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Bournemouth marque son histoire en Europe

Le premier but européen de l’histoire d’AFC Bournemouth a résonné bien au‑delà des tribunes d’Anoeta. Il a même traversé la ville, jusqu’au golfe de Gascogne. À Saint‑Sébastien, une vieille tradition héritée de l’ancien stade Atotxa veut qu’un fumigène soit allumé pour chaque but des visiteurs, deux pour ceux du club basque. Une façon, dit‑on, de tenir informés les marins au large.

Jeudi soir, à 21h41, un seul fumigène a déchiré la nuit. Justin Kluivert venait d’ouvrir le score. Et un homme, Juan Iturralde, a jailli dans la rue pour annoncer à tout le quartier que Bournemouth venait de marquer son entrée en Europe.

Pendant ce temps, là‑haut dans l’angle nord‑est d’Anoeta, 2 000 supporters des Cherries hurlaient leur bonheur. Ils avaient attendu 127 ans pour vivre une soirée comme celle‑ci. Ils l’ont marquée avec une victoire fondatrice, 2‑1 sur la pelouse de Real Sociedad, dans la ville où tout a commencé pour Andoni Iraola, l’entraîneur qui les a menés jusqu’à ce rendez‑vous continental.

Dix minutes pour écrire l’histoire

Bournemouth n’a pas traîné pour inscrire son nom sur la carte européenne. Dix minutes et 43 secondes, précisément. Le temps pour Evanilson de se retourner avec élégance, de recevoir puis de décaler Adrien Truffert dans le couloir. Le centre du Français, enroulé derrière la ligne défensive, a trouvé Kluivert lancé plein axe. Finition clinique.

Dans le parcage, l’explosion. Dans le coin opposé, le drapeau de l’assistant s’est levé. Silence, tension, puis la VAR a tranché : but validé. Les fans de Bournemouth ont pu célébrer une deuxième fois. Iturralde, lui, est reparti allumer son fumigène.

Les Anglais ne se sont pas arrêtés là. Truffert encore, Scott en chef d’orchestre. Alex Scott a caressé un ballon long, haut, courbe, qui est retombé exactement où il le voulait. Dans la zone où un attaquant ne peut pas refuser le duel. Rayan a surgi pour placer une tête imparable : 2‑0 après 20 minutes.

Scott donnait l’impression de jouer à un autre rythme. Au milieu de la vitesse, du pressing, de la nervosité, il glissait plus qu’il ne courait, comme s’il déposait le ballon à la main. Autour de lui, ses coéquipiers se projetaient de partout, Marcus Tavernier en tête, et Real Sociedad courait derrière les ombres.

Sur coups de pied arrêtés, Bournemouth a encore fait trembler Anoeta. Evanilson a trouvé le poteau de la tête, António Silva a manqué le cadre d’un rien, et Orri Óskarsson a dû s’employer pour dégager un troisième ballon brûlant. Dans le virage anglais, les chants montaient. Tout autour, les sifflets de frustration des socios basques répondaient.

Real Sociedad se réveille, Petrovic ferme la porte

Pour les supporters locaux, le seul soulagement à la pause tenait dans ce constat : l’écart n’avait pas encore enflé. Le retour des joueurs a, lui, changé le décor. D’entrée, une accélération d’Ander Barrenetxea a donné le ton. Le volume sonore est monté, la pression aussi.

À la 56e minute, Djordje Petrovic a sorti un arrêt superbe sur une frappe de Beñat Turrientes. Une minute plus tard, Anoeta a enfin explosé. Sergio Gómez a envoyé un centre tiré qui a traversé toute la surface, échappé à toutes les jambes tendues pour mourir dans le petit filet opposé. 2‑1, match relancé.

Le stade a changé de visage. Les haut‑parleurs ont craché la version locale de Bad Moon Rising, mais le refrain a été vite couvert par un immense « huuy ! » lorsque Gonçalo Guedes a vu sa tentative déviée du bout des doigts par Petrovic.

Bournemouth connaissait ce scénario par cœur. Cette saison, les Cherries avaient déjà laissé filer des avantages contre Manchester City, Everton, Newcastle et Brentford, souvent dans les dernières minutes. Quand Gómez a trouvé Guedes d’un ballon splendide sur la gauche, le spectre d’un nouveau naufrage a plané. Le Portugais a préféré repiquer au lieu de frapper en première intention. Le ballon est revenu sur Mikel Oyarzabal, dont le lob subtil a flotté… pour finalement retomber sur le toit du but.

Real Sociedad insistait. Bournemouth reculait. Gómez n’était plus seulement un problème, mais une obsession. À neuf minutes de la fin, Luka Sucic a tenté sa chance, à côté. Puis Gómez a glissé Óskarsson dans le dos de la défense pour ce qui ressemblait à l’égalisation promise.

Petrovic a dit non. Une première fois sur ce face‑à‑face. Une deuxième, irréelle, à bout portant, à cinq mètres, dans la dernière minute du temps réglementaire. Deux parades d’exception pour figer le score et protéger cette victoire historique.

Une nuit de fumigènes et de certitudes

Juan Iturralde a couru trois fois dans la nuit de Saint‑Sébastien : pour Kluivert, pour Rayan, pour Gómez. Il aurait pu sortir davantage tant la seconde période a tangué. Les hommes d’Iraola ont fini en résistance, parfois désespérée, à repousser centres, frappes et vagues bleues et blanches.

Au coup de sifflet final, les fumigènes se sont éteints. Le vacarme, lui, a mis plus de temps à retomber. Sur la pelouse, les joueurs de Bournemouth se sont effondrés, rincés, serrés dans les bras de leur entraîneur. Dans le coin nord‑est, les chants anglais continuaient de rouler sur Anoeta.

Une chose est sûre : leur aventure européenne, longtemps inimaginable, ne passera plus inaperçue. Elle s’entend désormais jusqu’au large. La question, maintenant, n’est plus de savoir si Bournemouth a sa place en Europe, mais jusqu’où ce club‑là peut pousser la porte qu’il vient de défoncer.