Angleterre remporte le premier ODI contre le Sri Lanka
Harry Brook voulait du « high-octane ». Il a eu un lent brasier d’automne. Mais au bout du compte, l’Angleterre mène 1-0, et c’est tout ce que retiendra le tableau d’affichage.
Sur une piste fatiguée de fin de saison à Chester-le-Street, plus question de feux d’artifice façon Twenty20. L’Angleterre se contente de 265 runs, tous renvoyés au pavillon en 48,1 overs. Brook, sous un soleil de septembre trompeur, tient la manche avec 67 points, sans jamais vraiment trouver le turbo des jours précédents. Derrière, ses lanceurs font le reste, étouffant le Sri Lanka pour 176 et verrouillant une victoire confortable avant le deuxième ODI à Headingley jeudi.
Jacks, vice-capitaine… et pièce maîtresse
Le décor est posé par Brook, mais la soirée appartient à Will Jacks. Sans son 46* en fin d’innings, cette rencontre aurait pu basculer. L’Angleterre vacille à 211 pour 7, un 300 semble très loin, et le doute s’installe. Jacks, lui, reste. Il patiente, puis frappe. Dix-huit runs arrachés au 48e over, un dernier coup d’accélérateur qui change l’allure du total et, surtout, l’angle psychologique du match.
Ce rôle de finisseur, il a dû l’apprivoiser. Lui qui aime s’installer dans le top 3, le voilà ancré dans le bas du milieu d’ordre depuis l’an dernier. Les chiffres parlent : moyenne de 43, taux de frappe au-dessus de 100. C’est plus qu’un ajustement, c’est une mutation réussie.
Et ce n’est que la moitié de l’histoire. Ballon en main, Jacks devient l’arme inattendue de Brook. Off-spin intelligent, variations de rythme, angles malins : sept overs, cinq wickets pour 22 runs. Il fait tomber le meilleur scoreur sri-lankais, Dunith Wellalage (45), et démantèle l’alignement visiteur par à-coups. Dans l’histoire des ODI anglais, seul Vic Marks a fait mieux comme spinner, avec un 5 pour 20 contre la Nouvelle-Zélande à Wellington en 1984. Une référence qui situe la performance.
Brook ne s’y trompe pas. Pour lui, Jacks n’est plus un « part-timer », mais un vrai off-spinner, capable à la fois de faire tourner gros et de contenir. Le brassard de vice-capitaine ne semble pas un accessoire : son influence se lit avec la batte, la balle et dans le champ.
Un total sous 300, une défense autoritaire
Le chiffre brut – 265 – ne fait rêver personne dans le cricket moderne. WinViz donne même le Sri Lanka légèrement favori à mi-parcours. Mais à regarder le terrain, le sentiment est tout autre. La surface se ferme, les frappes deviennent lourdes, la balle ne vient plus sur la batte. Les 61 pour 1 de l’Angleterre après le powerplay de 10 overs – Tom Banton proprement nettoyé par une superbe balle d’Asitha Fernando – marquent la meilleure fenêtre pour les batteurs. Ensuite, chaque run coûte.
Privée d’Adil Rashid, blessé à la main pour toute la série, l’Angleterre doit réinventer son attaque. Elle y parvient. Hormis Jofra Archer, qui encaisse un peu en fin de journée après un été tous formats dans les jambes, le reste du groupe verrouille le match. Jamie Overton cueille deux wickets en jouant sur les coutures, variation simple mais efficace sur ce type de surface. Brook obtient enfin ce qu’il réclamait depuis longtemps : une défense solide d’un total sous les 300, une première pour l’Angleterre en ODI depuis 2022.
Le Sri Lanka, battu dès le toss, ne donne jamais vraiment l’impression de courir après la victoire. Les conditions, la pression du score, la précision anglaise : tout se combine pour maintenir les visiteurs à distance.
Colombage, la trouvaille sri-lankaise
Si l’Angleterre ne dépasse pas les 300, c’est aussi parce qu’un inconnu – ou presque – décide de se présenter au monde. Sachindu Colombage, wrist-spinner de 28 ans, action saccadée, presque désarticulée, termine avec 3 pour 44 pour sa première en ODI. L’an dernier, il jouait encore pour Downham Stow en East Anglian Premier League. Son CV domestique n’a rien d’intimidant. Gary Kirsten, lui, a vu autre chose.
Le coach sri-lankais a misé sur le drift et la chute de balle, ces détails qui gênent même les plus grands. Joe Root et Jos Buttler en font l’amère expérience. Tous deux surpris sur le back foot : Root voit son off-stump voler pour 44, Buttler est coincé lbw pour 31 sur une balle qui redresse. Plus tard, Overton est battu par un leg-break qui monte au-dessus de la ligne des yeux avant de tourner sèchement. Colombage ne fait pas que remplir une case, il change le ton de l’innings anglaise.
Le renvoi de Root au 23e over met fin à une série remarquable : il n’avait plus été éliminé en ODI depuis 416 balles, pour un total de 404 runs, une séquence entamée lors de la série gagnée 2-1 en Sri Lanka l’hiver dernier. Mais le vrai basculement, c’est le départ de Brook.
Installé, sûr de lui, presque inamovible, le capitaine tente alors un de ses coups signature : charge sur Dushmantha Chameera, inside-out au-dessus du point. Cette fois, le timing l’abandonne. La balle s’envole vers le deep point. Pris. Et avec lui, le rythme de l’Angleterre.
La mini-débâcle et le rappel à l’ordre de Pietersen
Ce wicket ouvre une brèche. Quatre wickets pour 29 runs en 46 balles. De 182 pour 3 à 211 pour 7. Buttler s’en va, Rehan Ahmed vit un moment à oublier. Kevin Pietersen, nouveau mentor de l’équipe, avait insisté avant le match sur l’importance de mieux faire tourner le strike. La scène qui suit ressemble à un contre-exemple parfait.
Ahmed démarre pour une course qui n’existe pas. Charith Asalanka, dans le ring, ramasse et aligne un direct hit. Ahmed s’arrête presque, conscient de sa faute, résigné avant même que la balle ne touche les stumps. Dans un ODI serré, ce genre de détail coûte cher. Ici, Jacks empêche le Sri Lanka d’en profiter pleinement.
Avec un peu de soutien de Gus Atkinson, il remet l’Angleterre sur des rails acceptables. Pas un score massif, mais un score défendable, surtout dans ces conditions. Le vrai travail de Jacks commence alors.
Le cinq-fer qui change de dimension
Ballon en main, Jacks ne se contente pas de tenir un bout. Il éventre la ligne sri-lankaise. Wicket après wicket, il creuse l’écart, casse tout embryon de partenariat, installe une forme de résignation chez les visiteurs. Son cinquième wicket, celui du numéro 11 Dilshan Madushanka, est une signature : une balle qui tourne fort, qui vient fracasser les stumps et scelle une victoire nette.
Premier cinq-fer pour lui en ODI, soirée complète pour un joueur qui, en 18 mois, est passé du statut de prospect polyvalent à celui de vice-capitaine indispensable. L’Angleterre cherchait des réponses en vue de la prochaine Coupe du monde à 50 overs. Elle n’a pas tout trouvé à Chester-le-Street. Mais elle sait désormais qu’autour de Brook, un nom s’est définitivement imposé au cœur du projet : Will Jacks.




