logo

Feyenoord : Les journalistes accusent la direction de gâcher un mercato

La tempête gronde à Feyenoord. Et ce ne sont pas les adversaires qui attaquent, mais deux des journalistes les plus influents du pays. Dans l’émission Kick-Off de De Telegraaf, Mike Verweij et Valentijn Driessen ont pris pour cible la direction du club, et plus précisément Dévy Rigaux et Robert Eenhoorn, accusés d’avoir gâché un mercato qui pouvait changer le visage du champion 2023.

Un trésor mal utilisé

Le point de départ, pour Verweij, est clair : Feyenoord avait de quoi frapper fort. « Rigaux a porté un énorme coup à son prédécesseur Te Kloese », rappelle-t-il. Mais les chiffres qu’il avance renversent la perspective.

Avec l’argent prévu pour la vente de Hadj Moussa, le club disposait, selon lui, d’environ 40 millions d’euros. Les offres étaient là :

  • 25 millions pour Ueda, finalement vendu « beaucoup trop peu cher » à Lille OSC,
  • un montant pour Read qui « aurait presque pu monter à 35 millions »,
  • 20 millions de Hull City pour Targhalline.

Des montants qui, cumulés, auraient offert à Feyenoord une puissance de feu exceptionnelle sur le marché. Verweij insiste : si la direction avait « simplement fait son travail et vendu les bons joueurs », le club se serait retrouvé avec une marge de manœuvre considérable. Il rappelle aussi l’héritage de Te Kloese : un effectif évalué autour de 120 millions d’euros. Difficile, dans ce contexte, de ne pas pointer du doigt les choix de Rigaux et Eenhoorn.

« S’ils avaient vendu Read immédiatement, ils auraient pu être beaucoup plus efficaces sur le marché des transferts », tranche le suiveur de l’Ajax, sans prendre de gants.

Le poids des Friends of Feyenoord

Driessen, lui, élargit immédiatement le cadre. Pour lui, le problème dépasse les simples décisions sportives. Tout ramène, dit-il, aux Friends of Feyenoord, ce groupe d’investisseurs qui détient 49 % des parts du club.

Le mécanisme est complexe, mais lourd de conséquences. À chaque fois que Feyenoord débourse 17,5 millions d’euros, les Friends perdent 25 % de leurs parts. Et ce processus se répète deux ans plus tard. Autre élément clé : le club est obligé de racheter une partie de ces parts lorsqu’il affiche un solde positif sur un mercato. Or, avec une ou deux grosses ventes supplémentaires, ce solde aurait explosé. Feyenoord se serait alors retrouvé contraint de racheter une partie des actions détenues par ces investisseurs.

Selon Driessen, c’est là que tout se joue. Les Friends of Feyenoord « ne veulent pas sortir ». Et Robert Eenhoorn, rappelle-t-il, est arrivé à la direction « à la demande des Friends ». Leur homme. Leur favori. Un directeur qui, de ce fait, ne va pas s’opposer frontalement à leurs intérêts.

Hadj Moussa, transfert fantôme

C’est sur le dossier Hadj Moussa que les accusations deviennent les plus lourdes. Officiellement, la non-réalisation de son transfert à Al-Ittihad s’expliquerait par un problème de garantie bancaire. Driessen n’y croit pas une seconde.

On parle d’un transfert à 40 millions d’euros. On parle de l’Arabie saoudite, rappelle-t-il, en prenant Ajax comme exemple : ces clubs ont toujours payé, et sont solvables. Pour lui, ce prétexte ne tient pas.

Il va plus loin. Feyenoord aurait été « à peine joignable par téléphone », les contacts auraient été extrêmement difficiles. Les discussions auraient traîné, encore et encore, jusqu’à ce que la visite médicale ne puisse plus être organisée dans les délais. Un feuilleton étiré au point de faire capoter l’opération.

Dans ce scénario, Eenhoorn n’est plus seulement un dirigeant prudent. Il devient, dans les mots de Driessen, « une extension des Friends of Feyenoord ». Leur relais direct au sein du club. « C’est leur pote », lâche-t-il. Quand ceux qui vous placent à ce poste savent que vous pouvez servir leurs intérêts, « cela arrive neuf fois sur dix », insiste-t-il.

Driessen rappelle enfin qu’Eenhoorn a déjà laissé entendre qu’il n’était pas particulièrement enthousiaste à l’idée de racheter les parts des Friends. Résultat : le club reste lié à ce groupe d’investisseurs… et leurs intérêts financiers pèsent sur chaque grande décision.

Une fracture au cœur du club

Au-delà des chiffres et des mécanismes de rachat d’actions, une question traverse toutes ces critiques : qui dirige vraiment Feyenoord ? La direction technique, censée optimiser l’effectif et les finances sportives, ou un groupe d’investisseurs qui n’a aucune envie de voir sa position s’éroder ?

Entre les ventes manquées, les offres sous-exploitées et ce transfert de Hadj Moussa qui n’a jamais abouti, Verweij et Driessen dressent le portrait d’un club qui a laissé passer une fenêtre décisive. Un club qui, avec d’autres choix, aurait pu consolider son projet sportif tout en restant ambitieux sur le marché.

La saison, elle, ne s’arrêtera pas pour laisser Feyenoord régler ses comptes internes. Mais une chose est claire : après ce mercato et ces accusations publiques, chaque décision de Rigaux et Eenhoorn sera scrutée. Et chaque transfert manqué nourrira un peu plus la même interrogation : à Rotterdam, qui protège vraiment les intérêts de Feyenoord ?