logo

Kimi Antonelli, roi de Monza : un miracle italien à domicile

Kimi Antonelli s’est élancé depuis l’ombre, tout au fond de la grille. Dix-neuvième, coincé dans le trafic, loin des projecteurs. Il a franchi la ligne d’arrivée en héros national.

À 20 ans, l’Italien a remporté son Grand Prix à domicile au terme d’une course insensée, en résistant jusque dans les derniers tours à son coéquipier et rival George Russell. Derrière, Max Verstappen a arraché la troisième place face à Oscar Piastri au bout d’un duel féroce, presque irréel.

« You can’t script things like that. »

Monza en transe, un Italien attendu depuis 1966

Sur la grille, les émotions se mêlaient déjà. À l’arrivée, elles ont explosé.

Antonelli en larmes, porté par les tifosi, devient le premier Italien à s’imposer à Monza depuis Ludovico Scarfiotti en 1966. Soixante ans d’attente, brisées par un gamin parti du fond. Russell, lui, a vécu un cauchemar en pleine lumière : leader solide, il a vu sa victoire lui glisser entre les doigts dans les trois derniers tours.

Pour Oscar Piastri, la douleur est différente. Longtemps en lice pour le podium, l’Australien a d’abord cédé face à Verstappen, avant de se faire dépasser dans les toutes dernières secondes par son propre coéquipier Lando Norris. Cinquième seulement, au bout d’un dernier tour qui lui laissera un goût amer.

Sur le podium, Antonelli essuie ses larmes, cherche ses mots.

« Unbelievable. I am so happy. I could never have imagined to be here today. We managed to pull it off, and I am really happy », lâche-t-il après la course, encore sonné par l’instant.

Son exploit se lit aussi dans les chiffres : dans toute l’histoire de la discipline, seul John Watson a gagné en partant plus loin sur la grille, 22e au Grand Prix des États-Unis 1983. C’est ce genre de comparaison qui fait basculer une victoire dans la légende.

Le Temple de la Vitesse, décor d’un scénario fou

L’Autodromo Nazionale Monza porte bien son surnom de Temple de la Vitesse. Un tracé de 5,793 km, 53 tours avalés à des vitesses folles, une longue ligne droite qui se jette sur une chicane brutale aux virages 1 et 2. Des zones de freinage violentes, des opportunités de dépassement à chaque tour, un circuit taillé pour les attaques désespérées.

Tout avait pourtant commencé par une autre histoire. Pierre Gasly, auteur de sa première pole sur ce tracé, rêvait de revivre son triomphe d’il y a six ans, son unique victoire en Grand Prix. Mais très vite, la réalité l’a rattrapé : sa monoplace n’avait pas le rythme pour contenir les Mercedes. Russell s’est emparé des commandes et a semblé un temps filer vers un succès tranquille.

Puis tout a basculé.

Le crash de Leclerc, tournant brutal

Charles Leclerc a violemment quitté la piste dans les premiers tours, projeté dans les barrières dans un crash spectaculaire. Le choc a glacé le Temple de la Vitesse, avant de faire exploser la détresse des fans Ferrari dans les tribunes.

Les commissaires ont dû neutraliser la course et réparer les protections, provoquant une interruption d’une trentaine de minutes. Une éternité pour les pilotes, un nouveau départ stratégique pour les ingénieurs.

Cette pause forcée a rebattu les cartes. Antonelli, parti loin derrière, a pu se frayer un chemin dans le peloton, profitant des relances et du chaos pour remonter. Piastri aussi a vu une fenêtre s’ouvrir vers le podium. La course venait de changer de visage.

Devant, les deux Mercedes se sont alors livrées à un duel à couteaux tirés. Russell et Antonelli ont échangé la tête de la course, tour après tour, dans une sorte de bras de fer psychologique autant que mécanique.

La décision stratégique qui coûte cher à Russell

Le moment clé est arrivé plus tard, presque discrètement. Lance Stroll provoque une virtual safety car. Une fraction de seconde pour décider, une seule.

Mercedes choisit de faire rentrer Antonelli. Russell, lui, reste en piste. Le pari est clair : garder la position en espérant que le rythme suffira. Mais la réalité est cruelle. