FIFA sous tension : Ceferin et Montagliani proposent 10 millions aux fédérations
La bataille pour le contrôle de la FIFA vient de changer de dimension. À quelques mois de l’élection présidentielle, les vice-présidents de l’instance issus de l’Europe et de l’Amérique du Nord ont dégainé une arme politique massive : de l’argent, et beaucoup.
Aleksander Ceferin, président de l’UEFA, et Victor Montagliani, patron de la CONCACAF, ont adressé vendredi une lettre à Gianni Infantino. Ils y réclament qu’une partie des énormes réserves de trésorerie de la FIFA soit immédiatement redistribuée aux 211 fédérations membres : 10 millions de dollars chacune, en une fois.
Le calcul est simple. La FIFA devrait afficher, selon cette lettre, 6 milliards de dollars de réserves après la Coupe du monde disputée aux États-Unis, au Canada et au Mexique. De quoi, estiment-ils, assumer sans risque une enveloppe globale de 2,1 milliards pour les associations nationales. Un geste présenté comme ponctuel, mais au timing explosif.
Un contre-projet frontal au plan d’Infantino
Ce versement de 10 millions par fédération ne sort pas de nulle part. Il répond directement à l’offensive politique d’Infantino, qui avait promis 20 millions de dollars à chaque fédération en soutien à son projet désormais avorté de cession de parts commerciales de la Coupe du monde à des investisseurs privés, emmenés par Joshua Kushner.
Ceferin et Montagliani envoient un message limpide au corps électoral qui décidera du prochain président : les fédérations peuvent espérer plus d’argent, même sans Infantino. Voire, surtout sans lui.
La lettre rappelle d’ailleurs que les financements déjà annoncés par la FIFA – 20 millions de dollars par fédération jusqu’en 2030 – seraient maintenus « en intégralité, comme déjà engagé ». Ce versement exceptionnel viendrait donc s’ajouter, et non se substituer, aux flux prévus.
Sollicitée, la FIFA n’a pas réagi.
Infantino isolé, les confédérations se repositionnent
La fracture politique est désormais nette. L’UEFA et la CONCACAF ne se contentent plus de contester le projet de privatisation partielle de la Coupe du monde, révélé à la fin juillet. Elles visent ouvertement la tête d’Infantino, qu’elles souhaitent voir écarté avant ou au plus tard lors de l’élection prévue en mars prochain.
Ceferin et Montagliani demandent dans leur courrier une analyse « complète et indépendante » des finances de la FIFA avant une réunion cruciale à Zurich, le 15 octobre. Objectif : déterminer jusqu’où l’instance peut aller dans sa générosité sans mettre en péril sa solidité financière. Cette réunion du Conseil de la FIFA, présidé par Infantino, sera la première depuis l’éclatement du scandale autour du projet de structure commerciale FIFA Forward Enterprise (FFE), valorisé à 20 milliards de dollars.
Les deux dirigeants européens et nord-américain annoncent aussi leur intention de rallier les quatre autres présidents de confédération à leur motion. En Asie, la Confédération asiatique de football a déjà publiquement critiqué Infantino ces dernières semaines. En revanche, les confédérations sud-américaine et africaine continuent de lui apporter leur soutien.
Conscient du danger, le président de la FIFA a multiplié les déplacements. Il s’est rendu dans les Caraïbes le mois dernier pour consolider ses appuis au sein de la CONCACAF, malgré la demande expresse de Montagliani de ne pas effectuer cette visite. Un signe de plus que la bataille ne se joue plus seulement dans les bureaux, mais sur le terrain politique de chaque fédération.
Une élection qui bascule
Le calendrier est serré. Les candidats à la présidence de la FIFA ont jusqu’au 18 novembre pour se déclarer. Le scrutin se tiendra quatre mois plus tard à Rabat, au Maroc, pays proche d’Infantino et co-organisateur du Mondial 2030 avec l’Espagne et le Portugal, tous deux membres de l’UEFA.
Jusqu’à récemment, Infantino semblait filer vers un quatrième et dernier mandat, jusqu’en 2031, sans réelle opposition, porté par une Coupe du monde en Amérique du Nord très lucrative. La tempête autour du projet d’investissement privé a tout rebattu.
Reste une inconnue majeure : qui se présentera contre lui ? Les regards se tournent régulièrement vers Victor Montagliani lui-même, Canadien au cœur du dispositif CONCACAF, et vers Nasser al-Khelaïfi, président qatari du Paris Saint-Germain, membre du gouvernement du Qatar et du comité exécutif de l’UEFA. Deux noms souvent cités, jamais confirmés. Aucun des deux n’a déclaré vouloir défier Infantino, qui bénéficie par ailleurs du soutien public de la fédération qatarienne.
Les dirigeants européens doivent se retrouver lors d’un événement organisé par l’UEFA avant la réunion du Conseil de la FIFA. Un terrain idéal pour sonder les ambitions, tester les soutiens et, peut-être, faire émerger un candidat de consensus.
L’offensive judiciaire de l’UEFA aux États-Unis
La bataille ne se limite plus aux communiqués et aux lettres. Elle se déplace aussi devant les tribunaux américains. L’UEFA a saisi des cours à Manhattan et en Floride pour obtenir des éléments de preuve. D’un côté, auprès de la société d’investissement de Joshua Kushner à New York. De l’autre, directement auprès de la FIFA, concernant le projet de spin-off commercial à 20 milliards de dollars, FIFA Forward Enterprise.
L’instance européenne veut récupérer documents et échanges afin d’évaluer le dépôt éventuel d’une plainte pénale contre Infantino en Suisse, pays siège de la FIFA, pour possible mauvaise gestion financière.
Ce n’est plus seulement une lutte d’influence. C’est une confrontation institutionnelle, politique et désormais judiciaire, qui menace de redessiner l’équilibre du football mondial.
Au centre, une question brûlante : les milliards de la Coupe du monde serviront-ils à consolider le pouvoir d’un président ou à redistribuer les cartes d’un système déjà fragilisé par des années de crises ?




