Ben Shelton atteint la finale de l'US Open : un match mémorable contre Tiafoe
NEW YORK – Sous le ciel lourd de mémoire d’un 11 septembre commémoré à chaque coin de tribune, Ben Shelton et Frances Tiafoe ont livré à Arthur Ashe Stadium un duel 100 % américain aussi électrique qu’imparfait. Au bout de 3 h 17, c’est le plus jeune des deux, Shelton, qui a brisé la résistance de son « grand frère » du circuit : victoire 4-6, 6-3, 6-3, 7-5 et billet pour la finale de l’US Open.
Un match de coups de canon et de fautes
Les 24 000 spectateurs n’ont pas eu droit à un chef-d’œuvre de propreté, mais à un combat à haute intensité, rythmé par des échanges spectaculaires et des coups droits assassins. Tiafoe, plus tranchant d’entrée, s’empare du premier set sur un seul jeu mal géré par Shelton. À 4-5, le gaucher craque : deux fautes de revers, une double faute, et Tiafoe s’engouffre. Jeu blanc derrière, premier set en poche.
Shelton ne s’est pas attardé à ruminer. Il a sorti l’arme lourde : son service. Gaucher, relâché, il a commencé à arroser les lignes, flirtant régulièrement avec les 150 miles à l’heure. Les points gratuits se sont empilés, jusqu’à 20 aces sur l’ensemble de la rencontre. Le deuxième set bascule dans son camp, le troisième aussi, au terme d’un jeu final étouffant, long de plus de 15 minutes, où il convertit enfin sa quatrième balle de set sur une volée de coup droit de Tiafoe qui meurt dans le filet.
Le match a souvent tangué. Des éclairs de génie, des fautes directes grossières, des séries de points brillants aussitôt gâchées. Mais la pression a fini par user Tiafoe.
Un tournant historique
Shelton n’a pas seulement gagné un match. Il a ouvert une brèche dans l’histoire du tennis américain. Il devient le premier joueur noir américain à atteindre la finale du simple messieurs à l’US Open depuis Arthur Ashe en 1972. Le premier joueur noir américain à disputer une finale de Grand Chelem en simple depuis MaliVai Washington à Wimbledon en 1996.
Dans ce décor chargé de symboles, sur le court qui porte le nom d’Ashe, le symbole est puissant. Et Shelton le sait. Sur le court, au moment de prendre le micro, il a tenu à placer Tiafoe au centre du tableau affectif de cette soirée, le décrivant comme un grand frère, rappelant à quel point jouer l’un contre l’autre sur Arthur Ashe, dans leur tournoi préféré, sur leur court préféré, avait quelque chose de « super spécial ».
Cette fois, pas de célébration théâtrale au moment de la balle de match. Pas de geste de téléphone décroché, devenu sa marque de fabrique. La rencontre se termine presque brutalement, sur une double faute de Tiafoe dans le filet. Shelton lève à peine les bras. Le poids de l’instant suffit.
Zverev en face, un vieux démon à chasser
Le plus dur commence maintenant. En finale, le n°8 mondial, désormais mieux classé Américain, retrouvera le n°1 Alexander Zverev, tombeur de Karen Khachanov en trois sets serrés (6-3, 7-6 (7), 7-6 (6)). Le rendez-vous est fixé au 13 septembre, avec une double promesse : un titre du Grand Chelem en jeu, et la possibilité de mettre fin à une disette de plus de vingt ans pour le tennis masculin américain, depuis le sacre d’Andy Roddick ici même en 2003.
Shelton porte un autre fardeau statistique : il n’a jamais battu Zverev. Cinq confrontations, cinq défaites. La dernière, nette, en deux sets secs, remonte au Masters de fin de saison en novembre. Un mur, pour l’instant infranchissable.
Mais cette quinzaine new-yorkaise a montré un Shelton capable d’absorber les chocs. En quart de finale, il avait déjà survécu à un marathon en cinq sets face au n°2 mondial Carlos Alcaraz, conclu à 3 h 33 du matin. Tiafoe, lui, sortait lui aussi d’un exploit, remontant deux sets de retard face à Alex Michelsen. Les deux hommes sont arrivés en demi-finale avec les jambes lourdes sur le papier, mais un niveau d’énergie étonnamment haut.
Un bond au classement, et une nouvelle ère en vue ?
À 23 ans, Shelton s’apprête à grimper au 4e rang mondial. Une ascension fulgurante pour un joueur qui, il y a peu, découvrait encore le très haut niveau. Tiafoe ne repart pas les mains vides : sa demi-finale lui offre également le meilleur classement de sa carrière, une place de n°8 mondial.
Mais c’est bien Shelton qui, ce dimanche, portera sur ses épaules l’attente d’un pays. Service tonitruant, personnalité déjà magnétique, trajectoire fulgurante et désormais poids de l’histoire : le décor est planté.
Reste une question, simple et brutale, à la hauteur de la scène qui l’attend : ce jeune gaucher qui bouscule tout peut-il, face à Alexander Zverev, transformer cette finale en acte fondateur d’une nouvelle ère pour le tennis américain ?




