illustre la tension logistique de ces Jeux. Husain Al-Musallam, directeur général de l’Olympic Council of Asia, préfère saluer l’audace japonaise : un modèle à moindre coût, selon lui, pour les futures grandes compétitions.

Cérémonial bousculé, kits manquants, détails qui fâchent

Les couacs ne s’arrêtent pas aux lits et aux navettes. Dans la délégation indienne, même le protocole a dû être réajusté à la dernière minute.

Le rôle de porte-drapeau masculin, initialement confié au lanceur de poids Tajinderpal Singh Toor, a finalement basculé vers le kabaddi. Pawan Sehrawat a été désigné pour le remplacer lors de la cérémonie d’ouverture. La raison ? Toor ne dispose tout simplement pas de la tenue officielle requise pour le défilé dans ses bagages. Sans kit cérémoniel, impossible de participer au moment symbolique de la soirée.

Autre détail révélateur : l’équipe masculine de cricket attend toujours des maillots à la bonne taille à la veille de son départ, prévu dans la nuit de samedi à dimanche. Là encore, la logistique grince, et la fédération indienne a dû organiser ses propres solutions d’hébergement pour le groupe, en marge du dispositif officiel.

Les Jeux commencent, mais les ajustements de dernière minute ne sont pas terminés.

Manu Bhaker apaise le jeu : « Profiter plutôt que se plaindre »

Dans ce climat de critiques croissantes sur l’organisation, une voix se détache. Celle de Manu Bhaker, championne de tir et porte-drapeau, qui appelle ses compatriotes à regarder ailleurs que les défauts du système.

Dans un message vidéo diffusé par l’Indian Olympic Association, elle rappelle à ses coéquipiers que cette expérience reste, pour beaucoup, unique dans une vie. Elle reconnaît l’existence de problèmes, mentionne les doléances qui circulent sur les réseaux sociaux, mais insiste : l’énergie doit aller vers la performance, pas vers les plaintes.

Son discours tranche avec l’agacement ambiant. Il renvoie les athlètes à l’essentiel : concourir, malgré les navettes trop longues, les chambres étroites et les retards de livraison de tenues.

H.S. Prannoy, entre dernier tour de piste et rêve olympique

Sur les parquets de badminton, une autre figure de l’Inde aborde ces Jeux avec un mélange de lucidité et d’ambition. Le vétéran H.S. Prannoy admet que l’Aichi-Nagoya Asian Games sera très probablement sa dernière apparition à ce niveau continental.

Il ne ferme pourtant pas la porte à un dernier défi : il se laisse un an pour juger s’il a encore assez de ressources pour viser sérieusement les Jeux de Los Angeles 2028. Une ligne d’horizon lointaine, mais pas irréaliste pour un joueur qui a souvent bâti ses meilleurs résultats dans l’adversité.

Teqball, sports nouveaux et première médaille en vue

Sur les bords du terrain de teqball, discipline en plein essor et désormais au programme officiel, l’Inde flirte déjà avec l’histoire. Quimcy Dsouza a atteint le dernier carré en simple féminin à Nagoya. Elle a cédé en demi-finale, au terme d’un duel exténuant en trois manches face à l’Indonésienne Sumaya, renversée après avoir longtemps tenu la qualification en main.

Cette défaite ouvre pourtant une autre porte : Dsouza jouera le match pour le bronze, avec à la clé la possibilité d’offrir à l’Inde sa toute première médaille en teqball aux Jeux asiatiques. Une ligne de plus dans le virage que prend ce rendez-vous, qui accueille aussi le virtual taekwondo et plusieurs disciplines inédites, pensées pour dynamiser le programme.

Ambitions intactes après Hangzhou, mais délégation resserrée

Trois ans plus tôt, à Hangzhou, l’Inde avait frappé fort : 106 médailles, une quatrième place derrière la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Cette fois, la délégation est plus compacte. Finies les inscriptions à tout-va, encouragées par les primes et les avantages liés à une participation aux Jeux asiatiques. Les autorités sportives ont rationalisé, réduit les effectifs, ciblé les disciplines à fort potentiel.

Le pari est clair : viser environ 100 médailles avec nettement moins d’athlètes, et améliorer ainsi le ratio performances/participants. La pression se concentre donc sur les têtes d’affiche : PV Sindhu, Mirabai Chanu, Manu Bhaker, les équipes de cricket et de kabaddi – tenantes du titre chez les hommes comme chez les femmes – sans oublier le hockey masculin, qui vient défendre sa couronne continentale.

Une ouverture brillante, un marathon de 469 titres à venir

Le rideau s’est levé à Nagoya après des semaines de build-up hésitant, mais la machine sportive est désormais lancée. Dès le dimanche matin, le premier titre d’or doit tomber, très probablement sur le triathlon individuel masculin. Derrière, 468 autres médailles d’or seront distribuées dans plus de 40 sports jusqu’au 4 octobre.

L’Inde arrive avec moins de volume, mais plus de ciblage. Avec des athlètes parfois logés sur un paquebot, parfois dans des huttes, parfois chez des familles expatriées prêtes à accueillir « leurs » champions. Avec des kits qui arrivent en retard, des porte-drapeaux changés au dernier moment, mais aussi avec une génération décidée à transformer le tumulte logistique en carburant.

Au milieu de cette organisation à l’économie, une question s’impose : dans ce décor bricolé mais bouillonnant, l’Inde saura-t-elle convertir ses ambitions en une nouvelle moisson historique, ou devra-t-elle, cette fois, se contenter d’avoir simplement tenu bon ?