Allemagne : Matthäus redessine la hiérarchie des gardiens
Lothar Matthäus n’a jamais eu peur de trancher. Dans sa chronique pour Sky, l’icône de la Mannschaft a mis les pieds dans le plat : l’ère Manuel Neuer touche à sa fin, et la bataille pour le poste de numéro un s’ouvre vraiment.
Quatre noms sortent du lot dans son esprit. Et un, surtout, intrigue : Marc-André ter Stegen, désormais à Ajax Amsterdam, que Matthäus voit clairement comme un prétendant sérieux au trône laissé par le gardien du Bayern Munich.
« Je pars du principe qu’il sera forcément dans le groupe », écrit-il. Et il insiste : si le portier continue sur la même ligne aux Pays-Bas, il devient un candidat crédible pour le poste de numéro un dans le but de l’Allemagne.
Jonas Urbig, le projet à long terme
À court terme, la concurrence s’annonce féroce. À long terme, Matthäus ne se cache pas : pour lui, le futur appartient à Jonas Urbig. Le gardien du Bayern Munich, doublure de Neuer dans ce qui ressemble à sa dernière saison, doit être « construit » par la DFB pour devenir la référence dans les grands tournois.
La logique est implacable : l’âge joue pour lui. Urbig est celui qui peut enchaîner le plus de compétitions internationales dans les années à venir. Une perspective qui plaît à Matthäus, soucieux de voir l’Allemagne retrouver une hiérarchie claire dans les cages.
Autour de ce duo, le champion du monde 1990 élargit le champ. Il cite aussi Loris Karius, aujourd’hui à Schalke 04, et Noah Atubolu, gardien de l’Eintracht Frankfurt. Et il rappelle que, globalement, sept ou huit gardiens restent dans le radar de la sélection.
Dans cette liste élargie, les noms d’Alexander Nübel (Besiktas Istanbul), Finn Dahmen (Augsburg), Mio Backhaus (Freiburg) et Oliver Baumann (Hoffenheim) reviennent régulièrement dans les discussions.
Karius, du traumatisme de Kiev à la porte de la Mannschaft
Parmi tous ces candidats, Matthäus s’arrête plus longuement sur un cas : Loris Karius. Pour lui, si la sélection se fait vraiment sur la performance, le gardien de Schalke a « une bonne chance » d’être appelé.
Les arguments sont clairs. La saison passée, Karius a été l’un des grands artisans de la montée de Schalke. Il a tenu la baraque, multiplié les arrêts décisifs, assumé son rôle de cadre dans un club sous pression permanente. Après la promotion, il a confirmé, notamment lors d’un 0-0 face au Bayern Munich où il a rappelé à tout le monde qu’il reste un gardien de très haut niveau.
Matthäus pousse même plus loin : le passé de Karius à Liverpool, et surtout la nuit cauchemardesque de la finale de Champions League 2018 contre le Real Madrid, doit « rester dans le tiroir ». Une phrase lourde de sens pour un joueur dont la carrière a longtemps été définie par ces erreurs.
À l’époque, Karius était le numéro un de Jürgen Klopp à Liverpool. Ses bourdes à Kiev lui coûtent le trophée, puis sa place. S’ensuivent des prêts à Besiktas Istanbul et à l’Union Berlin. En 2022, il quitte définitivement les Reds, libre.
Son passage sur le Bosphore laisse aussi des traces : selon un rapport de kicker, sa relation avec Klopp se refroidit nettement, au point qu’il ne rejoue plus jamais sous ses ordres.
En janvier 2025, il signe à Schalke. Un pari. Qui tourne au coup de maître pour toutes les parties.
Ter Stegen, l’éternel numéro deux à la croisée des chemins
Reste le cas Marc-André ter Stegen, sans doute le plus complexe. Pour le gardien de 34 ans, un nouveau chapitre avec l’Allemagne ne semble envisageable que si on lui garantit enfin une place de titulaire. Après des années passées dans l’ombre de Neuer, après des blessures à répétition, il n’a jamais débuté un grand tournoi comme numéro un de la Mannschaft.
Il devait d’ailleurs être le gardien désigné pour la Coupe du monde 2026. Le plan était écrit. Puis Neuer est sorti de sa retraite internationale, rebattant une fois de plus les cartes.
Le corps de ter Stegen, lui, a continué de le trahir. Ses pépins physiques l’ont fait reculer dans la hiérarchie à Barcelone, au point de perdre sa place et son statut. Une longue saga, une opération au dos, un prêt à Girona l’hiver dernier… et une nouvelle blessure à la cuisse pour compliquer encore un peu plus la donne.
Cet été, il a accepté un prêt à Ajax jusqu’à la fin de la saison. Un nouveau départ, encore. Pour l’instant, le bilan reste mitigé : 11 buts encaissés en sept matches, une erreur en barrages de Conference League. Pas de catastrophe, pas non plus de démonstration.
Son contrat avec Barcelona court jusqu’en 2028, mais son avenir en Catalogne semble déjà écrit. Ailleurs. La question est simple : ce « ailleurs » peut-il encore passer par la sélection allemande, et à quel prix en termes de statut ?
Klopp arrive, la porte s’entrouvre pour tous
Le timing de ce débat n’a rien d’un hasard. L’Allemagne s’apprête à entamer une nouvelle ère avec Jürgen Klopp sur le banc. Le premier rendez-vous est costaud : un déplacement aux Pays-Bas en Nations League pour les débuts du technicien.
Pour lancer son mandat, Klopp envisagerait de convoquer un groupe XXL. Une manière de voir tout le monde, de tester, de sentir l’état d’esprit et le niveau réel de la concurrence à chaque poste, surtout dans les buts où la page Neuer se tourne lentement mais sûrement.
Le calendrier est dense : quatre matches pour planter le décor. Après les Pays-Bas, deux rencontres face à la Grèce, puis une réception de la Serbie. Autant d’occasions d’observer, d’oser, de trancher.
Entre un ter Stegen en quête de reconnaissance tardive, un Urbig à façonner, un Karius en quête de rédemption totale et une meute de prétendants aux portes de la sélection, la question n’est plus seulement de savoir qui gardera le but lors du prochain rassemblement.
La vraie interrogation est là : qui osera Klopp installer comme visage du nouveau cycle allemand, et pour combien de temps ?




