Alex Eala : de la promesse au statut de star mondiale
À Flushing Meadows, Alex Eala n’est déjà plus une simple promesse. Elle attire des foules compactes à l’entraînement, aligne les contrats à sept chiffres et transforme des séances de frappe en mini-spectacles au cœur de l’US Open.
Et, en coulisses, certains voient déjà beaucoup plus grand.
Max Eisenbud, patron de la représentation des athlètes chez WME Sports et IMG Tennis, ne tourne pas autour du pot : selon lui, la joueuse philippine de 21 ans est en train de grimper vers un club ultra-fermé, celui des sportives les mieux payées de la planète.
« Je suis très confiant qu’en 2027, elle sera la deuxième sportive la mieux payée au monde, derrière Coco [Gauff] », a-t-il déclaré à Forbes.
Une projection vertigineuse pour une joueuse dont l’explosion mondiale ne fait que commencer. Mais les chiffres, eux, ne tremblent pas.
Une machine commerciale déjà lancée
Sur les douze derniers mois, Forbes estime qu’Alex Eala a gagné plus de 5 millions de dollars en revenus hors court, avant impôts et commissions, auxquels s’ajoutent 1,7 million de dollars de prize money sur la saison 2026.
Son portefeuille de partenaires ressemble déjà à celui d’une star installée : Nike, Babolat, Globe Telecom, Bank of the Philippine Islands, Locally, Milo. Plusieurs de ces liens remontent à l’enfance.
- Globe l’a signée comme ambassadrice à 8 ans.
- Babolat l’accompagne depuis ses années juniors.
- Nike l’a enrôlée en 2019, BPI a suivi en 2022.
- Locally a rejoint le cercle en 2025, Milo en février 2026.
La marque à la virgule a d’ailleurs compris le potentiel identitaire du phénomène : Nike intègre de plus en plus la culture philippine dans le marketing autour d’Eala, avec notamment des produits inspirés de la fleur nationale, le sampaguita.
Mais le signe le plus parlant de son changement de dimension se lit sur… son maillot.
Selon Forbes, Globe et BPI ont signé début 2026 de nouveaux contrats de quatre ans garantissant plus d’un million de dollars par an pour apposer leur logo sur la tenue Nike de la joueuse. Eisenbud l’affirme : le ticket d’entrée se chiffre désormais à sept chiffres pour toute marque qui veut se greffer à son image.
Les chiffres s’envolent. Et le marché suit.
New York découvre la puissance de la diaspora
Les bilans comptables ne racontent pourtant qu’une partie de l’histoire. L’autre se voit à l’œil nu.
Pendant la Fan Week de l’US Open, les séances d’entraînement d’Alex Eala ont attiré des marées de supporters philippins. Des courts d’entraînement habituellement tranquilles sont devenus des tribunes improvisées, bruyantes, colorées, parmi les plus fréquentées du site.
Même décor lors de l’exhibition Stars of the Open à Arthur Ashe Stadium. Face à l’Américaine Iva Jovic, Eala a joué devant une foule électrique dans le plus grand stade de tennis du monde. Une nouvelle preuve que son ascension ne se limite pas au classement WTA.
Le tournoi n’a pas mis longtemps à s’adapter.
Son premier tour, mardi soir, face à l’Américaine Mary Stoiana, issue des qualifications, a été programmé sur Louis Armstrong Stadium, deuxième plus grande arène du USTA Billie Jean King National Tennis Center.
Le directeur du tournoi, Eric Butorac, l’a reconnu : après la fièvre observée pendant la Fan Week, il était évident qu’Eala devait jouer sur un court majeur. Les prix des billets ont suivi la courbe de la demande : ils grimpent.
Pour une athlète qui cherche à transformer une ferveur nationale en notoriété mondiale, ce type de scène compte. Beaucoup.
Dans le sillage de Coco Gauff ?
Le sommet à atteindre reste colossal.
Forbes estime que Coco Gauff a gagné 25 millions de dollars hors court en 2025. Derrière elle, la skieuse acrobatique Eileen Gu pointe à 23 millions, la joueuse chinoise Qinwen Zheng à 21 millions. Aryna Sabalenka et Iga Swiatek tournent chacune autour de 15 millions.
Alex Eala, elle, est déjà 18e mondiale après une saison marquée par un premier titre WTA en simple à Washington, où elle est devenue la première Philippine à remporter un tournoi de ce niveau.
Le classement ne suffit pourtant pas à expliquer sa valeur commerciale.
Ce qui la distingue, c’est l’ampleur du public qui se cristallise déjà autour d’elle. Les fans philippins l’ont suivie de Washington à New York, ont rempli les tribunes d’entraînement, animé les exhibitions et, au passage, contribué à la hisser sur Louis Armstrong pour son entrée en lice à l’US Open.
Ce type de connexion ne se fabrique pas à coups de campagnes publicitaires. Il se gagne. Et il se paie de plus en plus cher.
L’ancien numéro 1 mondial Andy Roddick l’a confié à Forbes : Alex Eala amène un nouveau public massif vers le tennis. Max Eisenbud, qui a déjà piloté les trajectoires commerciales de Coco Gauff, Maria Sharapova ou Emma Raducanu, observe aujourd’hui la même combinaison d’ingrédients se mettre en place autour de la Filipina.
La prochaine étape est claire : transformer cette attention en résultats durables en Grand Chelem.
Si elle y parvient, les courts bondés de New York pourraient bien rester comme le moment où le reste de l’industrie sportive a enfin compris ce que les supporters philippins savaient déjà depuis longtemps : Alex Eala est en train de devenir bien plus qu’une simple histoire de tennis.




