Angleterre vs Pakistan : Smith et Cox sauvent la mise à Lord's
Sous un ciel bas, des projecteurs allumés en plein après‑midi et une bruine tenace qui collait au vieux pavillon de Lord’s, l’Angleterre a passé la première journée de ce deuxième Test à se battre contre deux adversaires : le Pakistan, nettement relevé, et les conditions. À la fermeture prématurée pour mauvaise lumière, le tableau affichait 248 pour 9. Rien d’écrasant. Rien de catastrophique non plus. Un total qui respire surtout la résistance.
Au cœur de cette lutte, deux noms : Jamie Smith et Jordan Cox. Le premier signe 61 précieux, le second 55, dans un contexte où chaque run semblait coûter une éternité. Ensemble, ils ont donné un peu de colonne vertébrale à une journée que la pluie avait déjà grignotée, le jeu ne débutant qu’à 12 h 20.
Abbas mène la révolte pakistanaise
Le Pakistan, bousculé à Headingley, avait promis une réaction. Elle est venue par la main droite de Muhammad Abbas. Une leçon de maîtrise. Une ligne, une longueur, et une série de balles qui ont fait danser le haut‑ordre anglais sur une corde raide.
À un moment, Abbas a fait chavirer le match : trois wickets pour quatre runs en 16 balles. Emilio Gay, Ben Duckett, puis Joe Root, tous balayés dans une séquence qui a figé les tribunes. Le capitaine anglais, de retour aux commandes depuis Leeds, n’a ajouté que quatre runs après avoir été épargné une première fois, Imam-ul-Haq manquant une chance à troisième slip alors qu’il n’en avait qu’un.
Le relais est venu de Mohammad Ali. Trois wickets lui aussi, trois fois les stumps éventrés par des balles qui glissaient perfidement dans la pente de Lord’s. Harry Brook, Jamie Smith et Ollie Robinson ont tous vu leur défense s’ouvrir sur ce même schéma, battus par ce léger mouvement qui transforme une bonne balle en coup de poignard.
Avec quatre wickets pour Abbas et trois pour Ali, le Pakistan a enfin ressemblé à l’attaque disciplinée que l’on attend à ce niveau. Le contraste avec Leeds était saisissant.
Smith et Cox relèvent la tête
Juste au moment où l’Angleterre menaçait de s’effondrer, Jamie Smith a décidé de jouer comme si la grisaille n’existait pas. Son 61 n’a rien eu de spectaculaire en chiffres, mais tout dans le contexte. Fluide, sûr de lui, il a trouvé le tempo juste sur un terrain qui offrait suffisamment aux lanceurs pour punir la moindre erreur.
À ses côtés, Jordan Cox a confirmé qu’il n’était pas simplement un visage neuf dans ce vestiaire. Seulement son troisième Test, mais déjà une vraie présence. 55 runs, une patience froide, et surtout une association de 67 runs pour le sixième wicket avec Smith qui a totalement changé l’angle de la journée. Là où le Pakistan pouvait rêver de plier l’Angleterre sous les 200, le duo a refermé la porte, balle après balle.
Cette partnership n’a pas renversé le match. Elle l’a stabilisé. Dans une journée où chaque session ressemblait à un bras de fer, c’est souvent tout ce qu’il est possible de faire.
Atkinson termine le travail, l’Angleterre s’accroche
Quand le milieu d’ordre a fini par céder, il restait encore un dernier acte. Gus Atkinson l’a joué à sa manière : sans complexe. Son 34* en fin d’innings n’a pas été long, mais il a été brutalement utile. Des coups francs, une intention claire, et soudain ces 248 ont pris une autre dimension.
Dans ces conditions, avec une balle neuve qui promet de mordre autant pour les Anglais que pour les Pakistanais, chaque run de la fin de tableau compte double. Atkinson l’a compris, et il a forcé le Pakistan à revenir demain avec un petit arrière‑goût de regret.
Catches manqués, regrets pakistanais
Ces regrets, ils avaient déjà commencé bien plus tôt. Trois catches échappés, et une impression persistante que le cordon de slips et le gardien de but se tenaient trop en retrait, laissant plusieurs edges mourir avant eux.
Deux de ces erreurs n’ont finalement pas coûté si cher. Root, d’abord, lâché à un run par Imam-ul-Haq, n’a ajouté que trois runs de plus. Dan Lawrence, ensuite, bénéficiant d’un cadeau de Shan Masood à mid-wicket à 10, a fini par se faire lui‑même punir, brillamment run out par ce même Masood pour 17 après une course mal jugée.
La faute la plus lourde est venue de Mohammad Rizwan. Une occasion qui s’échappe, un symbole d’un Pakistan solide avec la balle mais pas assez clinique dans le champ. Dans un match qui s’annonce serré, ces détails peuvent peser plus lourd que n’importe quel sortilège de swing.
Une semaine troublée, une équipe qui se resserre
Tout cela se joue au terme d’une semaine agitée pour l’Angleterre, marquée par une nouvelle affaire extra-sportive. Brydon Carse a été écarté du groupe après une nuit à Derby, la police enquêtant sur des allégations d’agression. Pendant que ses coéquipiers bataillaient à Lord’s, il portait le maillot de Durham en County Championship contre Gloucestershire.
Dans ce contexte, voir les batteurs anglais accepter la lutte, baisser la tête et accumuler les runs sans chercher l’esbroufe a valeur de signal. Sous la deuxième ère Root, la discipline et la patience semblent, pour l’instant, revenir au premier plan.
Un match sur le fil
À la fermeture pour mauvaise lumière, une dernière ironie : dans ces conditions, l’Angleterre aurait sans doute adoré lancer une douzaine d’overs à la tombée du jour, avec la balle neuve, les nuages bas et un Pakistan encore à zéro. La météo en a décidé autrement.
Le total anglais reste pourtant « jouable ». 248-9, sur un terrain plus honnête que celui, médiocre, utilisé contre la Nouvelle‑Zélande en juin, n’a rien d’un verdict. Avec plus de pluie annoncée dans les trois prochains jours, ce chiffre pourrait bien se révéler meilleur qu’il n’en a l’air.
Le Pakistan, lui, sait qu’il tient une opportunité. En cas de bonne première innings, la série peut se renverser. Mais si la fragile ligne de batteurs visiteurs se brise encore une fois sous la pression combinée des conditions et de l’attaque anglaise, ces 248 pourraient devenir le socle d’un succès de série et d’une semaine sauvée pour Joe Root et ses hommes.
La balle est désormais dans le camp de Babar Azam. À lui de prouver que le retour de son brassard ne se limite pas à un toss gagné sous la pluie de Lord’s.




