logo

Jeux asiatiques : tensions entre BCCI et IOA sur le confort des athlètes

À quelques semaines des Jeux asiatiques d’Aichi-Nagoya, le terrain le plus sensible pour le cricket indien ne se trouve ni au centre du pitch, ni dans les vestiaires. Il est à la réception des hôtels.

Si le BCCI décide que ses équipes ne dormiront pas dans les hôtels officiels prévus par le comité d’organisation, la facture – et toute la logistique qui va avec – lui reviendra intégralement. Hébergement, repas, transports, trajets quotidiens vers le stade, respect des horaires de match : tout reposerait alors sur la seule fédération indienne de cricket.

Face à cela, l’Indian Olympic Association ne bougera pas ses lignes. Pas question pour l’instance olympique de réclamer un traitement particulier pour le cricket. À ses yeux, c’est au BCCI et au comité d’organisation japonais de trouver une solution qui tienne compte des exigences de chacun, sans faire dérailler la mécanique globale des Jeux.

Des hôtels « corrects », mais loin des standards habituels du cricket indien

Le plan actuel des organisateurs est clair. L’équipe masculine a été affectée à l’APA Hotel Nagoya Ekimae, un trois étoiles. La sélection féminine, elle, doit loger au Meitetsu Grand Hotel, un quatre étoiles. Des établissements jugés conformes aux besoins de base des athlètes, mais loin du luxe cinq étoiles auquel les internationaux indiens sont habitués en tournée.

Autre point sensible : les chambres en occupation double. Pas de suites individuelles, pas de vastes espaces privés. Pour des joueurs et joueuses habitués à un certain niveau de confort, le contraste promet d’être brutal.

Le BCCI, conscient de ce décalage, a donc enclenché sa propre démarche. Une équipe avancée doit se rendre au Japon dès la semaine prochaine pour inspecter les hôtels, le terrain de cricket et les autres installations. Le rapport de cette mission pèsera lourd dans la décision finale : accepter les hôtels des organisateurs ou monter une opération parallèle.

L’IOA trace sa ligne : égalité de traitement pour les 36 sports

Dans ce débat, le message de l’IOA est net. Son directeur général, Raghuram Iyer, rappelle que l’instance doit veiller à l’ensemble de la délégation indienne, engagée dans 36 disciplines.

Le principe est simple : pas de passe-droit. Si le BCCI estime que les hôtels proposés ne conviennent pas, libre à lui de se tourner vers d’autres options. Mais avec cette liberté vient la responsabilité totale de l’organisation. L’IOA ne servira pas de relais pour exiger des hôtels plus luxueux pour le cricket alors que les autres sports suivront le plan général.

Pour l’instant, les organisateurs japonais doivent déjà composer avec une pression énorme sur les capacités d’hébergement. Le nombre d’athlètes et d’entraîneurs devrait atteindre environ 17 000 personnes, contre 15 000 initialement prévues. Pour absorber ce surplus, des solutions temporaires ont été mises en place, dont des structures mobiles et même le navire de croisière Costa Serena transformé en hébergement flottant.

Dans ce contexte, trouver des alternatives de standing supérieur, en nombre suffisant, relève presque du casse-tête. Le BCCI devra donc non seulement financer, mais aussi dénicher ces options dans une ville déjà saturée.

Un calendrier serré, surtout pour les femmes

Sur le plan sportif, la première épreuve logistique concernera l’équipe féminine d’Inde, menée par Harmanpreet Kaur. Les joueuses rentreront de la Asia Cup à Dubaï le 13 septembre et devront s’envoler pour Nagoya dès le lendemain. Aucun sas de décompression, aucune marge.

Leur tournoi aux Jeux asiatiques commencera directement en quarts de finale, le 18 septembre, pour se terminer le 22. Une fenêtre courte, intense, où le moindre couac logistique – retard de transport, problème d’installation, fatigue mal gérée – peut peser lourd sur la performance.

