logo

Kimi Antonelli jure fidélité à Mercedes à Monza

Le décor est parfait pour un roman rouge. Un jeune prodige italien, leader du championnat du monde avec 59 points d’avance à seulement 20 ans, arrive à Monza, temple de la tifoseria, porté par un pays qui se prend déjà à rêver. Mais Kimi Antonelli, lui, ne joue pas ce scénario-là.

À la veille de son Grand Prix national, l’Italien a calmé avec une étonnante maturité l’enthousiasme de ceux qui l’imaginent déjà un jour en combinaison Ferrari. Son cœur, pour l’instant, est ailleurs.

« En tant qu’Italien, je sais à quel point nous sommes émotionnels et comme on peut vite s’emballer. Parfois trop », glisse-t-il.

Le ton est posé, presque protecteur envers un public qui commence à le hisser au rang de héros.

Il ne nie pas l’aura de la Scuderia. Il la respecte. Mais il trace clairement sa ligne.

« Bien sûr, il y aura toujours ce genre de discussions mais, au bout du compte, même si Ferrari est une marque immense, incroyable, je suis très heureux là où je suis. Je suis très heureux chez Mercedes, parce que ce sont eux qui m’ont donné une opportunité depuis que je suis enfant et j’ai l’impression d’avoir tellement à leur rendre. Il faut vivre avec ça. »

Un leader précoce qui bouscule la hiérarchie

Son début de saison 2026 explique cet emballement national. Douze courses, une régularité clinique, une avance de 59 points au championnat sur son équipier George Russell et sur Lewis Hamilton, désormais chez Ferrari. Lando Norris, porté par deux victoires consécutives avec McLaren, pointe à 83 longueurs.

Antonelli n’en est pourtant qu’à sa deuxième saison complète en Formule 1. Il survole les débats, impose un calme de vétéran dans un peloton où certains ont plus de saisons que lui n’a d’années.

Ce contraste nourrit le fantasme d’un retour du grand champion italien en rouge. Mais l’intéressé, lui, regarde plutôt du côté de Brackley et prend un autre exemple : celui de Max Verstappen.

Verstappen–Red Bull comme modèle de carrière

Interrogé sur la prolongation de contrat de Verstappen avec Red Bull, Antonelli ne cache pas son admiration pour cette union au long cours. Le Néerlandais avait débuté à 17 ans chez Toro Rosso en 2015 avant d’être propulsé dans l’équipe mère dès la saison suivante. La saison 2026 marque sa dixième campagne complète sous les couleurs Red Bull.

« Je pense que Max a une relation incroyable avec Red Bull. Eux aussi l’ont mis dans une voiture très jeune. Ils ont été ceux qui lui ont fait confiance », rappelle Antonelli.

Il voit dans ce parcours une trajectoire possible pour lui-même.

« J’ai l’impression qu’il est heureux dans l’équipe, de ce que je peux voir. Il doit avoir envie de rester avec eux. Il croit sûrement dans ce projet. Il a toutes les raisons et tous les droits de rester chez Red Bull. Et si un jour il veut changer, ce sera à lui de décider. Mais tant qu’il est heureux là où il est, pourquoi pas ?

Je ferai la même chose avec Mercedes. J’ai d’abord tellement à leur donner. Et si je suis heureux avec eux tout du long, je resterai probablement chez eux toute ma carrière aussi. On verra. Bien sûr, on ne sait jamais ce qui peut arriver. »

Pas de déclaration définitive, mais une ligne claire : la loyauté avant le romantisme des couleurs nationales.

Un week-end à domicile… avec une pénalité

Comme souvent en Formule 1, la fête italienne arrive avec un contretemps stratégique. Mercedes a choisi Monza pour faire tomber la sanction moteur d’Antonelli, pénalisé sur la grille pour avoir dépassé son quota de moteurs.

Deux soucis mécaniques plus tôt dans la saison rendaient cette pénalité inévitable. Restait à choisir le circuit. Monza, avec ses longues lignes droites et ses opportunités de dépassement, s’imposait presque comme une évidence pour tenter une remontée depuis l’arrière.

Loin de s’en offusquer, Antonelli y voit un drôle de soulagement.

« D’une certaine manière, ça aide à relâcher la pression, même si je préférerais largement me battre pour la pole et partir devant », reconnaît-il. « Mais d’un autre côté, je me sens un peu plus détendu en arrivant sur le week-end. Je vais pouvoir profiter davantage du pilotage et du week-end en lui-même. »

Le discours tranche avec ce qu’on attend d’un jeune pilote italien à Monza : pas de grands mots, pas de promesses. Plutôt une approche méthodique, presque froide, mais avec une pointe de gourmandise sportive.

« C’est aussi une opportunité différente, une opportunité d’essayer quelque chose de nouveau durant le week-end. Une méthode de travail différente en essais libres, surtout parce qu’on a la possibilité de le faire. Je pense que ça va être un week-end très intéressant. »

Mercedes ne s’en cache pas : cette décision sert aussi à alléger le poids sur les épaules de son leader, à la fois en abaissant les attentes pour sa course à domicile et en encaissant la sanction tant qu’il dispose d’une avance confortable au championnat.

Objectif : remonter, sans se perdre

Pour autant, Antonelli ne vient pas en spectateur. Son ambition reste intacte, simplement ajustée au contexte.

« L’objectif est toujours le même, on va essayer de maximiser le résultat », pose-t-il. Il ne se cache pas derrière la pénalité. Il la transforme en défi chiffré.

« Dans un monde idéal, je pense que, réalistement, un top 5, tu peux le faire. Mais tout dépend aussi de ton rythme, de ta vitesse. Quel est l’écart entre les voitures ? On peut être très rapides, mais Ferrari, McLaren ou Red Bull peuvent être tellement proches que ce ne sera pas suffisant pour les rattraper en course. On verra. Mais je me sens très libre mentalement en arrivant sur ce week-end. Très excité, j’ai vraiment hâte, mais sans vraie pression. »

Libre, mais observé de tous côtés. Les tifosi, partagés entre le rouge historique de Ferrari et ce nouveau visage italien en gris argenté. Ferrari, qui devra gérer l’ombre grandissante de ce compatriote installé chez le rival. Mercedes, qui voit se dessiner, peut-être, une histoire à la Verstappen–Red Bull.

Monza, d’habitude, ne pardonne pas la demi-mesure. Cette fois, la foule pourrait bien hurler pour une Mercedes. Et si le futur grand héros italien de la F1 décidait d’écrire toute son histoire loin du rouge, comment réagirait le temple de Ferrari ?