Brighton surclasse Arsenal 3-0 : Hürzeler en mode revanche
Fabian Hürzeler avait prévenu. En mars, après une défaite 1-0 à l’Emirates, le jeune entraîneur de Brighton & Hove Albion avait quitté la salle de presse furieux, persuadé qu’« une seule équipe avait essayé de jouer au football ». Son équipe avait dominé, multiplié les occasions, gagné la bataille des statistiques… et perdu sur un éclair de Bukayo Saka, offert par une erreur de Bart Verbruggen.
Ce jour-là, Hürzeler avait attaqué frontalement la philosophie de Mikel Arteta, son approche du jeu, l’image d’un leader de Premier League prêt à sacrifier le spectacle sur l’autel de l’efficacité. « Je ne serai jamais un coach qui essaie de gagner comme ça », avait lâché l’Allemand, presque incrédule devant les journalistes. Il doutait même que quiconque, hormis un fan d’Arsenal, ait vraiment apprécié ce match.
Six mois plus tard, la réponse est tombée. Sur la pelouse, cette fois. Et elle a fait du bruit.
Une leçon de pressing au Falmer Stadium
Au Falmer Stadium, Brighton n’a pas seulement battu Arsenal 3-0. Le club du sud de l’Angleterre a démonté, pièce par pièce, le plan de jeu des leaders invaincus. Une démonstration de pressing, de synchronisation et de courage collectif.
Dès le premier ballon, le ton est donné. Les attaquants des Seagulls montent jusqu’aux abords de la surface de David Raya. Les défenseurs londoniens se retrouvent acculés, privés de leurs circuits habituels de relance. Les lignes de passe courtes disparaissent, les solutions se ferment une à une.
Brighton presse haut, très haut. Les joueurs bloquent les sorties simples, encerclent le porteur à deux, trois, parfois quatre. Quand Arsenal n’a plus d’autre choix qu’allonger, le plan de Hürzeler se déploie : récupération rapide, deuxième ballon gagné, équipe qui se réinstalle immédiatement dans le camp adverse.
Les chiffres confirment l’impression visuelle. Raya manque trois de ses sept passes dans le premier quart d’heure, étouffé par la densité bleue au centre. Les latéraux Jurrien Timber et Riccardo Calafiori, eux, reçoivent souvent dos au jeu, sous pression, incapables de lancer la machine londonienne.
Résultat : neuf récupérations dans le dernier tiers du terrain. Aucun adversaire d’Arsenal n’avait fait mieux depuis Liverpool en décembre 2023. Sur l’ensemble de la saison, Brighton en est déjà à 35 récupérations hautes, huit de plus qu’Everton, deuxième de ce classement spécifique en Premier League. Ce n’est plus un accident, c’est une signature.
Hürzeler, lui, savoure surtout la solidarité. « Ce qui a été décisif, c’est que chaque joueur, quand il allait au duel, avait toujours le sentiment qu’un coéquipier était derrière lui », explique-t-il. « Si un joueur était éliminé, le suivant était là. La question, c’est : pouvez-vous vraiment compter les uns sur les autres sur le terrain ? Vous faites-vous confiance ? Chacun connaît-il son rôle sur coups de pied arrêtés ? Êtes-vous toujours éveillés, présents, dans chaque situation, à chaque moment du match ? »
Face à Arsenal, la réponse a été nette.
La meilleure attaque du championnat… et une défense métamorphosée
Le projet Hürzeler n’en est qu’à sa première saison complète, mais la progression saute aux yeux. À son arrivée à l’été 2024, la défense de Brighton ressemblait à un talon d’Achille évident. Les adversaires techniquement supérieurs profitaient du moindre déséquilibre pour infliger des corrections.
Match après match, l’Allemand a resserré les boulons. Sans renier son ambition offensive, il a trouvé un équilibre. Le résultat se lit sur le classement comme sur la feuille de stats.
Après cinq journées, Brighton possède la meilleure attaque de Premier League : 16 buts marqués. Seul Manchester City, version 2022/23, avait fait mieux sur les cinq premiers matches, avec 19 réalisations. Devant, ça tourne, ça combine, ça finit.
