County Championship : Josh Hull, le nightwatchman devenu héros
À Trent Bridge, la défense du titre de Nottinghamshire a pris, le temps d’une journée, un visage inattendu : celui d’un grand gaucher de 22 ans, casque enfoncé, batte serrée, dont la mission initiale se limitait à survivre quelques overs dans la nuit. Josh Hull est entré comme nightwatchman. Il en est ressorti héros de Leicestershire, à trois petits runs d’un siècle qui aurait fait basculer sa carrière dans une autre dimension.
Nottinghamshire a pourtant dominé la feuille de match. Un 451-8 déclaré, construit sur un 159 de Jack Haynes et un 111* de Liam Patterson-White, avait installé les champions en titre en position de force. En face, Leicestershire, englué dans la lutte pour le maintien, semblait promis à un long supplice. Mais les chiffres bruts racontent rarement l’âme d’une journée de cricket. Celle-ci a été façonnée par un joueur que personne n’attendait.
Un nightwatchman qui refuse de partir
Avant ce match, Hull n’avait atteint les doubles chiffres qu’à trois reprises en 34 manches de first-class. Son record ? 35. Autant dire qu’il entrait au bâton pour protéger les spécialistes, pas pour réécrire le scénario.
Il a finalement passé cinq heures et quinze minutes au milieu. 247 balles affrontées. Dix fours, deux sixes, et une résistance qui a peu à peu grignoté la certitude de Nottinghamshire de plier l’affaire rapidement. Quand Leicestershire ferme la journée à 250-7, encore à 201 runs derrière, ce total porte sa marque. Et celle d’une équipe qui s’accroche à la Division One.
Hull avait commencé son marathon juste avant la fin du deuxième jour. Au matin, Nottinghamshire, qui menait déjà largement au score et avait Leicestershire à 23-2, imaginait poursuivre le travail, balle neuve en main, atmosphère lourde, conditions idéales pour leurs rapides. La suite a tourné à la leçon de patience.
Aux côtés de Rehan Ahmed, Hull a traversé la session du matin sans céder. Les deux hommes ajoutent 50 runs pour le troisième wicket dans un passage écourté à 21,3 overs par un départ retardé. Ahmed joue juste, Hull défend presque sans faute. À la pause déjeuner, la confiance de Nottinghamshire a pris un premier coup.
Ahmed, puis Shaikh, puis le rêve qui s’échappe
Après le repas, Rehan Ahmed accélère légèrement, file vers une demi-centurie en 86 balles, ponctuée de six fours. Pendant ce temps, Hull franchit un cap plus symbolique encore pour lui : il dépasse les 89 balles de son 35* à Canterbury, son plus long séjour en first-class jusqu’ici. Chaque run prolonge l’inattendu.
La pression finit par payer pour Nottinghamshire, mais pas sur le nightwatchman. Dillon Pennington, déjà auteur des deux wickets de la veille, trouve enfin l’ouverture… sur Ahmed, pris au premier slip. La paire aura ajouté 83 runs en 33 overs. Une association de spécialistes ? Non. Un batteur reconnu épaulé par un tailender qui refuse de se comporter comme tel.
Loin de se recroqueviller après ce départ, Hull se libère. Son deuxième six, un slog-sweep sur le spin de Patterson-White, illustre ce changement de ton. Il est même relâché par le wicketkeeper Kyle Verreynne sur 44. Aucune panique : quelques instants plus tard, il on-drive l’off-spin de Freddie McCann pour atteindre cinquante en 158 balles. Il lève sa batte avec un sourire presque gêné, accueilli par une ovation nourrie du balcon des visiteurs, joueurs, staff et accompagnants debout pour saluer l’exploit.
Avec Hamza Shaikh, Hull ajoute encore 94 runs pour le quatrième wicket. Le temps passe, les espoirs de Nottinghamshire d’écraser Leicestershire s’effritent. Le plan initial – les sortir bon marché, imposer le follow-on, les battre une seconde fois – repose désormais sur un fil : 52 runs restent encore à marquer pour éviter ce scénario.
Olly Stone finit par casser cette nouvelle résistance, Jack Haynes se jetant au troisième slip pour saisir une prise précieuse et mettre fin à l’effort de Shaikh. Nottinghamshire respire, mais ne contrôle plus totalement la situation.
Pennington récompensé, Hull stoppé à 97
Hull n’en a pas terminé. Sur 90, il offre une demi-chance à Pennington sur un retour de catch difficile, que le rapide ne peut que frôler du bout des doigts. Le rêve tient encore. Mais la fatigue, elle, commence à peser. Quand Pennington revient, deuxième nouvelle balle en main, il trouve enfin la faille : Hull joue autour d’une balle qui le frappe en plein devant. 97. Trois runs de moins que le siècle dont il avait dessiné les contours.
Pennington boucle la journée avec 4-42 en 19 overs, récompense d’un labeur constant sur un terrain devenu usant. Il a les chiffres, mais c’est bien Hull qui a capté la lumière.
Nottinghamshire bousculé, Leicestershire toujours en danger
La journée n’a pas seulement basculé à la batte. Côté Nottinghamshire, un coup dur est venu fragiliser encore un peu plus leur plan : Brett Hutton sort sur blessure avant le thé. Le staff n’a d’autre choix que de lancer Tom Giles, 20 ans, première apparition en first-class, dans le grand bain.
Le rookie ne tremble pas. Droitier nerveux, bonne vitesse, il voit d’abord Nick Kelly être relâché au deuxième slip. Il répond par une ligne plus agressive, se décale round the wicket, et trouve le bord de son adversaire, qui laisse passer… pour mieux voir son off stump voler. Plus tard, il piège Stephen Eskinazi leg before. Une entrée en matière à 2-26 en 11 overs, propre, efficace, dans un contexte lourd de pression.
Au classement, la journée laisse des traces. Avec Somerset et Warwickshire victorieux par une manche, Nottinghamshire glisse provisoirement à la troisième place. Leicestershire, avant-dernier, voit son cas empirer après la victoire de Surrey contre Yorkshire. Les deux clubs jouent des saisons opposées, mais tous deux savent que ce match peut peser lourd en septembre.
Reste une certitude : si Nottinghamshire parvient à forcer le follow-on – Leicestershire en est encore à 52 runs – et à finir le travail, on parlera d’un champion qui a tenu son rang. Si Leicestershire s’en sort, on se souviendra longtemps qu’un fast bowler de 6 pieds 7 pouces, habituellement cantonné au bas de l’ordre, a tenu tête pendant cinq heures pour repousser, presque à lui seul, la marche du titre.




