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Grand Prix d'Espagne : Antonelli triomphe, Lawson confirme, Norris malchanceux

Le nouveau Madring n’a pas offert beaucoup d’ouvertures. Mais il a offert un scénario. Cruel pour certains, doré pour d’autres.

Au bout d’un Grand Prix d’Espagne tendu, Kimi Antonelli s’est offert une deuxième victoire consécutive et un énorme bol d’air au championnat. Liam Lawson, lui, a signé une nouvelle performance de métronome avec une sixième place qui confirme sa montée en puissance cette saison.

Lawson, la régularité qui compte

Parti huitième, le Néo-Zélandais de 24 ans a encore fait le boulot. Pas d’éclat spectaculaire, mais une course pleine, propre, intelligente, qui le ramène une fois de plus aux portes du top 5.

Sixième à Madrid, comme à Monaco et à Silverstone plus tôt dans l’année : Lawson s’installe dans une forme de constance qui commence à peser dans le peloton. Sur un circuit urbain nouveau, étroit, avare en dépassements, il a maximisé son point de départ, profité des erreurs stratégiques des autres et tenu son rang jusqu’au drapeau à damier.

Dans un week-end où beaucoup se sont perdus dans les choix de pneus et les fenêtres d’arrêts, le Kiwi repart avec un résultat solide, à défaut d’être spectaculaire. Le genre de course qui construit une saison.

Antonelli, le coup gagnant au bon moment

Devant, l’histoire du jour s’est écrite en noir et argent. Kimi Antonelli, déjà vainqueur à domicile au Grand Prix d’Italie le week-end précédent, a parfaitement surfé sur le seul vrai tournant de la course : la voiture de sécurité virtuelle au 15e tour.

Installé en deuxième position derrière Lando Norris après le départ, le jeune pilote Mercedes a d’abord dû rendre une première attaque au premier virage, après avoir coupé le virage pour éviter le contact. Mais la pression est restée constante sur la McLaren de tête.

Quand l’Aston Martin de Lance Stroll s’est immobilisée en piste à cause d’un problème de freins, tout a basculé. Voiture de sécurité virtuelle déployée, fenêtre d’arrêt idéale ouverte. Antonelli plonge aux stands. Norris, lui, a déjà dépassé l’entrée. Un tour de trop.

Le choix – ou l’erreur – de McLaren coûte cher. Le Britannique ne peut s’arrêter qu’au tour suivant, une fois la procédure terminée. Résultat : un arrêt nettement plus pénalisant en temps, un changement de roue avant droite plus lent que prévu, et le voilà rejeté au cinquième rang.

Antonelli, lui, ressort devant. Le coup est fait.

À la radio, l’Italien ne cache pas un léger malaise face au sort de Norris, tout en savourant l’ampleur de l’opération : il parle d’une course « très forte », d’un week-end parfaitement tenu. Difficile de lui donner tort. Avec ce huitième succès de la saison, il porte désormais son avance sur son coéquipier George Russell à 81 points, avec encore neuf manches à disputer. Russell termine cinquième, discret mais précieux pour le camp Mercedes.

Norris, la victoire envolée

Lando Norris avait tout fait juste. Une pole maîtrisée, un départ propre, le contrôle de la course en début de relais. Et puis cette fraction de seconde au mauvais endroit, au mauvais moment.

« Insanely unlucky », lâche-t-il après l’arrivée, évoquant une malchance insensée. Le constat est brutal : il est le seul à ne pas pouvoir profiter de la fenêtre offerte par la voiture de sécurité virtuelle. Derrière, Antonelli et d’autres s’engouffrent. Lui continue, impuissant.

Revenu en piste cinquième, il remonte jusqu’au podium, mais la victoire s’est déjà échappée. Il termine troisième, derrière Max Verstappen, solide deuxième pour Red Bull, et se contente de féliciter ses rivaux. La course « lui a échappé », dit-il. C’est exactement ce qui s’est passé.

Leclerc tente le pari, Ferrari s’effondre à moitié

Au moment de la voiture de sécurité virtuelle, Charles Leclerc choisit une autre voie : rester en piste. Pari stratégique différent, prise de risque calculée sur la dégradation des pneus et la difficulté de dépasser sur ce nouveau tracé.

Le Monégasque se retrouve alors en tête et mène une large partie de l’épreuve. Mais avec des pneus durs qui tiennent bien chez ses adversaires directs et une obligation réglementaire de s’arrêter, le couperet tombe en fin de course. Arrêt tardif, perte de la première place, puis du podium. Il doit se contenter de la quatrième position.

Pour Ferrari, le bilan est mitigé. Car de l’autre côté du garage, la journée vire au cauchemar. Lewis Hamilton signale très tôt un problème de freins et doit renoncer après seulement sept tours. Une semaine après une course déjà compliquée en Italie, conclue à la sixième place après un accrochage avec Leclerc, le septuple champion du monde enchaîne un nouveau week-end frustrant.

Départ musclé, peu d’ouvertures, beaucoup de frustration

Sur ce Madring étriqué, le départ valait de l’or. Antonelli le sait, Norris aussi. Les deux hommes se jaugent dès le premier virage. L’Italien dépasse un instant, coupe le virage pour éviter le contact, rend la position. Le ton est donné.

Max Verstappen se retrouve également dans le viseur des commissaires de course après avoir gagné une position hors piste sur Hamilton. Lui aussi doit rendre la place. Sur un circuit où les occasions de dépasser se comptent sur les doigts d’une main, chaque décision compte.

Avec des pneus durs performants et une seule vraie neutralisation, la course se fige en tête après la séquence d’arrêts. Les leaders n’ont plus besoin de repasser par les stands. Leclerc, lui, doit s’y résoudre en fin de Grand Prix et abandonner ses espoirs de victoire.

Alonso et Sainz, Grand Prix à oublier à domicile

Pour le public espagnol, la fête a tourné court. Les deux seuls pilotes locaux, Fernando Alonso et Carlos Sainz, partaient déjà loin sur la grille. Leur course s’est encore assombrie dès les premiers tours.

Les deux hommes se touchent, Alonso accuse Sainz de l’avoir « serré contre le mur » au freinage. Le pilote Ferrari, déjà impliqué dans d’autres contacts après un départ agressif, écope d’une pénalité de cinq secondes pour cet incident. Sa course se termine plus tard sur un abandon pour problème mécanique. Alonso, lui, poursuit, mais sans jamais peser sur le haut de tableau.

Un retour à Madrid amer pour les supporters locaux, malgré la présence du roi Felipe VI en tribunes et une affluence annoncée proche de 350 000 spectateurs sur l’ensemble du week-end.

Un retour à Madrid contrasté

Quarante-cinq ans après la dernière édition disputée à Jarama, la Formule 1 a donc retrouvé la région madrilène avec un circuit urbain flambant neuf, une organisation massive et un contrat de dix ans en poche.

L’enthousiasme n’est pourtant pas unanime. Quelques heures avant le départ, plusieurs centaines de riverains des quartiers du nord de la capitale se sont rassemblés, t-shirts jaunes et pancartes « Stop Formula 1 in Madrid » à la main, pour dénoncer le bruit, les fermetures de routes et l’impact environnemental de l’événement.

Sur la piste, Kimi Antonelli n’a rien arrêté. Ni la polémique, ni la colère des uns, ni la malchance des autres. Il repart de Madrid avec une nouvelle victoire, un championnat largement sous contrôle… et une question désormais posée à tout le plateau : qui peut encore l’empêcher de transformer cette saison en démonstration ?