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Coco Gauff : Un Service Métamorphosé à l'US Open

Sous la pluie, il y a un an, Coco Gauff servait seule, trempée, sur un court annexe de l’US Open. Balles qui volent, gestes crispés, regard perdu. L’image avait fait le tour du monde, symbole d’un blocage mental qui menaçait de fissurer le talent d’une double championne du Grand Chelem.

Douze mois plus tard, même tournoi, même ville, mais une autre joueuse. À Flushing Meadows, la Américaine de 22 ans s’est présentée avec un service métamorphosé, colonne vertébrale de sa victoire 6-3, 6-4 contre la Turque Zeynep Sonmez au premier tour.

De la détresse à l’arme fatale

Le ton a été donné dès le premier jeu. Gauff s’installe à la ligne, lance la balle, claque un ace à 112 mph plein centre. Jeu blanc en moins de 90 secondes. Sec, net, autoritaire. Tout ce que son service n’était plus l’an dernier.

À l’époque, le « yips » au service grignotait son tennis. Double fautes en série, confiance en miettes. La veille de son tournoi à domicile en 2023, elle tranche dans le vif : remaniement du staff, arrivée de Gavin MacMillan, spécialiste en biomécanique, déjà passé par les turbulences du service avec Aryna Sabalenka. Un choix radical, presque désespéré, après une avalanche de doubles fautes au Cincinnati Open.

Modifier une mécanique aussi sensible à la veille de l’US Open, sous les projecteurs américains, relevait du pari à haut risque. Le retour de flamme ne s’est pas fait attendre : élimination en huitièmes de finale, matches sous tension, larmes sur le court. Et un sentiment d’échec alors que tous les regards disséquaient chaque lancer de balle.

« Évidemment, l’an dernier je savais que tous les yeux allaient être sur le service, a-t-elle rappelé. Gavin est tellement bon dans ce qu’il fait, je ressentais beaucoup de pression pour le prouver. Ça ne s’est pas vraiment vu sur les deux premières semaines, ce qui est normal. »

Normal, peut-être. Douloureux, sûrement.

Un service reconstruit, chiffre après chiffre

La reconstruction a pris du temps, mais elle est aujourd’hui visible à l’œil nu. Et mesurable.

MacMillan a ciblé trois axes : un lancer de balle plus constant, moins en avant, et un poignet plus verrouillé. Rien de spectaculaire à l’écran, mais suffisant pour transformer un point faible en arme lourde.

Les données du dernier Cincinnati Open, qu’elle a remporté, confirment la mutation : Gauff frappe plus près des lignes tout en conservant la même vitesse de balle. Précision en hausse, risque mieux contrôlé. Le service n’est plus un tirage au sort, c’est un plan de jeu.

Face à Sonmez, la différence a sauté aux yeux. Quand sa première balle trouvait le carré, la numéro 4 mondiale écrasait l’échange : elle a remporté 93 % des points derrière sa première dans le premier set. Pour la Turque, chaque retour relevait du sauvetage.

Gauff a breaké une première fois pour mener 6-3, puis d’entrée de deuxième manche pour 1-0. Le match semblait filer tout droit. Mais Sonmez s’est accrochée, a profité d’un léger fléchissement au service pour recoller à 2-2, puis se procurer trois balles de break pour mener 4-2.

C’est là que la nouvelle version de Gauff s’est imposée.

Ace précis extérieur, première balle à 115 mph intouchable, jeu arraché au forceps. Un an plus tôt, ce jeu-là, elle le perd. Cette fois, elle s’y accroche, s’en sert de tremplin. Derrière, elle débrique immédiatement pour 4-3, puis verrouille la fin de match avec un service de patronne.

Sur son dernier jeu de service, elle enchaîne trois premières balles non retournées, toutes juste sous la barre des 120 mph. Trois balles de match, Sonmez craque sur la première après un court échange. Rideau.

« Avant, j’espérais juste que ça rentre »

Les mots de Gauff résument le gouffre parcouru en un an.

« Maintenant, psychologiquement, je vais chercher l’ace, ou je sais que je peux frapper le service et que le retour ne va probablement pas revenir, a-t-elle expliqué. L’an dernier, j’étais littéralement là à me dire : j’espère juste que ça rentre. C’est une énorme différence de savoir que sur presque chaque service, j’essaie de taper à 110, 115, 120 mph si je peux. »

Elle ne cache pas qu’il reste des doubles fautes, des moments de flottement. Mais la dynamique a basculé. Le service n’est plus une loterie, c’est une déclaration d’intention. Gauff ne sert plus pour survivre au point, elle sert pour le dicter.

Sa victoire à Cincinnati l’a déjà prouvé sur une semaine complète. À New York, ce premier tour n’est qu’un échantillon, mais il raconte une histoire claire : son jeu repose désormais sur une base beaucoup plus solide. Et cela change tout, dans un tableau où chaque détail compte.

La suite s’annonce relevée : au deuxième tour, elle affrontera Paula Badosa ou Daria Kastakina. Deux profils différents, deux joueuses capables de rallonger les échanges, de tester sa patience et la tenue de son service sous pression.

Reste une question, simple et tranchante : si Coco Gauff garde ce service-là pendant deux semaines à Flushing Meadows, qui pourra vraiment l’arrêter ?