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County Championship : Somerset, Nottinghamshire et Warwickshire en course pour le titre

À deux journées du dénouement, le County Championship offre ce que le sport anglais produit de plus rare : un sprint final à trois, serré comme un champ de courses sous l’orage. Somerset, Nottinghamshire et Warwickshire se tiennent en cinq points. Trois prétendants. Deux matches chacun. Un seul trophée, le 27 septembre.

Personne ne s’affronte directement. Pas de choc frontal, pas de finale annoncée. Juste six rencontres éparpillées, des yeux qui passent d’un tableau de scores à l’autre, et cette vieille complice du cricket anglais : l’incertitude, nourrie par la pluie, la mauvaise lumière… et le pile ou face du toss.

Somerset, la quête d’un Graal

En tête, pour l’instant, Somerset. Et avec eux, l’histoire. L’un des trois seuls comtés à n’avoir jamais soulevé ce trophée. Dans une ville comme Taunton, où le cricket rythme les saisons, ce n’est plus un simple titre à aller chercher, c’est une malédiction à briser.

Les comparaisons parlent d’elles-mêmes : l’attente interminable des Boston Red Sox avant de briser la “Curse of the Bambino”, les 114 ans de frustration de Hibernian avant de regagner la Scottish Cup, la délivrance de Mayo en All-Ireland Gaelic Football après 11 finales perdues d’affilée. Somerset se tient dans cette lignée de quêtes obsessionnelles, où chaque automne déçu laisse une cicatrice de plus.

Le comté a déjà connu la gloire, mais ailleurs. La grande équipe de la fin des années 1970 et du début des années 1980, avec Ian Botham, Joel Garner, Viv Richards, empilait les trophées à un jour. Plus récemment, le T20 Blast a offert des soirées de fête. Mais le Championship, l’étalon historique du jeu de comté, s’est toujours dérobé.

Entre 2001 et 2019, Somerset a terminé six fois deuxième. Six fois à portée de main. Six fois renvoyé à l’hiver avec ce même goût métallique dans la bouche.

Certains connaissent trop bien cette sensation. Tom Abell, Lewis Gregory, Craig Overton, Jack Leach faisaient partie de la dernière équipe vice-championne. Ils sont toujours là, au cœur du vestiaire, à la fois mémoire et moteur.

Craig Overton, lui, réalise une saison majeure, balle en main comme au bâton. Mais il refuse de se laisser happer par les scénarios de fin de saison.

« Il reste encore un long chemin dans ce Championship et tellement de cricket à jouer », a-t-il confié à BBC Radio Somerset. « On doit juste continuer à faire ce qu’on fait, rester sur les bases, et voir où on en est à la fin de ce match. »

Le décor est simple : Somerset peut être champion dès cette semaine si le comté gagne et que Nottinghamshire et Warwickshire s’inclinent. Mais le même Somerset pourrait se retrouver troisième dès vendredi soir, relégué au rang d’outsider. Voilà à quel point la marge est infime.

Nottinghamshire, le tenant qui refuse de lâcher

Face à cette romance, Nottinghamshire incarne le champion pragmatique. Il y a un an, ce comté jouait les trouble-fête, empêchant Surrey d’aligner un quatrième titre consécutif, avec notamment un succès marquant à The Kia Oval.

Cette saison, Nottinghamshire n’est plus l’outsider. C’est l’équipe à abattre. Le groupe qui tente d’entrer dans l’histoire en devenant le premier Nottinghamshire à conserver le titre.

Joe Clarke domine le circuit au bâton : 1 240 runs, près de 300 de plus que n’importe quel autre joueur de Division One. Une saison qui écrase les comparaisons. Derrière lui, une attaque emmenée par Olly Stone et Dillon Pennington qui complique les après-midi de tous les alignements adverses.

Et pourtant, le champion a déjà laissé filer une opportunité. Incapable de battre un Leicestershire en difficulté plus tôt ce mois-ci, Nottinghamshire a ouvert une brèche. Somerset s’y est engouffré pour prendre la tête. La victoire tendue face à Hampshire – 54 runs d’écart seulement – a maintenu l’écart à quatre points entre les deux premiers.

Olly Stone, auteur d’un impressionnant 9-95 contre Hampshire à Trent Bridge, sait ce que cela signifie pour les deux dernières journées.

« On savait tous en arrivant cette semaine ce qu’il fallait pour rester dans le coup avant les deux derniers matches », a-t-il expliqué. « On va à Sussex maintenant, ils jouent un très bon cricket en ce moment, puis on revient à la maison contre Yorkshire, et là on saura ce qu’on a à faire. On espère pouvoir pousser fort pour le ramener encore une fois. »

Le programme est clair, la pression aussi. Un faux pas, et la défense du titre s’effrite.

Warwickshire, l’ombre qui peut tout renverser

Derrière, Warwickshire reste tapi, à portée de fusil. Cinq points séparent les trois équipes. Dans un système de points aussi fragmenté, ce n’est rien. Un mauvais premier innings, une séance gâchée sous les nuages, un effondrement au bâton, et la hiérarchie bascule.

Warwickshire ne contrôle pas totalement son destin, mais le comté n’a besoin que d’une chose : rester collé au rythme, attendre qu’un des deux autres craque, et frapper au moment où les calculatrices s’affolent.

Les points, les bonus… et les calculatrices

Dans cette fin de saison, chaque run et chaque wicket ont un poids presque démesuré. Sur le papier, il reste 48 points maximum à prendre pour chaque équipe sur les deux derniers matches. Dans la réalité, les bonus redistribuent les cartes.

Le barème est simple, mais impitoyable :

  • Victoire : 16 points
  • Match nul : 8 points
  • Défaite : 0 point

Bonus de batting (runs marqués dans les 110 premiers overs de la première manche) :

  • 250–299 : 1 point
  • 300–349 : 2 points
  • 350–399 : 3 points
  • 400–449 : 4 points
  • 450 et plus : 5 points

Bonus de bowling (wickets pris dans les 110 premiers overs de la première manche) :

  • 3–5 wickets : 1 point
  • 6–8 wickets : 2 points
  • 9–10 wickets : 3 points

Une équipe peut donc empocher jusqu’à huit points de bonus en plus du résultat brut. Avec une victoire, cela peut monter à 24 points. C’est là que tout se complique : Somerset peut très bien gagner ses deux derniers matches… et ne pas finir champion, si Nottinghamshire ou Warwickshire exploitent mieux ces bonus.

Pendant quatre jours, les supporters vont jongler entre les tableaux de scores, les overs restants, les runs à marquer, les wickets à prendre. Les calculatrices vont chauffer autant que les avant-bras des bowlers.

Une fin de saison à guetter balle par balle

Les deux dernières journées ne se joueront pas seulement sur les pelouses. Elles se vivront aussi au casque, à la radio, sur les flux en direct, dans ces moments où un simple “wicket à Taunton” ou “century à Trent Bridge” peut changer la donne du championnat.

Les neuf matches des Divisions One et Two seront commentés en direct par les radios locales de la BBC, avec des rendez-vous sur BBC Radio 5 Sports Extra, Sports Extra 2 et Sports Extra 3 à partir de mardi. En parallèle, un direct texte dédié suivra chaque journée à partir de 10h00 BST, pour capturer chaque tournant de ce final.

Reste une question, simple et brutale : ce trophée ira-t-il enfin se poser à Taunton, restera-t-il à Nottingham, ou prendra-t-il la route de Warwickshire pour rebattre tout le paysage du cricket de comté ?

County Championship : Somerset, Nottinghamshire et Warwickshire en course pour le titre