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Asia Cup féminin : Shafali Verma entre dans l'histoire

Le décor était planté au Dubai International Stadium. Un India–Pakistan, un Asia Cup féminin, une atmosphère électrique. Et au milieu de tout ça, deux figures au centre de la scène : Fatima Sana, capitaine du Pakistan, et Shafali Verma, phénomène précoce du cricket indien.

Un envoi au vestiaire qui fait jaser

Le Pakistan gagne le toss. Fatima Sana choisit de battre. Un choix ambitieux. Très vite, il tourne au cauchemar. La ligne indienne étrangle la manche pakistanaise : 55 tout rond, balayé en 18,1 overs. Shree Charani et Prema Rawat prennent trois guichets chacune, Deepti Sharma en ajoute deux. La capitaine pakistanaise, elle, regarde ses batteuses défiler, impuissante.

Vient ensuite la chasse indienne. Et Shafali ne perd pas de temps. Premier ballon de l’Inde : un six, net, propre, message envoyé. L’Inde « all guns blazing », sans retenue.

Mais Fatima Sana refuse de se laisser marcher dessus. Deuxième over. Troisième balle. Elle s’élance, longueur idéale, la balle gicle un peu plus haut que prévu. Shafali tente de la travailler côté leg, mais le timing n’y est pas. La batte se ferme mal, la balle prend le bord extérieur et flotte en cloche vers la lanceuse.

Fatima ne tremble pas. Elle attrape la balle… et enchaîne avec un renvoi brûlant. Doigts pointés, geste explicite : la sortie, c’est par là. Une “send-off” aussi agressive que spectaculaire, alors même que son équipe vient de se faire balayer pour 55.

Dans la cabine de commentaire, Vivek Razdan ne laisse pas passer : « D’accord, tu lui montres la sortie. Toute ton équipe vient de marquer 55 runs, et maintenant tu renvoies Shafali Verma. » La pique résonne. Sur le terrain, Shafali, elle, ne bronche pas. Pas un regard. Pas un mot. Elle tourne les talons et regagne calmement le vestiaire.

Elle s’en va avec 12 runs sur 6 balles, un quatre, un six. Bref, une entame de manche qui a déjà fait le plus dur dans une poursuite minuscule.

Un record historique au milieu de la rivalité

Derrière cette scène électrique, il y a pourtant une autre histoire, bien plus grande que cette simple joute verbale. En ce match face au Pakistan, Shafali Verma devient la plus jeune batteuse à franchir la barre des 3 000 runs en T20I féminin.

Elle y parvient à 22 ans et 220 jours. Une précocité qui efface des tablettes l’Irlandaise Gaby Lewis, qui avait atteint ce cap à 24 ans et 347 jours. Non seulement Shafali est la plus jeune, mais elle est aussi la plus rapide à ce total en termes de balles jouées : 3 000 runs en 2 182 balles, mieux que la référence australienne Alyssa Healy, qui avait eu besoin de 2 321 livraisons.

Au milieu d’un India–Pakistan toujours chargé d’émotion, ce n’est pas qu’un chiffre. C’est un jalon majeur dans la carrière d’une joueuse qui redéfinit les standards de l’agression en haut de l’ordre.

Le baroud d’honneur de Fatima, la maîtrise indienne

Sur le plan purement sportif, la rencontre ne laisse pourtant guère de place au suspense. Avec seulement 55 runs à défendre, le Pakistan a besoin d’un miracle. Fatima Sana tente d’en fabriquer un de toutes pièces.

Elle fait tomber Shafali. Puis Smriti Mandhana. Puis Pratika Rawal. Trois guichets, un vrai coup de poing d’orgueil de la capitaine, décidée à ne pas quitter le tournoi sans laisser une trace. Elle finit avec trois victimes, symbole d’une révolte individuelle dans une prestation collective défaillante.

Mais la montagne à gravir est trop haute. Harmanpreet Kaur s’installe, Deepti Sharma la rejoint. Les deux cadres ferment la porte à tout retour pakistanais. Harmanpreet termine à 18*, Deepti à 12*, sans jamais forcer. L’Inde franchit la ligne avec sept guichets en main et 68 balles encore à jouer. Une promenade, sur le plan comptable.

Une image qui restera

On retiendra le score, bien sûr, ce 55 qui hantera un vestiaire pakistanais en quête de constance. On retiendra les chiffres de Shafali Verma, ces 3 000 runs atteints à une vitesse qui bouscule les références du format.

Mais l’image du jour reste ce face-à-face silencieux entre une capitaine frustrée et une jeune star déjà historique. D’un côté, la rage de Fatima Sana, qui célèbre chaque guichet comme une bataille gagnée dans une guerre perdue. De l’autre, le calme glacé de Shafali, records en poche, qui tourne le dos sans répondre.

Dans un Asia Cup où les écarts de niveau se voient parfois au tableau d’affichage, ce sont souvent ces instants-là qui construisent les rivalités. La prochaine fois que ces deux équipes se croiseront, on ne regardera pas seulement le score. On guettera aussi le premier duel entre Fatima et Shafali. Qui, cette fois, montrera la sortie à l’autre ?