Angleterre domine le Pakistan à Lord's : une série presque gagnée
Lord’s a déjà vu des attaques anglaises en feu. Mais ce vendredi, le carré de rapides a transformé le “Home of Cricket” en laboratoire d’optimisme pour l’avenir. Ollie Robinson, Jofra Archer, Josh Tongue et Gus Atkinson ont pris le match à la gorge et ne l’ont plus lâché. Le Pakistan, déjà fragile, a été balayé.
À la fin du deuxième jour de ce deuxième Test, l’Angleterre mène de 261 points : 290 au premier tour, puis 81-3 en deuxième manche, contre un Pakistan réduit à 110. Le tableau est brutal. Le rapport de forces, limpide.
Une matinée pour lancer la machine
La journée avait pourtant commencé dans une tonalité plus mesurée. L’Angleterre, 248-9 la veille, pouvait vite s’effondrer. Au lieu de ça, la dernière paire a appuyé là où ça fait mal.
Atkinson et Tongue ont ajouté 42 points, portant leur partenariat du dixième guichet à 47. Un supplément d’âme qui a fait basculer l’atmosphère. D’un total “correct”, l’Angleterre est passée à un score qui donnait déjà de l’air à ses lanceurs.
Sur une surface un peu plus docile que la veille mais encore pleine de promesses pour qui sait mettre la balle au bon endroit, c’était tout ce dont Robinson et Archer avaient besoin.
Robinson – Archer, le duo qui étrangle
Sans Imam-ul-Haq, touché au mollet, le Pakistan est entré au bâton déjà diminué. Mais même avec lui, vu la manière dont l’Angleterre a lancé, l’issue aurait sans doute été la même.
Archer a ouvert avec un sortilège de vitesse pure. Pointe à 95 mph, moyenne à 90,7 mph : ses premiers overs ont ressemblé à un test de résistance. Shan Masood a été son seul scalp dans cette première salve, ce qui relevait presque du miracle pour les batteurs, tant Azan Awais a passé son temps à jouer dans le vide, battu par le rythme et le mouvement.
À l’autre bout, Robinson proposait l’exact inverse. À peine 80 mph, le gardien Jamie Smith debout aux souches, et une précision chirurgicale. Ligne, longueur, variation subtile dans l’air et sur la couture : il a disséqué les batteurs plus qu’il ne les a bombardés. Résultat : 4-11 et un été de retour qui tourne au manifeste. Il en est à 19 guichets en trois matchs, à 8,84 de moyenne. Indécent.
Derrière, Tongue a encore frappé avec sa longueur pleine, deux guichets supplémentaires et une statistique qui commence à peser : un guichet toutes les 13,3 balles dans cette série. Atkinson, lui, reste le grand frustré : un seul guichet en trois manches, et un autre refusé après révision quand Awais, donné pris derrière, a été sauvé par la vidéo alors que les joueurs quittaient le terrain pour une courte averse.
Au retour, le verrou a sauté. Robinson a utilisé deux révisions intelligentes pour piéger Saud Shakeel et Muhammad Rizwan lbw, puis a fait reculer Awais avec une balle courte qui a mis fin à l’unique résistance pakistanaise (46, le seul score au-delà de 20, le deuxième meilleur “batteur” étant… les extras).
Archer, enfin récompensé, a nettoyé Ali Usman et Muhammad Abbas. Sur cette pelouse, sa moyenne au lancer descend à 17. Partout ailleurs, elle dépasse 30. Lord’s est son jardin.
Pakistan plié pour 110. Avantage de 180 pour l’Angleterre. Le match venait de changer de dimension.
Top-order sous pression, Gay s’accroche
Avec un tel matelas, l’Angleterre pouvait s’installer. Elle a préféré se compliquer un peu la vie.
13-2 après 19 balles : Ben Duckett s’est fendu d’un drive catastrophique, attrapé à mi-distance, Jordan Cox a été piégé lbw, tous deux victimes de Khurram Shahzad. De quoi faire lever quelques sourcils, sans déclencher la panique. Le contexte restait confortable, mais la marge pour les erreurs gratuites se réduisait.
Emilio Gay, lui, a choisi la patience. Gaucher sobre, il a construit en s’appuyant sur le côté off, sans chercher à dominer le jeu. À ses côtés, Joe Root semblait trouver son rythme, les pieds plus légers, les coups plus fluides.
Puis le piège s’est refermé. Mohammad Ali a fait rentrer une balle, Root s’est retrouvé une nouvelle fois cloué sur la jambe. Révision désespérée, verdict implacable : lbw. Pour le meilleur marqueur de l’histoire de l’Angleterre, le problème devient sérieux. Neuf fois en sept Tests qu’il tombe lbw face à un lanceur de seam, alors qu’il n’avait connu ce sort que trois fois lors de ses 39 matchs précédents. Gardien debout ou non, la question ne disparaît plus, elle s’installe.
La balle suivante, Harry Brook a failli connaître la même fin. Même trajectoire, même piège. Sauvé par un léger inside edge, confirmé à la vidéo. Un souffle.
Avec la lumière qui déclinait, la mission a changé : survivre jusqu’au soir. Gay a frôlé la sortie sur un bord extérieur face à Abbas, qui n’a pas porté jusqu’aux mains. Il a fermé la porte derrière lui et est rentré invaincu à 30*. Brook a tenu à ses côtés.
81-3 à la fermeture, 261 runs d’avance. L’Angleterre n’a pas flambé, mais elle a verrouillé.
Une série à portée de main, malgré les nuages
Sur trois manches dans cette tournée, le Pakistan n’a jamais dépassé 171 et n’a pas encore tenu 50 overs. Face à ce carré de rapides anglais, chaque passage au bâton ressemble à un exercice de survie plus qu’à une construction de score.
La météo de samedi s’annonce catastrophique, possiblement un jour blanc. Même ainsi, avec un avantage déjà massif et deux jours supplémentaires sur ce week-end férié, l’Angleterre garde tout le temps nécessaire pour finir le travail et empocher la série.
Dans le sillage de la retraite de Ben Stokes du bowling, cette attaque de pace s’est formée par nécessité plus que par luxe. L’enthousiasme sur son avenir doit rester mesuré, tant l’opposition souffre. Mais les faits sont là : sur cette série, les lanceurs anglais dominent, écrasent même.
Derrière, une autre question s’installe, plus silencieuse mais tout aussi lourde : que faire de ce top-order encombré ? Jordan Cox aligne les demi-centaines, Jacob Bethell doit revenir d’une blessure au genou, et chaque manche devient un test de survie pour ceux qui occupent déjà les places. Emilio Gay s’est offert une opportunité rare : il a 30 points, du temps devant lui, et un match en main pour prouver qu’il mérite de rester.
Avec un avantage de 261, une attaque en feu et un Pakistan à bout de souffle, l’Angleterre tient la série. Reste à voir, quand la pluie aura fini de parler, qui tiendra encore sa place quand le soleil reviendra sur Lord’s.




