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Duel Arena 1 : une soirée toxique et spectaculaire à Orlando

Pour son baptême du feu, Duel Arena 1 n’a pas seulement plongé dans les sports de combat. L’événement, organisé au Kia Center d’Orlando et soutenu par un site de paris en ligne, a surtout mis les deux pieds dans une esthétique de provocation assumée, entre casting sulfureux, choix douteux et quelques vrais moments de sport au milieu du chaos.

Sur le plan sportif, la carte mélangeait MMA, boxe et kickboxing dans un même ring, avec diffusion gratuite sur YouTube après avoir été initialement annoncée en pay-per-view. Sur le plan de l’image, la promotion a choisi la surenchère : attaques ciblées sur les réseaux sociaux, utilisation de la mère de Dillon Danis comme ring card girl pour le narguer, et mise en avant d’invités ouvertement racistes présentés comme argument marketing. Un pari risqué, pour ne pas dire désespéré, pour une organisation qui cherche à exister en jouant la carte « anti-woke » à outrance.

Mike Perry, la nuit cauchemardesque à domicile

Le main event devait opposer Mike Perry à Dillon Danis. Danis s’est retiré à la dernière minute. Brandon Jenkins a accepté le combat en un jour. Perry a immédiatement vendu l’histoire : son remplaçant venait, selon lui, de signer son arrêt de mort.

Sur le ring, le scénario a viré au cauchemar pour l’enfant du pays.

Jenkins a démarré fort, sans complexe, prenant l’initiative devant le public acquis à Perry. Puis le moment clé : Perry semble se déboîter l’épaule gauche. Jenkins ne le laisse pas respirer, maintient la pression et finit par démolir l’ancien combattant de l’UFC, désormais figure de proue du BKFC et autoproclamé « King of Violence ».

Le commentaire télé s’est empressé de minimiser le combat en ramenant tout à la blessure, comme si rien n’avait compté avant ce moment. Jenkins, lui, a peu reçu les louanges qu’impose une victoire en short notice, en terrain hostile, contre un nom établi. Perry est salué pour avoir accepté, mais il repart avec une défaite humiliante, blessé, battu par un remplaçant arrivé la veille et escorté hors du ring sous les yeux de ses supporters.

Jimi Manuwa rallume la lumière

Un peu plus tôt, un autre ancien de l’UFC a rappelé qu’il n’avait pas tout rangé au grenier. À 46 ans, Jimi Manuwa retrouvait la compétition pour la première fois depuis sept ans, en boxe, face à Chase Sherman, ex-lourd de l’UFC.

Sherman a envoyé Manuwa au tapis dès le premier round. On aurait pu croire le vétéran dépassé. La réponse est venue au deuxième. Le Britannique a commencé à toucher propre, à enchaîner, jusqu’à obtenir un arrêt de l’arbitre. Un retour express, brutal, qui ramène Manuwa dans la lumière le temps d’un soir.

Phil Rowe se relance et regarde à nouveau vers l’UFC

Sur la carte de boxe, Phil Rowe, lui aussi ancien de l’UFC, a dominé Javanis Ross sur quatre rounds. Combat sans folie, mais sérieux : Rowe travaille plus, gagne tous les rounds sur une des cartes et deux sur les deux autres.

Après le verdict, il lance un message clair : il veut revenir à l’UFC. Le contexte n’est pourtant pas idéal pour lui rappeler de bons souvenirs. Rowe avait enchaîné trois victoires dans l’octogone, mais deux ratés à la pesée lui avaient valu une solide mauvaise réputation auprès des matchmakers. La suite : quatre défaites sur cinq combats et un renvoi. Depuis, une victoire en MMA, cette victoire en boxe, et l’espoir, peut-être, de recevoir un coup de fil inattendu. L’histoire de l’UFC montre que ce genre de trajectoire n’est jamais totalement fermée.