Derrière, le changement est tout aussi frappant. En huit rencontres officielles, les Seagulls ont déjà signé cinq clean sheets. Il avait fallu deux fois plus de matches la saison passée pour atteindre ce même total. « Le plus important, c’est de ne pas encaisser de buts », martèle Hürzeler. Le message est passé.
Même Arteta, secoué comme rarement, l’a reconnu. Dès « la toute première touche », le coach espagnol a compris que Brighton allait presser à l’extrême. Il a pointé « les erreurs techniques dans notre propre moitié de terrain » et le non-respect « des principes de jeu nécessaires pour sortir de ces situations en un contre un ». Arsenal a défendu. Longtemps. Trop longtemps.
Chema, Vuskovic, Groß : les hommes du système
Ce Brighton-là n’est pas seulement une idée. C’est aussi une équipe façonnée ligne par ligne pour répondre aux exigences de son entraîneur.
Chema Andres, arrivé de VfB Stuttgart juste avant la fermeture du marché, incarne parfaitement ce profil recherché. Grand (près de deux mètres), dur sur l’homme, mais assez rapide pour couvrir la profondeur, il sert de tour de contrôle sur les ballons longs adverses. Quand Arsenal se résigne à balancer, Chema est souvent à la retombée, prêt à relancer une vague.
Luka Vuskovic, recruté cet été à Tottenham Hotspur pour 55 millions d’euros, s’est imposé à une vitesse impressionnante. L’ancien joueur de Hambourg est déjà un titulaire indiscutable, pilier de cette défense plus agressive, plus haute, mais mieux protégée.
Et puis il y a Pascal Groß. À 35 ans, l’ex-international allemand vit une seconde jeunesse. Mis de côté à Borussia Dortmund, il a trouvé à Brighton un rôle taillé pour lui. Sous les ordres de son compatriote, il domine aujourd’hui le classement des buteurs et passeurs de Premier League après cinq journées : trois buts, quatre passes décisives. Devant Erling Haaland, Florian Wirtz et le gratin offensif du championnat.
Contre Arsenal, Groß ouvre le score à la 31e minute, puis dépose un service parfait pour Chema à la 57e, scellant le 3-0. Dans une interview à kicker, il résume son état de forme par « un bon mélange de condition physique, d’expérience et de travail avec Fabian Hürzeler, un coach qui m’utilise de façon à faire ressortir mes qualités ». Il insiste sur le lien entre pressing, récupérations hautes et occasions créées : le cœur du projet.
Hürzeler, lui, se permet une métaphore : « C’est comme un bon vin. Plus il vieillit, meilleur il devient. » Au-delà des chiffres, le coach souligne ce que Groß apporte à l’ombre des stats : une capacité à créer du liant dans un vestiaire rempli de nationalités différentes, un sens des dynamiques humaines que le staff voit chaque jour à l’entraînement.
Sur le terrain comme en dehors, Groß est devenu l’extension du coach.
Arteta tend la main, Brighton vise plus haut
Avec cette victoire, la troisième de leur saison, Brighton grimpe à la troisième place du classement. La dynamique est lancée, la confiance aussi. Cette fois, Hürzeler n’a pas eu besoin de coup de gueule. Arsenal est venu se fracasser sur son plan de jeu, incapable de trouver la moindre solution pendant 90 minutes.
La tension entre les deux entraîneurs, née des déclarations de mars, a trouvé une autre issue. Devant la presse, Arteta a choisi l’apaisement. Fini le ton sarcastique, les piques à peine voilées. L’Espagnol a salué le travail de son homologue, parlant d’« immense respect » pour Fabian Hürzeler et jugeant « remarquable » ce que Brighton est en train de construire sous ses ordres.
Sur la côte sud, personne ne s’enflamme encore. Mais une chose est claire : l’équipe ne se contente plus de « bien jouer » sans résultat, comme lors de ce fameux 1-0 à Londres. Elle impose son style, dicte le tempo, étouffe des candidats au titre.
La première manche avait laissé un goût amer à Hürzeler. La deuxième, elle, pose une vraie question à toute la Premier League : jusqu’où peut aller ce Brighton-là, quand son football fonctionne à ce point près de la perfection ?




