Emilio Gay : la performance qui impressionne Sir Alastair Cook
À Edgbaston, sous un ciel qui n’a jamais vraiment laissé le ballon tranquille cet été, Emilio Gay a signé une manche qui pourrait bien changer le cours de sa jeune carrière internationale. Un 60 précieux, arraché en 114 balles face à l’attaque du Pakistan, a permis à l’Angleterre de prendre la main dès le premier jour. Ce n’était pas flamboyant. C’était mieux que ça : c’était solide.
Dans un été où les batteurs anglais souffrent, où les centaines se font rares – Ben Duckett est le seul à en avoir inscrit une en six Tests à domicile – les chiffres bruts de Gay ne font pas rêver : 261 runs, moyenne de 26,1. Mais dans ce contexte, chaque run arraché en haut de l’ordre pèse plus lourd que les colonnes de statistiques ne le laissent croire.
Le sceau de Cook
Quand quelqu’un comme Sir Alastair Cook, presque 12 000 runs en ouverture pour l’Angleterre, se prononce, le message résonne. Pour lui, Gay doit non seulement garder sa place, mais aussi être du voyage pour la tournée hivernale en Afrique du Sud.
« Je pense qu’Emilio Gay a très bien joué. Je dirais qu’il est confiant et intense », a-t-il confié à Test Match Special. Cook insiste sur ce trait que tous les sélectionneurs recherchent chez un ouvreur : la capacité à faire payer l’adversaire quand on est “in”. Un batteur qui, une fois installé, refuse de gâcher l’occasion.
À ses yeux, Gay en a fait assez pour mériter une place dans l’avion vers l’hémisphère sud, où les surfaces devraient offrir un peu plus de répit aux batteurs. Et dans l’esprit de l’ancien capitaine, il doit y ouvrir la manche.
Une technique de survie dans un été hostile
Les chiffres avancés par CricViz donnent la mesure du style de Gay. Depuis ses débuts contre la Nouvelle-Zélande en juin, il a laissé passer ou défendu 61 % des balles rapides qu’il a affrontées. Aucun ouvreur anglais n’a fait mieux sur un été à domicile depuis Dom Sibley en 2020 (68 %).
Face au Pakistan mercredi, Gay a poussé cette approche encore plus loin : 65 balles laissées ou défendues, en retardant au maximum son geste, en attendant que le ballon vienne à lui. Une patience qui tranche avec le ton plus offensif adopté par beaucoup de ses coéquipiers ces dernières années.
Le début de sa manche raconte bien son état d’esprit. Les 12 premiers runs de son cinquante sont venus en 43 balles. Puis les 38 suivants en 52. Le tempo s’est accéléré, sans jamais perdre le contrôle. Neuf fours au total, et un autre chiffre marquant : 68 % de ses runs en Test sont venus en limites, le pourcentage le plus élevé à égalité chez les batteurs anglais ayant au moins 250 runs dans ce format.
Cook apprécie surtout ce que Gay ne fait pas. Il ne “chasse” pas le drive à tout prix. Il attend que la balle entre vraiment dans sa zone. Il marque aussi bien du pied arrière à travers le off side que côté leg, avec des coups propres, notamment vers mid-wicket. Un jeu complet, pas cantonné à un seul côté du terrain.
Une place à prendre pour l’hiver
Le contexte rend cette manche encore plus importante. Avec un Pakistan balayé pour 133 runs dans son premier innings, il est tout à fait possible que ce 60 soit la dernière apparition de Gay en Test cet été. Si le match s’emballe, il n’aura peut-être pas d’autre occasion de gonfler ses stats avant que les sélectionneurs ne tranchent pour l’hiver.
Jacob Bethell doit revenir de blessure pour la tournée en Afrique du Sud. Derrière, la lutte pour les places dans le top-order s’annonce serrée entre Jordan Cox, Dan Lawrence et Gay pour deux billets. Dans un été où les batteurs ont souffert, seul Harry Brook a passé la barre des 30 plus souvent que Gay (six fois contre cinq). Un signe de constance dans un environnement hostile.
Tout n’est pas parfait pour autant. Les données montrent une faille : il a été pris sept fois sur des balles dans la zone 7-9 mètres, un back of a length qui le gêne encore. Une zone que les attaques sud-africaines ne manqueront pas de viser si les sélectionneurs lui renouvellent leur confiance.
Une occasion manquée… mais un message envoyé
Michael Vaughan a vu la même chose que tout le monde : une belle manche, mais un goût d’inachevé. Gay s’est finalement fait piéger en inside edge, en traînant une balle de Razaullah Khan sur ses propres stumps. À 60. Au moment où la fatigue s’installe, où la concentration vacille d’un cran.
Pour Vaughan, Gay avait trouvé son équilibre tôt dans la manche, a traversé un début compliqué, puis a déroulé. Ce qui rend la sortie encore plus frustrante. Le batteur de 26 ans sait qu’il a laissé passer une première chance de rejoindre le cercle des centurions en Test.
Cette frustration, ses coéquipiers la sentent aussi. Josh Tongue, côté vestiaire, insiste sur la préparation de Gay. Un joueur qui s’acharne au filet, qui enchaîne les séances longues, qui travaille son endurance mentale autant que sa technique. La manière dont il a rebondi après deux “horribles” dismissals à Lord’s la semaine précédente illustre cette résilience.
À Edgbaston, sur un terrain piégeux, Gay a offert à l’Angleterre une plateforme que beaucoup n’auraient pas su construire. Il est sorti déçu, évidemment. Personne n’aime se voir “chopper on” après avoir fait le plus dur. Mais il a laissé derrière lui quelque chose de plus important qu’un simple 60 : l’impression durable qu’il appartient à ce niveau.
La question, désormais, n’est plus de savoir s’il mérite un autre Test cet été. Elle est de savoir si l’Angleterre osera partir en Afrique du Sud sans un ouvreur qui a prouvé qu’il savait survivre quand tout, autour de lui, semble conçu pour faire tomber les batteurs.




