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Dunkley brille mais l’Angleterre fléchit en fin de manche

Sous un New Road reverdi par la pluie nocturne, l’Angleterre a bâti une manche solide face à l’Irlande, portée par une Sophia Dunkley impériale avant une série de pertes de guichet qui a brusquement freiné l’élan.

Dunkley, cent majestueux et mainmise sur l’attaque irlandaise

Tout s’est structuré autour d’elle. Sophia Dunkley a d’abord pris son temps, puis a méthodiquement démonté l’attaque irlandaise. Son cent est venu sur son 100e ballon, une symétrie parfaite pour sa deuxième centaine internationale.

Elle y arrive à 99 après un pull autoritaire sur Little, puis un simple la fait basculer dans une autre dimension. Casque enlevé, batte levée, Dunkley laisse percer l’émotion. Son jeu de coups raconte sa domination : on-drives classiques, cuts tranchants, coups de fouet côté leg, onze frontières déjà au 26e over, puis une incursion dans les 90 grâce à un slower ball de Kelly expédié par-dessus long-off.

À ses côtés, Seren Grewcock joue le rôle de partenaire idéal. Longtemps contenue, elle attend son moment. Son premier boundary n’arrive qu’à sa 26e balle, un on-drive somptueux, pur manuelle du cricket. Elle enchaîne avec un drive contrôlé pour quatre, tient la pose, prend confiance. L’Angleterre file alors, 141-1 puis 153-1, Dunkley déjà à 85, Grewcock bien installée à 24.

L’Irlande cherche des solutions. Little tente le court contre Dunkley, sans grand succès. Kelly revient, concède trois simples puis voit Dunkley cisailler un cut accroupi pour un nouveau quatre. Le tableau de marque grimpe sans à-coups : 156-1, 167-1, puis 173-1 au 29e over, Dunkley sur 100, Grewcock sur 29. L’Angleterre semble en croisière.

Un tournant : Grewcock puis Capsey, la malchance et la précision irlandaise

L’équilibre se brise avec la réintroduction de Murray. Grewcock, à 35, se met en position, mais renvoie une balle-tampon directement dans les mains de la lanceuse, qui se baisse jusqu’aux chevilles pour la saisir. 183-2. La jeune batteuse avait commencé à se libérer, la rupture est nette.

Alice Capsey entre, prend rapidement ses marques derrière les stumps. Elle ajoute quelques runs, pousse l’Angleterre au-delà des 190, mais le coup du sort arrive au 34e over. Dunkley frappe plein axe, McCartney effleure la balle du bout du pouce, et celle-ci vient fracasser les stumps au bout non-striker. Capsey, en dehors de sa ligne après avoir tourné la balle dans le leg-side pour faire passer l’Angleterre à 200, est run out, impuissante. Un renvoi malheureux pour l’Angleterre, une bouffée d’oxygène pour l’Irlande.

McCartney, lunettes de soleil et longue queue de cheval, boucle pourtant un sortilège coûteux mais précieux : elle termine ses dix overs pour 1-53, avec ce run out décisif dans son sillage.

La chute de Dunkley et la montée en puissance de Murray

Le moment-clé survient au 36e over. Dunkley, 119, n’a toujours pas frappé de six. Elle tente enfin le grand coup, vise au-dessus de deep midwicket. Le geste est magnifique, mais la trajectoire trouve la plus grande joueuse irlandaise, Prendergast, parfaitement placée sur la corde. Elle se cale, garde l’équilibre sur la ligne, et renvoie Dunkley au vestiaire. 214-4. Une manche splendide, stoppée net.

À partir de là, c’est l’Irlande qui impose le tempo. Freya Kemp et Danielle Gibson doivent reconstruire. Kemp se montre immédiatement affirmée : reverse-sweep pour trois, cut majestueux pour quatre après une glissade en bord de limite, puis un plein coup à travers extra-cover que Gaby Lewis ne peut que frôler en plongeant. Gibson, elle, démarre plus tranquillement avant de lâcher un premier six brutal sur McCartney, un coup de massue au-dessus de long-off, façon « homme des cavernes en sortie ». L’Angleterre tient encore un total massif en ligne de mire.

Mais le plan irlandais se met en place. McBride resserre, McCartney ferme les angles, les limites se raréfient. Les singles s’enchaînent, six d’un coup sur McBride au 41e over, avec une occasion de run out manquée à mid-off qui aurait pu renvoyer Kemp. Le public de New Road, bien garni, sent que la manche hésite entre explosion finale et ralentissement forcé.

Murray, la main froide au cœur du money time

La bascule se produit avec Arlene Kelly et surtout Cara Murray en fin de manche. Kemp, 23 sur 21, décide de frapper fort. Elle avance, envoie Murray vers les nuages. La balle semble destinée à quitter le stade, mais retombe juste sur le fil de la corde. Gaby Lewis, en extension totale derrière elle, la saisit superbement. 260-5. Un coup d’éclat, mais un guichet capital.

Murray ne s’arrête pas là. Charlie Dean, arrivée pour accélérer, commence par punir un full toss, quatre dès la première balle. La réponse est immédiate : balle bien aérienne, Dean gratte un léger contact, Hunter assure la prise. Double-wicket over. L’Angleterre vacille, 264-6.

Villiers suit, en difficulté d’entrée sur une tentative de reverse-sweep qui frôle les stumps. Elle ne survit que trois balles de plus. Elle s’avance, temporise, puis offre une balle flottante de Murray à deep midwicket. Simple prise pour Little. 270-7. L’Angleterre, si bien partie, se retrouve soudain à court de ressources expérimentées.

Gibson tente de maintenir le navire à flot. Elle atteint 30, puis 36, avec quelques frappes franches, dont un cut puissant sur McBride. Mais les limites se font rares. McCartney boucle ses dix overs proprement, Prendergast contient, McBride étouffe les tentatives de slog.

Gibson s’accroche, l’Irlande serre l’étau

À l’approche des derniers overs, Danielle Gibson prend la main. Elle franchit les 40, trouve un superbe ramp shot pour quatre sur Prendergast, plein de toucher et de sang-froid. À l’autre bout, MacDonald-Gay tente le slog-sweep, place une balle juste hors de portée de Gaby Lewis, puis donne la frappe à sa partenaire.

L’Irlande, pourtant, tient son plan. Kelly, pour sa dernière apparition, reçoit un cadeau : MacDonald-Gay tente un grand coup vers long-on, mais ne trouve que la fielder. Prise simple, WICKET, et Kelly peut savourer ce moment symbolique, un guichet en guise d’adieu.

L’Angleterre atteint 288-8, un total solide construit sur la classe de Dunkley, l’audace de Kemp et Gibson, mais entamé par la précision de Murray et la discipline retrouvée de l’Irlande dans les derniers overs.

La question, désormais, est simple : ce passage à vide en fin de manche coûtera-t-il cher, ou ce 288-8 restera-t-il comme le socle d’une victoire maîtrisée ?