Ferrari et Hamilton : un dialogue apaisé avant le Grand Prix de Madrid
À Monza, la poussière de gravier n’était pas encore retombée que déjà le débat enflammait le paddock. Lewis Hamilton expédié hors piste au premier chicane par Charles Leclerc, le Monégasque au tapis deux tours plus tard, et une Ferrari qui quitte son temple avec un goût amer. Deux courses, deux incidents entre les mêmes hommes. Le décor était planté pour un feuilleton.
Il n’en sera rien. Du moins pas à l’intérieur du garage rouge.
Face à face, portes fermées
Lewis Hamilton l’a raconté sans détour, à la veille du Grand Prix d’Espagne sur le nouveau tracé du Madring : l’explication a eu lieu, loin des caméras.
« Il n’y a pas eu de fuite, pas de détour. On s’est assis face à face, juste lui et moi, et on en a parlé », explique le septuple champion du monde.
Les mots ont fusé, mais sans éclats publics. « On a été ouverts, honnêtes, et on a réglé ça. On peut passer à autre chose. Ça montre sa maturité », glisse Hamilton, visiblement décidé à calmer le jeu.
Leclerc tient le même discours. Le contact à Monza, il l’assume.
« C’est clair qu’on ne veut jamais voir une voiture de la même équipe dans l’herbe », reconnaît-il. Après avoir revu les images, le constat est simple : « Je sais que je suis allé trop loin au virage 2 et je l’ai dit à Lewis. C’est très clair désormais ce qu’on doit faire ou éviter à l’avenir. »
Les détails de la discussion resteront dans la salle de débriefing. Mais le message principal est limpide : la relation tient. « Ça n’a en rien affecté la bonne relation qu’on a, et ça ne changera rien pour la suite. C’est le plus important pour moi », insiste Leclerc.
Monza, théâtre idéal pour le chaos
Le contexte a évidemment amplifié l’épisode. Monza, la maison de Ferrari, le public en rouge, et deux voitures qui se frôlent jusqu’à l’erreur.
« Si tu as une course où tu ne veux surtout pas que ça arrive, c’est Monza », souffle Leclerc. « Quand ça se produit à notre course à domicile, ça crée un énorme remous à l’extérieur. »
Le Monégasque pointe d’ailleurs un certain déséquilibre dans la lecture du week-end : « Il y a eu des frictions entre d’autres équipiers aussi, mais on ne parle que de Lewis et moi. Je ne pense pas que ce soit très juste. Ça ne veut pas dire qu’on a tout fait parfaitement, loin de là. »
Hamilton, lui, regarde déjà au-delà de l’incident. Sa frustration à l’arrivée – seulement sixième après avoir dû remonter – n’a pas effacé une conviction : Ferrari doit se ranger derrière un objectif commun.
Hamilton appelle à l’unité chez Ferrari
Trois week-ends de suite, les qualifications ont mal tourné pour la Scuderia. Mauvais choix, manque de rythme, exécution imparfaite. Hamilton ne se cache pas.
« Il faut surtout qu’on exécute mieux pour obtenir le meilleur résultat pour l’équipe », martèle-t-il. « Au lieu de travailler l’un contre l’autre et finir quatrième et cinquième, on peut s’unir, viser le podium et ramener plus de points. »
Le Britannique prévient toutefois : ce chantier-là ne se règle pas d’un claquement de doigts. « C’est un processus de long terme. On ne change pas ça en un week-end. Il y a énormément d’éléments, beaucoup de monde, une culture en place depuis très longtemps. Déplacer de gros blocs, ce n’est pas simple. »
Ferrari se cherche encore. Ses deux pilotes, eux, savent qu’ils roulent à un niveau très proche. « On veut tous les deux gagner autant l’un que l’autre, et faire bien pour l’équipe », résume Hamilton. Le risque de friction restera là, permanent. La clé sera dans la façon de le gérer.