Les hommes, emmenés par Shreyas Iyer, bénéficieront d’un peu plus de temps. Départ prévu pour le Japon le 21 septembre, entrée en lice là encore en quarts de finale, le 28, et retour fixé au 4 octobre. Deux rythmes, deux fenêtres d’arrivée différentes, et donc une complexité supplémentaire pour le BCCI s’il opte pour un dispositif d’hébergement séparé.

Loger à part, sans sortir du système des Jeux

Si le BCCI tranche en faveur d’hôtels distincts, les équipes indiennes de cricket ne se retrouveront pas pour autant en marge du dispositif officiel des Jeux.

La décision devra être transmise par l’IOA au comité d’organisation. Les protocoles de sécurité, d’accréditation et d’accès resteront identiques. Les hôtels choisis par le BCCI ne deviendront pas des zones ouvertes : seules les personnes accréditées pourront y pénétrer. Pas de proches, pas d’invités improvisés.

Cette séparation géographique compliquera aussi la gestion de la lutte antidopage. Les équipes de contrôle de la WADA et de l’International Testing Agency devront connaître précisément les lieux de résidence des joueurs et joueuses pour pouvoir effectuer des tests inopinés dans ces hôtels privés. Le moindre flou logistique pourrait perturber un système très encadré.

Pour l’IOA, le cœur du sujet reste néanmoins inchangé : que les athlètes indiens, quelle que soit leur discipline, puissent se concentrer sur la performance sans se perdre dans les détails pratiques. L’envoi d’une équipe avancée par le BCCI est vu comme une démarche logique, presque indispensable, pour trancher en connaissance de cause.

Quand Nagoya ouvre le débat, Los Angeles 2028 affiche déjà ses ambitions

Ce débat japonais intervient au moment où se dessinent déjà les contours d’une autre scène majeure pour le cricket : son retour au programme olympique à Los Angeles en 2028.

Raghuram Iyer a récemment passé près d’une semaine en Californie dans le cadre d’une délégation conjointe IOA–Sports Authority of India. Objectif : prendre la mesure des installations, rencontrer les acteurs locaux et anticiper les besoins des athlètes, cricket compris.

Le futur théâtre du cricket à LA28, le Knight Riders Cricket Ground au sein du complexe Fairplex à Pomona, se dresse à quelques pas seulement du Sheraton Fairplex Suites & Conference Center, où les équipes de cricket devraient être logées. Cette proximité terrain–hébergement illustre la volonté de réduire au maximum les frictions logistiques pour les joueurs. Les rencontres de Major League Cricket attendues sur ce site serviront, elles, de test grandeur nature pour la pelouse et les infrastructures.

L’idée est claire : à Los Angeles, tout doit être pensé pour que les athlètes n’aient à se soucier que d’une chose, leur niveau de jeu. Confort, acclimatation, déplacements, tout doit être verrouillé bien en amont. Une approche que les responsables indiens décrivent comme inédite par son degré d’anticipation.

Un avant-goût historique avant les Jeux

Avant même de débarquer à Nagoya, l’Inde et le Japon partageront un moment symbolique. Le 22 septembre, leurs équipes masculines se retrouveront en T20I pour la Suzuki Cup. Une rencontre qui marquera les 75 ans de relations diplomatiques entre les deux pays, mais aussi une répétition générale bienvenue pour l’Inde avant les Jeux asiatiques.

Entre l’exigence de confort des stars du cricket, la réalité d’une ville sous tension hôtelière et la volonté de traiter chaque sport à égalité, le BCCI marche sur une ligne fine. Reste à savoir si l’Inde choisira de s’aligner sur le modèle olympique classique, ou de tracer sa propre voie logistique, au risque d’ajouter une couche de complexité à une campagne déjà chargée.

À Nagoya, la première décision clé pourrait bien se jouer à la réception de l’hôtel, bien avant le toss.