Arlene Kelly, la légende du cricket féminin irlandais tire sa révérence
À Worcester, au milieu d’une série face à l’Angleterre, une page importante du cricket féminin irlandais est en train de se tourner. Arlene Kelly a choisi ce troisième ODI comme scène finale de sa carrière internationale. Sans effets de manche, sans tournée d’adieux. Juste une annonce, nette, à l’image de son bowling.
Arrivée en sélection en juin 2022, Kelly n’aura eu besoin que de quatre ans et demi pour laisser une empreinte profonde. 110 apparitions sous le maillot irlandais, tous formats confondus, et une constante : la fiabilité. À 32 ans, elle s’en va en laissant derrière elle 135 guichets, troisième meilleure preneuse de guichets de l’histoire de l’Irlande féminine, seulement devancée par Isobel Joyce et Laura Delany. C’est une place au panthéon, déjà.
Son arme, ce n’était ni la vitesse brute ni l’esbroufe. Kelly, c’était le rythme moyen, la balle qui bouge tard, la ligne qui ne lâche jamais. Une swingeuse précise, méthodique, qui oblige les batteuses à jouer. Quand la pression montait, ses capitaines savaient vers qui se tourner.
Le sommet chiffré de sa carrière
Un après-midi de 2023 face aux Pays-Bas, en T20I. 5/12. Des chiffres secs, presque irréels, qui racontent une chose simple : ce jour-là, la batte adverse n’a jamais vraiment existé. Cette année-là, tout s’est aligné. Kelly est sacrée Joueuse internationale de l’année par Cricket Ireland et décroche aussi le titre de Joueuse du mois de l’ICC pour août 2023. Une confirmation, plus qu’une révélation.
Mais réduire son apport à la seule colonne des guichets serait trompeur. La droitière a aussi rendu des services précieux au bâton, avec 601 runs en white-ball. Des runs de contexte, souvent, ceux qui stabilisent une manche ou prolongent un partenariat. Ceux dont on parle moins, mais que les vestiaires n’oublient pas.
Preuve de la confiance qu’elle inspirait, Kelly a même porté le brassard. En 2025, en l’absence de Gaby Lewis et Orla Prendergast, c’est elle qui mène l’Irlande. Une responsabilité acceptée sans bruit, assumée avec le même sérieux que ses run-up.
Au moment d’expliquer son choix, la joueuse ne cache ni l’émotion ni la clarté de sa décision. Représenter l’Irlande a été pour elle un « privilège absolu ». Elle remercie coéquipières, staff et Cricket Ireland, avant de tracer la suite : rentrer en Nouvelle-Zélande, se rapprocher de sa famille et de ses amis. Tirer un trait sur le maillot vert, mais pas sur la vie de tous les jours.
Dans le vestiaire, le vide se mesure autant en chiffres qu’en présence humaine. La capitaine Gaby Lewis parle d’une joueuse « dont l’équipe pouvait toujours dépendre », une figure devenue centrale en quatre ans. Le sélectionneur Lloyd Tennant insiste sur sa fiabilité, sa gestion du stress, et ce rôle moins visible mais déterminant : celui d’une leader de culture de performance, toujours en quête de progression, toujours prête à repousser ses propres limites.
L’Irlande perd une lanceuse de confiance, une batteuse utile, une capitaine de circonstance devenue référence de vestiaire. Elle gagne, en revanche, un modèle pour la génération qui arrive : la preuve qu’en quelques années, avec constance et exigence, on peut se hisser tout en haut des listes historiques.
Le match de Worcester s’achèvera, les séries passeront, les cycles reprendront. Mais au moment de bâtir le prochain chapitre du cricket féminin irlandais, une question restera au centre : qui prendra le relais de cette fiabilité tranquille qu’incarnait Arlene Kelly ?




