Edgbaston : Test décisif pour l'Angleterre et révolution pour le Pakistan
La série est déjà pliée. L’Angleterre mène 2-0, forte d’un succès par une manche et 103 points à Headingley puis d’une victoire de 194 points à Lord’s. Sur le papier, ce troisième Test à Edgbaston n’est qu’un match pour l’honneur. Sur le papier seulement.
Pour l’Angleterre, c’est une parenthèse contrôlée dans un calendrier surchargé. Pour le Pakistan, c’est un grand ménage en direct, une rupture assumée avec ce qui a précédé.
Angleterre : gérer la domination sans se relâcher
Joe Root arrive à Birmingham avec un groupe sûr de sa force. Le noyau qui a écrasé le Pakistan reste en place, avec une seule absence notable : Brydon Carse. Le pacer est écarté après un incident survenu devant une boîte de nuit à Derby pendant le deuxième Test. Une décision nette, qui libère une place dans une attaque déjà impitoyable.
Ollie Robinson, lui, est intouchable. Ses 8 wickets pour 80 points à Lord’s l’ont propulsé devant Jasprit Bumrah pour la meilleure moyenne au bowling en Test parmi les lanceurs ayant disputé au moins 20 matchs depuis la Première Guerre mondiale. Une statistique brutale, à l’image de ce qu’il inflige aux batteurs pakistanais depuis le début de la série.
Autour de lui, Jofra Archer et Gus Atkinson complètent un trio de rapides qui n’a laissé aucun répit aux visiteurs dans des conditions anglaises typiques : ciel lourd, balle qui bouge, marges d’erreur inexistantes.
Le onze probable anglais pour ce troisième Test ne devrait pas surprendre :
- Ben Duckett
- Emilio Gay
- Jordan Cox
- Joe Root (c)
- Harry Brook
- Dan Lawrence
- Jamie Smith (wk)
- Gus Atkinson
- Ollie Robinson
- Jofra Archer
- Shoaib Bashir
Une équipe assez stable pour continuer à dicter le tempo, assez modulée pour tester la profondeur de l’effectif avant un hiver chargé.
Pakistan : sept sortis, cinq nouveaux, un électrochoc
Face à cette continuité anglaise, le Pakistan débarque à Edgbaston avec un visage presque méconnaissable.
Sept joueurs renvoyés chez eux en un seul communiqué : Mohammad Rizwan, Imam-ul-Haq, Salman Ali Agha, Ali Usman, Aamir Jamal, Muhammad Awais Zafar et Khurram Shahzad. Dans la foulée, le sélectionneur Sarfaraz Ahmed et l’entraîneur des lanceurs Umar Gul sont eux aussi débarqués en plein milieu de série. Un coup de balai rare à ce niveau.
À leur place, une nouvelle structure provisoire : Mike Hesson prend les commandes de l’équipe de Test, épaulé par l’ancien pacer australien Ashley Noffke. Le Néo-Zélandais ne s’est pas caché sur ses intentions. Il veut retrouver l’ADN traditionnel du Pakistan : vitesse, gestes atypiques, spin déroutant. Surtout, il réclame de la variété, un mot qu’il répète et qui tranche avec la monotonie affichée jusque-là.
Babar Azam revient pour mener une équipe qui ne ressemble presque plus à celle balayée à Lord’s. En haut de l’ordre, Saim Ayub et Abdullah Fazal, à eux deux seulement dix caps en Test, sont appelés pour stabiliser un top-order en chantier. Autour d’eux, la jeunesse frappe à la porte.
Cinq joueurs sans la moindre sélection ont intégré le groupe élargi. Parmi eux, deux noms se détachent pour entrer directement dans le XI : Saad Baig, wicketkeeper-batsman sacré meilleur joueur de la Quaid-e-Azam Trophy 2025-26, et Arafat Minhas, all-rounder gaucher qui apporte un spin de bras gauche précieux dans la quête de diversité tactique.
Ubaid Shah, seamer gaucher, et Sajid Khan, off-spinner, offrent à Hesson exactement ce qu’il réclamait publiquement : des angles différents, des trajectoires moins prévisibles, un bowling qui raconte autre chose que la même histoire sur cinq jours.
Le onze pakistanais pressenti à Edgbaston :
- Azan Awais
- Abdullah Shafique
- Saim Ayub
- Babar Azam (c)
- Saud Shakeel
- Saad Baig (wk)
- Mohammad Imran Randhawa
- Arafat Minhas
- Mohammad Ali
- Mohammad Abbas
- Ubaid Shah
Une équipe qui ressemble plus à un laboratoire qu’à un bloc rodé. Mais c’est précisément le pari.
Un pari logique… mais à double tranchant
Un dead rubber, c’est le moment idéal pour lancer des novices. Tester Saad Baig ou Arafat Minhas dans un match que le Pakistan a peu de chances réalistes de gagner comporte un risque limité. Si ça fonctionne, la tournée aura servi à autre chose qu’à encaisser des défaites. Si ça casse, les dégâts resteront maîtrisés au tableau d’affichage.
La logique sportive est là : retrouver un équilibre dans le XI, ajouter de la variété dans l’attaque, donner du temps de jeu aux jeunes dans un environnement hostile mais sans pression de série.
Le malaise, lui, se niche ailleurs.
Sept joueurs sortis d’un coup, deux entraîneurs limogés en plein affrontement, un capitanat qui tourne au manège : Salman Ali Agha capitaine sur un Test, puis tout simplement exclu du groupe pour le suivant. Tout cela donne l’image d’une direction qui réagit à la une des journaux plus qu’à un plan de long terme.
Edgbaston peut offrir au Pakistan un aperçu de son avenir : des jeunes qui s’installent, un bowling plus imprévisible, un Babar Azam recentré sur le terrain. Mais l’avenir ne se construira pas avec un énième grand chambardement dans trois mois.
La vraie question dépasse ce troisième Test : cette révolution sera-t-elle le début d’une ligne claire, ou simplement un nouveau virage brutal avant le prochain coup de volant ?




