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Carlos Alcaraz renverse la situation à New York

On a cru, l’espace d’un set, que la nuit new-yorkaise allait se refermer brutalement sur Carlos Alcaraz. Un poignet droit encore sous surveillance, un rythme en berne, et en face un Jaime Faria insolent, libéré, qui frappe sans complexe. Le champion vacille, mais ne tombe pas. Il se réveille. Et quand il se réveille, le tableau d’affichage se renverse : 4-6, 6-0, 6-3, 6-2. Le tenant du titre est toujours là.

Un premier set d’alerte

Faria, 72e mondial, ne s’est pas contenté de jouer le rôle du figurant courageux. Il a pris le match à bras-le-corps, agressif dès les premiers échanges, profitant d’un Alcaraz en retard sur la balle, parfois hésitant dans ses prises de décision. Le Portugais empoche le premier set 6-4, logiquement, profitant des approximations du numéro 2 mondial, encore en rodage dans ce qui n’est que son premier tournoi depuis la mi-avril, après sa longue blessure au poignet droit.

Alcaraz lui-même l’a reconnu : « C’était un match difficile pour moi. Je me sentais bien dans le premier set, mais je n’ai pas pris mon temps et ça m’a coûté. » Un aveu lucide, presque un avertissement à lui-même.

Le tournant, dès le premier jeu du deuxième set

Le match bascule sur un détail. Deux balles de break à sauver d’entrée de deuxième manche. Deux occasions pour Faria de faire trembler encore un peu plus le champion. Alcaraz les efface. D’un coup, la tension change de camp.

À partir de là, la mécanique se met en route. Les appuis sont plus fermes, le coup droit claque, le regard se durcit. Le set devient une démonstration : 6-0, sans laisser le moindre jeu. Faria recule, subit, ne trouve plus les zones qu’il trouvait si facilement une demi-heure plus tôt.

La pression a fini par craquer la belle résistance portugaise.

Le poignet rassure, le jeu s’installe

Ce que tout le monde scrute, ce n’est pas seulement le score, c’est la manière. Le poignet droit, celui qui l’a tenu éloigné des courts pendant des mois, tient-il vraiment le choc ? Au premier tour, face à Roman Safiullin, Alcaraz avait déjà parlé de sensations « normales ». Contre Faria, il a confirmé : il ne retient plus ses coups, surtout côté coup droit.

« Je sais qu’une fois que je mets un pied sur le court, je dois y aller à fond à chaque fois. Je dois me sentir normal, » a-t-il expliqué. « Je dois frapper comme je frappais avant la blessure. Je me sens très bien. Il n’y a aucune raison d’avoir peur et de ne pas frapper normalement. »

Les chiffres racontent le reste : après le trou d’air du premier set, l’Espagnol déroule, prend la balle tôt, verrouille son service, et ne lâche plus le fil. 6-3 dans le troisième, 6-2 dans le quatrième, sans réelle frayeur.

Un test physique… bienvenu

Curieusement, ce set perdu pourrait devenir un allié. On attendait de voir comment son corps réagirait à l’enchaînement, deux jours après une entrée en lice maîtrisée. Cette fois, il a dû s’employer plus longtemps, courir davantage, rester concentré sur quatre manches. Et ça lui va très bien.

« À la fin, j’ai réalisé que jouer quatre sets, c’était vraiment bien pour moi, pour tout tester physiquement, tester mon corps, voir comment je me sens et comment je vais me sentir demain après ce match », a-t-il souligné.

Une phrase qui en dit long : Alcaraz ne cherche pas seulement à gagner des matches, il construit son tournoi, étage par étage, en surveillant chaque réaction de son corps.

Un tableau soudain dégagé

Le décor, lui, s’éclaire presque brutalement. Jannik Sinner n’est pas là, blessé. Novak Djokovic, 24 titres majeurs au compteur, a déjà quitté la scène. Le tableau s’ouvre, et l’Espagnol, double vainqueur à New York, voit forcément l’horizon se dégager.

La route reste longue, les pièges nombreux, mais le contexte change. Il n’est plus seulement un revenant à évaluer, il redevient, peu à peu, l’homme à battre.

Son prochain obstacle se nomme Wu Yibing, 113e mondial. Un adversaire à sa portée sur le papier, mais qui n’aura rien à perdre dans ce troisième tour. Derrière, à l’horizon du quatrième, plane déjà le nom de Tommy Paul, 20e tête de série, solide et en confiance après sa victoire 6-2, 6-3, 5-7, 6-4 face à Dino Prizmic. L’Américain devra d’abord se défaire d’Alexander Bublik, 15e tête de série, qui a expédié Adrian Mannarino 6-3, 6-1, 6-1.

L’Amérique y croit encore

Pendant qu’Alcaraz remet de l’ordre dans ses sensations, le public américain rêve à sa propre histoire. Ben Shelton, 8e tête de série, continue d’avancer dans sa quête d’un premier titre majeur national depuis Andy Roddick en 2003. Il a dompté Hubert Hurkacz 6-3, 5-7, 7-6 (7-3), 7-5, dans un bras de fer tendu, porté par son service et son énergie contagieuse.

Frances Tiafoe, deux fois demi-finaliste ici, reste lui aussi dans le ton. Sérieux, appliqué, il écarte Rei Sakamoto 6-3, 7-6 (7-2), 7-5, et nourrit encore l’espoir d’un parcours profond devant son public.

La grosse secousse du jour vient en revanche de l’élimination nette de Rafael Jodar, 12e tête de série. L’Espagnol s’incline lourdement 6-2, 6-1, 6-1 face au Chinois Bu Yunchaokete, 124e mondial. Un score sec, presque brutal, qui rappelle que ce tournoi ne pardonne rien.

Alcaraz, entre doutes dissipés et promesse de chaos

Pour l’instant, Carlos Alcaraz coche les cases. Le poignet répond. Le corps suit. Le jeu s’aiguise. Il n’a pas encore retrouvé la plénitude de ses plus grandes nuits, mais il s’en rapproche. Et dans un tableau où les géants tombent ou manquent à l’appel, son ombre grandit à chaque match.

Reste une question, simple et tranchante : ce retour de flamme suffit-il pour aller au bout d’un US Open redevenu, presque du jour au lendemain, son terrain de chasse privilégié ?