Madring, nouveau piège à haute vitesse
Pour compliquer le tableau, la Formule 1 débarque ce week-end sur un territoire inconnu : le Madring, tracé hybride sur le site de l’Ifema, à deux pas de l’aéroport de Madrid. Un circuit urbain, des murs proches, des courbes rapides, des zones de freinage piégeuses. Le peloton va devoir apprendre très vite.
Hamilton ne mâche pas ses mots : « C’est un circuit extrêmement exigeant. Parmi tous les nouveaux tracés où je suis allé, celui-ci et l’Arabie saoudite sont les plus proches en termes de difficulté pour prendre la voiture en main et trouver les bonnes trajectoires. »
Chez Mercedes, George Russell va dans le même sens. « C’est un circuit fou, vraiment. Probablement l’un des plus risqués du calendrier », lâche le Britannique.
Les comparaisons avec Jeddah tombent naturellement : « Il y a de vrais virages à haute vitesse, façon Jeddah, les murs sont très proches, aucune marge d’erreur. Et tu as aussi des enchaînements où tu arrives vite sur un gros freinage, tu freines et tu tournes en même temps, donc les blocages de roues vont être faciles. Si tu bloques, tu finis droit dans le mur. »
Les dépassements s’annoncent compliqués, la gestion des pneus délicate, et la moindre erreur se paiera cash. Un terrain parfait pour rebattre les cartes… ou creuser les écarts.
Russell dos au mur face à Antonelli
Sur le plan comptable, Russell arrive à Madrid avec une montagne à gravir. Il pointe à 66 points de son équipier Kimi Antonelli, auteur d’une victoire renversante à Monza après être parti 19e sur la grille. Une course référence, un message envoyé.
Le Britannique ne se raconte pas d’histoires. Le titre s’éloigne. « J’aurais clairement besoin d’un peu de réussite et de bonnes performances », admet-il. « Ce n’est pas quelque chose auquel je pense vraiment, parce qu’il fait mieux que moi. Il mérite de mener le championnat. »
Il reste neuf ou dix courses, sans certitude totale sur le calendrier final, mais Russell sait que la marge de manœuvre se réduit. « Il reste encore un long chemin, mais il n’a pas encore eu un mauvais week-end en termes de performance. Il est exceptionnel. Mes performances sont meilleures, mais si je veux gagner ce championnat, il va me falloir de la chance en route. Je ne me focalise pas là-dessus. Je me concentre sur le fait de rouler plus vite et de trouver plus de performance. »
Face à lui, Antonelli refuse d’entrer dans le jeu des calculs. Sa victoire à Monza a marqué un tournant personnel, mais pas sa façon d’aborder les courses.
« Je ne veux pas penser au championnat », tranche l’Italien. « Monza a prouvé que je ne roulais pas avec ça en tête. Je roulais pour gagner, pour faire de mon mieux. C’est cet état d’esprit que je garde. »
Il décrit ce dimanche italien comme « le plus beau jour de [sa] vie jusqu’ici, un jour qu’[il] n’oubliera jamais ». Puis il a choisi de redescendre sur terre à sa manière : une journée de karting avec Mercedes dès le lundi.
« Après Monza, cette nuit-là, cette journée, j’étais très excité. Mais aller faire du karting le lundi m’a aidé à revenir sur terre, à me reconnecter au sol », raconte-t-il. « C’était une bonne journée, très fun avec l’équipe. Une façon de me rappeler d’où je viens, tout le chemin parcouru. »
La pression, Antonelli ne la fuit pas. « J’essaie de l’embrasser autant que possible. De la voir comme quelque chose de positif, comme une opportunité. C’est ce qui m’aide à rester calme dans les situations difficiles. »
Entre une Ferrari qui cherche la bonne voie, un duo Hamilton–Leclerc sous haute tension maîtrisée, un Madring prêt à sanctionner la moindre hésitation et un duel interne Mercedes qui bascule vers l’Italien, la saison entre dans une zone de turbulences. Reste à savoir qui sortira de Madrid avec le contrôle de l’appareil.