Ryan Pownall – Patrick Clark Jr. : quand le passé rattrape le ring

Le moment le plus dérangeant de la soirée n’est pas venu d’un coup de poing, mais d’un passif. Patrick Clark Jr., connu autrefois à la WWE sous le nom de Velveteen Dream, arrivait déjà avec une réputation en lambeaux après des accusations d’envoi d’images à caractère sexuel à des mineurs et des témoignages de grooming. Il avait nié, l’enquête interne de la WWE lui avait d’abord rouvert la porte, avant que la fédération ne le licencie malgré tout. Il avait présenté des excuses publiques il y a quelques années pour les personnes qu’il disait avoir blessées par son comportement.

Face à lui, Ryan Pownall, présenté comme podcasteur, n’a pas laissé ce passif en coulisses. Dès la conférence de presse, il l’a attaqué frontalement, le traitant de « pédophile » à répétition, provoquant un effondrement nerveux de Clark. Les accusations ont continué jusque dans les couloirs, à la sortie de l’arène. Sur le ring, Clark a fini disqualifié après avoir multiplié les comportements grotesques, transformant le combat en caricature de lui-même. Une séquence qui en dit long sur la ligne éditoriale de la promotion : tout ce qui choque est bon à prendre.

AJ Cunningham, KO spectaculaire et réputation nauséabonde

Sportivement, l’un des gestes de la soirée revient à AJ Cunningham. Un superbe spinning back elbow qui met KO Joe Penafiel. Rien à redire sur l’exécution. Mais l’auteur du coup porte un lourd bagage.

Cunningham est connu pour ses prises de position nauséabondes, notamment pour sa sympathie affichée envers l’idéologie nazie. Il est souvent cité comme l’une des figures les plus détestées du milieu. Son coin pour ce combat ? Jake Shields. Cunningham n’avait plus gagné depuis près de trois ans. Ancien perdant du DWCS, repêché ensuite à l’UFC par les circonstances, il y avait enchaîné deux défaites avant de se faire remercier.

Le paradoxe de la soirée est là : un KO de très haut niveau, mais signé par l’un des personnages les plus toxiques du plateau, placé juste avant… un combat entre un magicien et un jongleur. Oui, Cunningham a dû « ouvrir » pour un magicien contre un jongleur. C’est dire le cirque.

Entre magicien, jongleur et « King of Ass Magic » : la farce assumée

La frontière entre sport et show a volé en éclats. Un « King of Ass Magic » est apparu, affublé d’un chapeau ridicule, pour affronter un jongleur. Une parodie de boxe, censée divertir, qui a surtout donné envie de détourner le regard. Même la production n’a pas réussi à afficher correctement le nom de ce roi autoproclamé de la « magie des fesses ».

Ce numéro s’est ajouté à une programmation déjà bancale : un combat d’ouverture entre un influenceur mesurant 1,37 m et le propriétaire de Duel.com, donné perdant aux points. Avant cela, la retransmission avait déjà perdu du temps dans des discussions sur des théories du complot, avec, au passage, des références à Bryce Mitchell, puis un détour « pédagogique » vers le ring pour expliquer au public… à quoi ressemble un ring de boxe, comme si personne n’en avait jamais vu.

Duel Arena, miroir déformant des dérives du moment

Au milieu de ce chaos, quelques points techniques ont tout de même tenu la route. La production a parfois été saluée en direct pour sa qualité visuelle. Nikki Carpiniello, la mère de Dillon Danis, a été présentée comme ring card girl spéciale, dans une nouvelle tentative de troll envers son fils, encore une fois forfait à la dernière minute.

Mais le fil rouge de la soirée reste clair : Duel Arena a choisi la provocation, la polémique et la transgression comme carte de visite. Insultes homophobes sur les réseaux sociaux, instrumentalisation des scandales de ses participants, mise en avant de personnalités racistes, mélange de combats sérieux et de numéros de cirque.

Reste une question simple : ce type de cocktail peut-il vraiment installer une nouvelle promotion dans la durée, ou ne s’agit-il que d’un feu de paille, aussi bruyant que toxique, destiné à s’éteindre aussi vite qu’il a explosé à Orlando ?

Duel Arena 1 : une soirée toxique et spectaculaire à Orlando