Cuckney remporte la Village Cup à Lord's
Le pavillon de Lord’s a déjà vu défiler des générations de stars internationales. Dimanche, c’est une équipe venue d’un minuscule village du Nottinghamshire qui a écrit la nouvelle ligne de l’histoire : Cuckney a remporté la Village Cup, cinq guichets d’avance, 19 balles encore en réserve, face aux amateurs de Blackheath.
Le lendemain, à Cuckney, près de Warsop, le car de l’équipe est rentré comme celui de champions du monde. Accueil triomphal, klaxons, embrassades : pour ce village du nord du Nottinghamshire, le rêve est devenu rituel. Car ce trophée n’est pas isolé. Un an plus tôt, les mêmes couleurs avaient déjà triomphé à Lord’s en soulevant la National Cup 2023. Aucun club n’avait jamais réussi ce doublé Village Cup – National Cup. Cuckney vient de fixer une nouvelle référence.
« Journée spéciale », résume le capitaine Richard Bostock. Le mot est faible.
Il parle de l’aura du lieu, de cette montée d’adrénaline dès que l’on passe le portail de Lord’s, du privilège de fouler la même pelouse que les internationaux. De la somme de travail aussi : 22 matches de championnat, un parcours de 10 rencontres en coupe, la logistique, les convocations, les déplacements… Tout ça pour un village qui, sur la carte, ne pèse pas lourd. Sur le terrain, c’est une autre histoire. « On est peu nombreux, mais on fait bloc, une seule grande équipe », insiste-t-il.
Blackheath frappe fort, Cuckney répond plus fort
Sur le terrain, Blackheath a tenté de casser le scénario. Leur capitaine, Peter Melhuish, a donné le ton avant même le premier lancer : arrivée en hélicoptère, entrée spectaculaire pour un rendez-vous qu’il voulait marquer. Batteur en chef, il a tenu son rang avec 48 points précieux, colonne vertébrale de l’attaque du club du Surrey.
Mais cette base n’a pas suffi. La raison porte un nom : Jake Tong. Le lanceur de Cuckney a fait exploser l’alignement adverse avec une prise de quatre guichets, performance qui a bridé Blackheath à 186 points, tous éliminés. Un total respectable, mais pas intimidant sur ce terrain, surtout face à une équipe qui connaît désormais les codes de Lord’s.
La réponse de Cuckney a été maîtrisée, presque clinique, mais portée par une vraie sérénité. En ouverture, William Ullyott a posé les fondations avec un 62 d’autorité, innings qui a calmé les nerfs et stabilisé la poursuite. À ses côtés, Leighton Ambrick a vécu une autre bataille, plus intérieure.
« C’était irréel, pour être honnête », confie l’ouvreur. Il raconte la boule au ventre, les mains qui tremblent avant le premier point. Puis ce déclic, ce simple qui débloque tout. Une fois “off the mark”, la peur s’évapore, le jeu reprend ses droits. En tribune, son père, celui qui l’a mis une batte entre les mains pour la première fois, laisse perler l’émotion. Voir son fils évoluer à Lord’s, sous la pression d’une finale nationale, ce n’est pas un dimanche ordinaire.
Cuckney ne s’est jamais affolé. La cible a été atteinte avec une marge confortable : victoire bouclée dans le 37e over, une balle à jouer, cinq guichets encore en réserve. Une gestion d’adultes dans un décor de rêve.
Un club minuscule, une ambition géante
Dans l’ombre des joueurs, le coach Will Butler mesure l’ampleur du chemin parcouru. Il rappelle que trois ou quatre membres de l’effectif étaient déjà sur la pelouse de Lord’s en 2023 lors du sacre en National Cup. Ils ont vécu la première épopée, s’en sont nourris, s’en sont inspirés. Un an plus tard, ils y sont retournés, avec quasiment le même noyau, pour ajouter une nouvelle coupe à l’armoire.
Pour un club de village, cela ressemble à une fiction. « C’est ce dont sont faits les rêves pour un club comme le nôtre », résume Butler. Sauf que ce rêve-là s’écrit à la sueur des soirs de semaine, aux samedis pluvieux, aux kilomètres avalés sur des terrains anonymes.
À Cuckney, la coupe va sans doute passer de main en main pendant des jours, sur la place du village, au pub, au bord du terrain. Les enfants qui regardaient en tribune dimanche seront peut-être les prochains à rêver de Lord’s.
La question n’est plus de savoir si ce petit club appartient à la grande scène. Elle est plus simple, plus brutale : jusqu’où ce village peut-il encore repousser les limites qu’il vient lui-même de fixer ?




