Ed Cowan appelle à la prudence face à la privatisation de la BBL
La Big Bash League est à un tournant. Entre l’appétit des investisseurs privés, la montée en puissance des autres ligues T20 et la peur d’un exode de stars, Cricket Australia a décidé d’ouvrir la porte au marché. Mais tout le monde n’applaudit pas.
Ed Cowan, ancien ouvreur de l’équipe d’Australie et désormais membre du board de Cricket NSW, appelle au calme. Sur l’ABC Cricket Podcast, il a clairement posé le décor : la ruée vers la privatisation pourrait « rapidement devenir incontrôlable ».
Un modèle « opt-in » qui fait débat
Cricket Australia a confirmé ce mois-ci un modèle à la carte : chaque État pourra choisir de mettre sa franchise BBL sur le marché, en cédant des parts ou la totalité de la licence à des investisseurs privés. Une révolution silencieuse pour une compétition qui, jusqu’ici, restait sous le contrôle du cricket domestique.
Pour Cowan, la panique autour d’un prétendu exode de joueurs vers d’autres ligues est prématurée. Il rappelle que la BBL a déjà montré sa capacité à s’adapter : calendrier resserré, ajustement du salary cap, meilleure intégration des stars internationales.
« Ils ont déjà pu remodeler le calendrier, attirer des stars internationales et adapter le salary cap autour de ça. On a vu qu’il n’y avait aucun frein à faire venir certains des meilleurs joueurs du monde », a-t-il souligné.
Les exemples ne manquent pas : Ben Stokes à Adelaide, Finn Allen avec un contrat majeur, et une liste de noms qui parlent d’eux-mêmes.
Le discours alarmiste autour de la SA20 sud-africaine ? Cowan le démonte en une phrase : « On n’a encore perdu aucun joueur. »
« Quand on commence à brûler les meubles… »
Derrière sa prudence, Cowan vise un point sensible : la tentation de vendre trop vite ce que la BBL a mis plus d’une décennie à bâtir.
Selon lui, il existe encore une marge pour mieux gérer le business sans immédiatement sacrifier les « actifs stars » que sont les franchises. « Il y a cette idée que l’entreprise pourrait être gérée plus efficacement, ce qui laisserait du temps pour déterminer si vous avez vraiment besoin de vendre vos meilleurs actifs ou non », explique-t-il.
Puis vient l’image forte, celle qui résume toute sa crainte : « Quand vous commencez à brûler les meubles pour chauffer la maison, les choses peuvent très vite devenir incontrôlables. »
Autrement dit : une fois les franchises vendues, impossible de revenir en arrière si le modèle dérape.
Une ligue qui attire toujours les grands noms
Sur le terrain, la BBL n’a rien d’un produit en déclin. En raccourcissant le format ces dernières saisons, la ligue a regagné en rythme, en lisibilité, et surtout en audiences. Les tribunes et les écrans ont suivi, tout comme les joueurs.
La saison 2025/26 a offert un casting solide : Colin Munro, Chris Jordan, Muhammed Rizwan, Sam Billings, rejoints par des cadres de l’équipe d’Australie comme Steve Smith, Alex Carey ou Mitchell Starc une fois leurs engagements internationaux terminés.
Le contraste avec The Hundred est frappant. La compétition anglaise a bien attiré Mitchell Marsh, Adam Zampa, Jos Buttler ou Trent Boult, mais tous ces noms ont déjà joué en BBL ou s’apprêtent à le faire lors de BBL16. La concurrence existe, certes, mais l’Australie reste une destination majeure pour les spécialistes du T20.
Todd Greenberg veut accélérer
Face à la prudence de Cowan, la direction de Cricket Australia tient un discours nettement plus offensif. Pour Todd Greenberg, directeur général de CA, attendre serait une erreur stratégique.
Il pointe un paysage mondial où les meilleurs Australiens peuvent désormais signer dans d’autres ligues, parfois au même moment que la BBL, avec des salary caps plus généreux. Pour lui, le temps presse : « Quand on se demande s’il faut attendre deux ans ou quatre ans, la réponse est non, on ne peut pas attendre. »
Les défis sont là, immédiatement. « Nous sommes un pays relativement petit dans un sport global. Il nous incombe de prendre des décisions qui nous permettent de rester compétitifs ailleurs, et c’est exactement ce que nous faisons », insiste Greenberg.
La ligne est claire : pour CA, la privatisation n’est pas un luxe, mais un outil de survie dans la bataille des ligues T20.
Les États se divisent
Sur le front interne, la carte politique se dessine. Cricket NSW mène l’opposition la plus ferme au modèle actuel. Queensland Cricket, lui, temporise : pas de vente immédiate, mais une porte entrouverte.
« Nous allons suivre de près le processus de vente et, à ce stade, nous avons l’intention de conserver 100 % de la propriété du Brisbane Heat, tout en restant ouverts à un investissement privé au moment opportun », ont déclaré la présidente de Qld Cricket, Kirsten Pike, et le CEO Terry Svenson dans un communiqué conjoint.
À l’inverse, Cricket Victoria a choisi son camp. L’instance soutient la privatisation et s’apprête à franchir le pas en premier : la licence des Melbourne Renegades sera mise sur le marché pour une vente totale.
« L’investissement privé va libérer de la valeur pour la réinjecter dans tout le cricket victorien, des bases jusqu’au haut niveau », a assuré le directeur de Cricket Victoria, Shaun Richardson.
Deux visions du futur, deux rythmes, une même inquiétude en filigrane : comment financer la croissance sans perdre le contrôle de l’outil ?
Dernière danse pour les franchises originelles ?
En coulisses, les négociations entre Cricket Australia et les associations d’État se poursuivent, avec un calendrier serré. Les saisons BBL16 et WBBL12 se profilent, et tout indique qu’elles pourraient être les dernières à se jouer avec la configuration historique des huit franchises originelles.
La BBL s’apprête à entrer dans une nouvelle ère, tiraillée entre l’argent frais des investisseurs et la peur de « brûler les meubles ».
La question n’est plus de savoir si la ligue va changer. Elle est de savoir qui en tiendra encore les clés quand la poussière sera retombée.




