Hamilton met la pression sur Ferrari : la lumière s’assombrit
Lewis Hamilton ne tourne plus autour du pot. À Monza, le septuple champion du monde a clairement laissé entendre que Ferrari met en péril ses dernières chances de titre en 2026 en refusant de hiérarchiser les rôles entre lui et Charles Leclerc.
Les chiffres sont brutaux : Hamilton accuse 59 points de retard sur le leader du championnat, Kimi Antonelli, relégué en fond de grille ce week-end à cause de pénalités moteur. Il possède en revanche 28 points d’avance sur Leclerc. Dans ce contexte, l’Anglais estime que la Scuderia ne joue pas suffisamment la carte du pilote le mieux placé au championnat.
Il l’avait déjà ressenti à Zandvoort, en comparant ouvertement l’exécution stratégique de Ferrari à celle de Mercedes, très clairement structurée autour d’Antonelli, avec George Russell en soutien. Monza n’a fait que raviver ce sentiment.
Un samedi sous tension à Monza
Cinquième sur la grille, juste derrière Leclerc, Hamilton est passé tout près de la sortie de piste… sportive. En Q2, il ne sauve sa place en Q3 que pour 0’’001 face à Gabriel Bortoleto. Une marge ridicule à ce niveau, qui nourrit sa frustration.
Selon lui, le déroulé de la séance a été dicté par les préférences de Leclerc sur le plan de course.
« On devait faire un push–cool–cool–push. Mais comme tout le monde attendait et que Charles ne voulait pas sortir en premier, on a dû attendre–attendre–attendre. Et au final, on n’a eu qu’une seule tentative rapide. Ça a rendu les choses vraiment compliquées pour nous », a expliqué Hamilton.
Le paradoxe, c’est que ce week-end, l’avantage de piste en qualifications lui revenait officiellement : priorité sur le placement en piste par rapport à Leclerc, avec la possibilité logique de se glisser derrière la Ferrari n°16 pour profiter de l’aspiration, cruciale à Monza. Leclerc l’avait reconnu dès jeudi, tout en précisant qu’il ne s’attendait pas à ce que Ferrari « compromette » sa propre séance pour autant, affirmant qu’il serait prêt à donner l’aspiration à Hamilton tout en allant lui-même en chercher une sur une voiture rivale.
C’est précisément cette ligne de crête, entre équité interne et logique de championnat, qui a mis le feu aux poudres.
Q3 ratée, confiance ébranlée
En Q3, le scénario tourne au casse-tête opérationnel. Hamilton devait être dans le sillage direct de Leclerc sur ses deux tentatives. Sur le premier run, Ferrari le libère trop tard. Résultat : il se retrouve seul, isolé, à un bon tiers de tour derrière le gros du peloton.
« Je n’avais même pas les roues sur la voiture et tout le monde partait alors que mon moteur tournait encore », lâche-t-il, pour illustrer ce décalage fatal.
La conséquence est double. D’abord, il perd le bénéfice de l’aspiration, un atout énorme à Monza. Ensuite, son rythme se désynchronise pour la deuxième tentative : « Quand tu suis une autre voiture, avec l’aspiration, tu arrives beaucoup plus vite, les zones de freinage changent. Quand tu te retrouves seul, tu perds les aspirations. Beaucoup de temps perdu dans les tows. »
Le constat est froid : Ferrari a laissé filer un potentiel meilleur résultat, au moment où chaque point compte.
Le spectre du titre et la question de la hiérarchie
Depuis Zandvoort, Hamilton a déjà fait part en interne de son malaise sur la gestion d’équipe et les choix stratégiques. Interrogé sur l’évolution de ces discussions, il marque une longue pause… et esquive presque la réponse.
Il préfère saluer, en contre-exemple, le travail de Pierre Gasly et d’Alpine : vu de l’extérieur, dit-il, leur coopération d’équipe a semblé limpide.
Invité à dire si Ferrari doit désormais clairement se ranger derrière son pilote le mieux placé au championnat, Hamilton ne cache plus son inquiétude : « Il y a de la lumière au bout du tunnel, mais elle devient de plus en plus faible au fil des courses. Même si l’équipe fait un travail incroyable en apportant des évolutions et en nous poussant vers l’avant, je suis tellement fier de tout le monde. Je ne pourrais pas faire ce que je fais sans voir tout ce travail. Je veux toujours les reconnaître, les encourager, pour qu’ils continuent à pousser, qu’ils gardent cette passion et ce feu.
Mais sur la piste, il faut qu’on arrive préparés, qu’on agisse en conséquence pour obtenir le résultat dont on a besoin.
Le message est clair : l’effort technique est salué, la gestion sportive l’est beaucoup moins.
Leclerc ne lâche rien
Le problème pour Ferrari est politique autant que sportif. Leclerc vient de prolonger sur le long terme. Comment expliquer au Monégasque qu’il doit déjà s’effacer pour son coéquipier, alors que la saison est loin d’être mathématiquement jouée ?
Il reste environ 283 points à distribuer d’ici la fin de l’année. Un matelas suffisant, sur le papier, pour que Leclerc puisse défendre l’idée qu’il est toujours dans la course. D’autant que, en qualifications, les deux hommes se tiennent dans un mouchoir de poche depuis le début de la saison, quasiment indissociables en duel direct.
Ferrari se retrouve donc face à un choix inconfortable : protéger la dynamique collective et l’équilibre interne, ou accepter de trancher en faveur du pilote le mieux placé, quitte à froisser l’autre camp.
À Monza, Hamilton a rappelé à haute voix ce que la Scuderia tente encore de gérer en coulisses. Reste à savoir combien de temps la lumière au bout du tunnel pourra continuer de vaciller sans s’éteindre pour de bon.




