Hampshire fait marche arrière sur Scott Kuggeleijn après la colère des supporters
Hampshire pensait avoir trouvé un renfort d’expérience pour boucler sa saison. En quelques heures, le club anglais s’est retrouvé au cœur d’une tempête qu’il n’a plus voulu affronter.
Scott Kuggeleijn, ancien international néo-zélandais, devait faire ses débuts pour Hampshire face à Warwickshire en County Championship, dans un match lancé hier soir (heure NZ). Son arrivée était actée, son nom déjà publié sur le site officiel du club pour les quatre dernières rencontres de la saison. Mais rien sur les réseaux sociaux. Une discrétion qui n’a pas résisté longtemps à l’examen du public.
Dès que la nouvelle a circulé, les critiques ont afflué. Supporters, observateurs, voix anonymes ou identifiées : la contestation a pris de l’ampleur, portée par le passé judiciaire du joueur, pourtant blanchi.
En 2016, Kuggeleijn avait plaidé non coupable lors d’un procès à Hamilton pour viol d’une femme de 21 ans. Le jury n’était pas parvenu à un verdict. Un nouveau procès, un an plus tard, s’était conclu par un acquittement. La justice l’a déclaré non coupable. L’opinion, elle, ne s’est jamais vraiment apaisée.
Sous la pression, Hampshire a reculé au dernier moment. Juste avant le début de la rencontre, le club a annoncé que Kuggeleijn ne porterait finalement pas ses couleurs.
« Après réflexion et à l’écoute des retours de nos employés et de nos supporters, Hampshire Cricket peut confirmer que Scott Kuggeleijn ne représentera pas le club », a indiqué la formation dans un communiqué. Quelques lignes sobres, mais lourdes de sens. Le club y remercie aussi sa base de fans, « pour leur passion » et pour avoir pris le temps de partager leurs avis.
Ce n’est pas la première fois que le nom de Kuggeleijn déclenche une réaction de ce type. Sa sélection avec les Black Caps, peu de temps après son second procès, avait déjà provoqué un malaise. Il avait été appelé pour un one-day international contre l’Irlande à Dublin, puis de nouveau pour des rencontres T20 et ODI à domicile en 2019. Là encore, la contestation avait quitté les réseaux pour s’inviter dans les tribunes.
À Wellington, lors d’un match où il figurait sur la feuille, une femme était venue avec une banderole au slogan anti-viol. La sécurité lui avait ordonné de la remettre ou de quitter le stade. La scène avait immédiatement enflammé les alentours : des supporters avaient entonné « no means no » en soutien. L’image avait fait le tour du pays.
New Zealand Cricket avait fini par présenter des excuses. « Le message n’était certainement pas offensant, c’était une erreur d’agir ainsi », avait alors reconnu Richard Boock, responsable des affaires publiques de l’instance. Il avait rappelé qu’un module de formation annuel sur le harcèlement sexuel, le consentement et le respect des femmes venait d’être mis en place pour les joueurs professionnels. Preuve que le sujet ne pouvait plus être traité comme un simple bruit de fond.
Sur le terrain, Kuggeleijn a pourtant eu une vraie carrière internationale : trois tests, deux one-day, dix-huit T20 pour les Black Caps, avec une dernière apparition contre l’Australie à Christchurch en mars 2024. En parallèle, il a servi fidèlement Northern Districts pendant plus de dix ans et vient tout juste de jouer pour les Kingsmen dans une ligue T20 à Darwin.
Mais le cricket moderne ne se joue plus seulement entre les lignes blanches. Les clubs, de plus en plus, doivent arbitrer entre performance sportive, image publique et valeurs affichées. Hampshire a choisi son camp en rompant un accord à peine annoncé, après avoir « écouté ».
Une question reste en suspens : jusqu’où les équipes accepteront-elles de prendre le risque d’associer leur blason à des joueurs dont le passé, même juridiquement clos, continue de diviser leurs propres supporters ?




