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Bouchier et Dunkley mènent l'Angleterre à une victoire record

Nouvelle ère, nouveau ton. À Leicester, sur la pelouse tranquille de l’Uptonsteel County Ground, l’Angleterre a transformé un objectif piégeux en démonstration clinique. 282 à aller chercher, un record pour elle en ODI féminins en poursuite. Résultat : 283-4 en 38,1 overs, six guichets d’avance et 11,5 overs encore en réserve. Message envoyé.

Face à une Irlande courageuse mais trop tendre avec la balle, l’Angleterre a signé un succès large, presque brutal par moments, pour mener 1-0 dans cette série de trois matches.

Une ouverture en fanfare : Bouchier et Dunkley assomment l’Irlande

Privée de Heather Knight et Tammy Beaumont, parties à la retraite, et sans sa capitaine Nat Sciver-Brunt, blessée, l’Angleterre présentait un top order en transition. Sur le terrain, on a surtout vu une ligne d’attaque sans complexe.

Maia Bouchier a donné le ton. 104 runs sur 95 balles, un premier siècle en ODI qui a servi de colonne vertébrale à cette poursuite record. Son début d’innings pourtant, n’avait rien de tonitruant : 8 runs sur ses 19 premières balles, une approche prudente, presque méfiante. Puis Jane Maguire a servi de déclencheur. Une série de limites dans le sixième over, et la machine s’est lancée.

À l’autre bout, Sophia Dunkley n’a pas attendu. Elle a attaqué tôt, fort, profitant d’une attaque irlandaise vite à court de solutions. Son cinquante sur 47 balles, le plus rapide de sa carrière en ODI, a mis l’Irlande sur les talons dès le powerplay. L’Angleterre a franchi la barre des 72-0 après les dix premiers overs, Dunkley en mode démolition, Bouchier en soutien intelligent.

Les deux ont construit un partenariat de 143 runs pour le premier guichet, le genre de stand qui éteint une équipe. Dunkley a fini par céder, prise en retour de lancer par Cara Murray dans le 20e over, mais les dégâts étaient faits : l’Angleterre tenait déjà sa plateforme.

Capsey et Kemp bouclent l’affaire sans trembler

Après la sortie de Dunkley, le public a découvert Jodi Grewcock dans ce XI remodelé. La jeune batteuse a semblé tendue, freinée à 9 runs, tandis que Bouchier prenait pleinement les commandes de l’innings. Elle a accéléré avec autorité, choisissant ses zones, dictant le tempo.

Son unique vraie faute est arrivée au moment où tout semblait simple : une balle mal négociée, un loft mal contrôlé, et une prise à long-on. 104 runs au compteur, et encore 59 à marquer. Un soupir de déception pour elle, mais aucune panique côté anglais.

Alice Capsey est entrée avec son énergie habituelle, Freya Kemp avec sa puissance brute. Ensemble, elles ont transformé la fin de match en formalité. Leur partenariat de 54 runs sur 38 balles a étouffé le moindre espoir irlandais. Capsey a terminé invaincue à 41, Kemp a frappé 36 sur 22 balles, montrant une profondeur de batting que peu d’équipes peuvent aligner, surtout avec cinq titulaires absentes par rapport à la demi-finale de Coupe du monde l’an dernier.

C’est Capsey qui a claqué la limite de la victoire, comme un point d’exclamation sur une poursuite maîtrisée de bout en bout.

L’Irlande brille au bâton, craque à la balle

Le scénario aurait pu être tout autre. Car l’Irlande, avec le bâton, avait posé des bases solides. 281-5 en 50 overs, sur un terrain plat, mais face à une attaque anglaise pourtant expérimentée, ce n’est pas un total anodin.

Gaby Lewis a tenu le rôle de capitaine-batteuse avec autorité : 69 runs sur 89 balles, ancre et moteur à la fois. À ses côtés, Amy Hunter a répondu présent avec 62 sur 90 balles. Les deux ont cousu un partenariat de 136 runs pour le deuxième guichet, stabilisant l’innings après la perte précoce du premier.

Quand ce stand s’est enfin brisé, l’Angleterre n’a pas réussi à enchaîner. Au contraire, Rebecca Stokell a saisi l’instant. Son 54* sur 48 balles a donné un vrai coup de fouet à la fin d’innings irlandaise. Elle a attaqué, pris les espaces, puni chaque erreur de longueur.

Sans Lauren Bell ni Sophie Ecclestone, laissées au repos, l’Angleterre a manqué de tranchant dans les overs intermédiaires. Peu de menace, peu de variations, et un total irlandais qui montait, montait encore. À la pause, 281-5 ressemblait à un score très jouable, voire piégeux, compte tenu de la pression d’un premier match de série et d’un top order en reconstruction.

Mais la deuxième manche a mis en lumière la différence de niveau, de profondeur, d’habitude des grands rendez-vous. Sur ce pitch sans aide pour les lanceuses, chaque approximation a été punie.

Une transition assumée, un avertissement envoyé

Ce succès n’efface pas tout, ni les absences, ni les questions. Il en pose d’autres, plus intéressantes. Qui s’installera durablement en haut de l’ordre ? Comment Charlotte Edwards articulera-t-elle ce batting avant les Ashes de l’été prochain ?

Ce qui est sûr, c’est que Bouchier et Dunkley ont profité de cette première occasion. Toutes deux habituées au maillot anglais, mais jamais vraiment indiscutables en ODI, elles ont répondu présent au moment où les places se libèrent. Derrière elles, Capsey et Kemp ont rappelé que cette équipe peut frapper fort jusqu’en bas de l’ordre.

En face, seule Orla Prendergast offre un profil de lanceuse proche de ce que l’Angleterre affrontera face aux meilleures nations. Les tests plus rudes viendront, Edwards le sait, le vestiaire aussi. Mais pour un premier acte d’une nouvelle ère, difficile d’imaginer une entrée plus affirmée.

La série se poursuit jeudi à Derby. L’Irlande devra trouver de la précision avec la balle et un peu de froideur dans le fielding pour rester dans le coup. L’Angleterre, elle, cherchera à confirmer que cette transition n’est pas une phase fragile, mais le début d’un cycle ambitieux.