Kevin Pietersen revient dans l'équipe d'Angleterre : un nouveau chapitre
Joe Root l’assure : l’Angleterre de 2024 n’a plus rien à voir avec celle qui a évincé Kevin Pietersen il y a dix ans. Et c’est justement dans ce nouveau décor que l’ancienne star, longtemps figure aussi brillante que clivante du cricket anglais, revient par la grande porte.
Pietersen, retour d’un géant dans un vestiaire transformé
Seul rescapé de l’ère Pietersen encore en activité avec l’Angleterre, Joe Root a vécu de l’intérieur la fin mouvementée de la carrière internationale du batteur, lors de l’Ashes 2013-14. Il était là quand la tournée en Australie a tourné au naufrage et scellé la fin de KP sous le maillot anglais.
Dix ans plus tard, le décor a changé, les visages aussi. Pietersen, 46 ans, rejoint le staff de la sélection white-ball comme mentor dans la préparation de la Coupe du monde 2027, en Afrique du Sud, son pays de naissance. Un symbole fort, presque inattendu, compte tenu de la rupture de 2014 et du fameux « problème de confiance » évoqué par Andrew Strauss en 2015.
Root, lui, ne voit que l’opportunité sportive.
« J’ai la chance d’avoir joué avec lui, a-t-il confié à BBC Sport. Beaucoup de gars l’ont regardé et sont entrés dans le jeu grâce à lui. Ce sera génial pour eux d’avoir l’occasion de travailler à ses côtés. »
Le génie, les cicatrices, et un vestiaire qui a grandi
Les chiffres parlent encore pour Pietersen : seuls Joe Root et Alastair Cook ont inscrit plus que ses 13 779 runs internationaux avec l’Angleterre. Son batting, fait d’inventivité, de coups improbables et d’une capacité rare à démanteler les attaques, collait déjà davantage au cricket white-ball moderne qu’à son époque.
Mais le génie avait son revers. Les textos dénigrants envoyés au camp sud-africain à propos d’Andrew Strauss en 2012, l’exclusion, puis la réintégration sous Alastair Cook, avant l’implosion de l’Ashes 2013-14 et la mise à l’écart définitive. Une décennie de performances et de tensions, de records et de fractures internes.
Root, qui a disputé 12 Tests et neuf ODI aux côtés de Pietersen, connaît le personnage.
« Il n’a jamais eu peur de dire ce qu’il pensait. C’est lui, tout simplement. Quand vous faites venir quelqu’un, vous voulez qu’il soit lui-même et qu’il soit là pour une raison », explique le capitaine de Test.
Pour lui, le débat sur ce qui pourrait mal tourner passe à côté de l’essentiel.
« Avec son expérience, sa connaissance du jeu, tout ce qu’il peut apporter, je pense qu’il va être excellent. On regarde trop les choses hypothétiques qui pourraient mal se passer, alors qu’il y a tellement d’éléments incroyables qu’il va apporter à cet environnement. Le monde est très différent de ce qu’il était en 2014, et l’équipe d’Angleterre l’est tout autant. »
Un mentor déjà influent dans la jeunesse de Root
Pietersen rejoindra le staff de Brendon McCullum pour la série white-ball contre le Sri Lanka la semaine prochaine. Pour Root, ce n’est pas un inconnu qui débarque dans le vestiaire, mais un mentor de la première heure.
Le Yorkshireman se souvient de ses débuts, en 2012, à 21 ans.
« Il m’a toujours énormément donné, pour être honnête. Il n’était pas obligé d’en faire autant pour moi, mais il s’asseyait, travaillait sans relâche pour que je me sente à l’aise avec mon jeu. Il écoutait toutes mes questions et m’aidait autant qu’il le pouvait. En tant que joueur senior, il était remarquable. »
Ces heures passées à peaufiner les détails techniques, à parler plans de jeu, à apprivoiser la pression internationale, Root ne les a pas oubliées. Et c’est ce type de présence qu’il imagine désormais au service d’une nouvelle génération, nourrie aux highlights de KP sur les réseaux mais qui ne l’a jamais côtoyé sur le terrain.
Root face au Pakistan, et un œil sur les tribunes
En attendant de voir Pietersen à l’œuvre en coulisses, Root a une autre mission immédiate : mener l’Angleterre vers un 3-0 face au Pakistan. Il dirigera l’équipe lors du troisième et dernier Test à Edgbaston mercredi, dans sa première série depuis son retour au capitanat.
Comme lors des deux premiers Tests, il a refusé de dévoiler son XI avant le toss, même si tout indique une équipe inchangée après deux victoires convaincantes.
En dehors de la pelouse, un autre sujet agite le cricket anglais : le prix des billets pour les Ashes de l’été prochain. À Edgbaston, les places dans la célèbre Hollies Stand sont passées à 165 £, contre 125 £ pour la série contre l’Australie en 2023.
Root ne s’aventure pas sur le terrain économique, mais son souhait est clair.
« Je ne sais pas ce que cela implique de gérer un comté ou un stade, je ne sais pas ce que cela demande, a-t-il admis. Du point de vue d’un joueur et d’un capitaine, vous voulez que les stades soient pleins, et qu’ils soient remplis de tous les profils de personnes. Vous voulez que le jeu donne l’impression d’être pour tout le monde, que chacun puisse venir vous soutenir et en profiter. Ce serait génial de voir ce stade plein et vibrant, et que tout le monde ait la possibilité de venir voir du Test cricket. »
L’héritage de Stokes et McCullum, et un dernier test à effacer
Sous Ben Stokes, l’Angleterre a souvent démarré fort ses séries de Test avant de s’écrouler lors du match final. Les chiffres sont brutaux : six dernières rencontres perdues consécutivement dans des séries à plusieurs matches. Root sait que seule une victoire à Birmingham brisera cette série noire.
Il refuse pourtant que ce nouveau cycle se construise sur une opposition avec l’ère précédente. Au contraire, il insiste sur la continuité.
« On n’aurait pas pu jouer ces deux derniers matches comme on l’a fait sans tout le travail de ces deux-là, affirme-t-il à propos de Stokes et de l’ancien coach de Test McCullum. On sous-estime l’impact qu’ils ont eu sur le cricket anglais. Vous regardez d’où l’on vient, la manière dont on jouait, et vous voyez comment on a performé lors des deux derniers matches, beaucoup de ça vient de leur travail et de la façon dont ils ont changé la mentalité au sein du cricket anglais et de cette équipe. Je ne vais pas rester assis ici et accepter qu’on les compare à nous, ce ne serait pas juste. Ils méritent énormément de crédit pour ces deux dernières performances. »
Une équipe transformée, un ancien paria devenu mentor, un capitaine décidé à boucler une série proprement : l’Angleterre avance avec ses paradoxes. Reste à voir si, à Edgbaston, ce nouveau chapitre saura tenir la promesse que ce retour de Kevin Pietersen laisse entrevoir.




