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Kei Nishikori s'incline face à Rei Sakamoto à l'US Open

À New York, la dernière flamme de Kei Nishikori s’éteint sous les aces de Rei Sakamoto

Kei Nishikori a quitté Flushing Meadows comme il y est entré il y a près de dix ans : sous les projecteurs, mais cette fois en spectateur de sa propre relève. Battu 6-4, 7-6 (7-3) par son compatriote Rei Sakamoto au troisième tour des qualifications de l’US Open, le Japonais a échoué à une victoire de ce qui devait être son dernier tableau principal en Grand Chelem avant sa retraite annoncée en fin de saison.

Face au grand serveur de 20 ans, Nishikori, 36 ans, n’a jamais trouvé la clé. Pas un seul ace pour l’ancien numéro 4 mondial, contre 19 pour Sakamoto, qui a frappé jusqu’au bout, scellant la rencontre en 1h42 avec la même audace qu’il avait affichée dès les premiers échanges.

« C’est une émotion rafraîchissante, comme s’il avait complètement soufflé la dernière flamme d’une bougie », a confié Nishikori, bénéficiaire d’une invitation en qualifications pour cette édition 2026. Une image forte, à la hauteur de ce qu’il représente pour le tennis asiatique, lui qui fut le premier joueur de la région à atteindre une finale de Grand Chelem ici même, en 2014.

Le maître bousculé par l’héritier

Le début de match avait pourtant des airs de scénario parfait. Nishikori s’échappe rapidement 2-0, variation, toucher, lecture du jeu intacte. On croit alors à un dernier tour de piste en grand style. La réponse de Sakamoto est brutale : deux breaks, un premier set renversé, et un message clair envoyé à celui qu’il désigne lui-même comme un modèle.

Le bras du jeune Japonais ne tremble pas. Ses 33 coups gagnants, contre seulement 14 pour Nishikori, racontent une histoire simple : la puissance et l’agressivité d’un joueur de 20 ans qui frappe déjà comme un homme installé dans le Top 100, face à un champion qui lutte plus avec son corps qu’avec l’adversaire.

Dans le deuxième set, les deux hommes tiennent leur mise en jeu. Les jeux défilent, les occasions se font rares. On sent Nishikori accroché à ce tie-break comme à une dernière corde. Mais Sakamoto bondit à 6-1 dans le jeu décisif, ne laisse qu’un infime espoir, et conclut sans trembler. La porte du tableau principal s’ouvre pour le 157e mondial, elle se referme pour de bon pour Nishikori à l’US Open.

« Je n’ai pas réussi à faire face une fois que le niveau est monté un peu », a reconnu le vétéran, lucide sur l’écart physique qui le sépare désormais de ces jeunes joueurs qui frappent sans retenue.

Un passage de témoin assumé

Nishikori n’a pas quitté le court dans la frustration. Il a parlé de Rei Sakamoto comme on parle d’un héritier.

« Je ne suis pas content d’avoir perdu aujourd’hui, mais je suis content pour Rei, c’est le prochain top joueur japonais, j’espère qu’il pourra entrer dans le Top 10 bientôt. C’était une super semaine pour moi. J’ai vraiment apprécié », a-t-il assuré.

De l’autre côté du filet, Sakamoto n’a pas masqué sa satisfaction, ni l’influence de son aîné sur sa trajectoire. « Mes services étaient vraiment bons, et j’ai aussi réussi à jouer de manière agressive. J’espère devenir un joueur au niveau de Kei », a-t-il expliqué, heureux d’intégrer pour la première fois le grand tableau new-yorkais, qui débute le 30 août.

Son service l’a porté tout au long du match, mais c’est surtout son attitude qui a frappé : aucune complaisance, aucun complexe face à la plus grande figure du tennis japonais masculin. Le respect, oui. La révérence, non.

Vingt ans de carrière et une dernière tournée

Pour Nishikori, cette défaite a eu valeur de rétroviseur. « J’ai vraiment apprécié toute ma vie de tennis », a-t-il soufflé. Presque vingt ans chez les pros, une finale de Grand Chelem, une médaille de bronze aux Jeux de Rio 2016, des demi-finales, des combats marathons, et surtout une histoire d’amour particulière avec New York.

« Surtout ici, j’ai de grands souvenirs, une fois finaliste, des demies, beaucoup de grands matches que j’ai joués ici à New York, donc je suis heureux d’avoir joué dans ces derniers moments », a-t-il ajouté, comme pour refermer un chapitre sans amertume.

Son corps, lui, avait déjà commencé à écrire la fin depuis longtemps. Opéré de la hanche gauche en janvier 2022, Nishikori n’a cessé de se battre contre les blessures. Les reprises avortées se sont enchaînées, l’empêchant même de disputer le double mixte avec Naomi Osaka à l’US Open comme initialement prévu cette année.

La suite se jouera au Japon. Il est attendu au Japan Open, à Tokyo, fin septembre. Une scène idéale pour un dernier salut devant son public, loin du vacarme new-yorkais mais au cœur du pays qu’il a fait rêver.

À Flushing Meadows, Rei Sakamoto vient d’entrer dans le grand tableau. Kei Nishikori, lui, vient d’en sortir pour toujours. La question n’est plus de savoir ce que l’ancien numéro 4 mondial peut encore offrir. Elle est désormais simple : jusqu’où ira celui qui vient de l’éliminer, et qui porte déjà une partie de son héritage ?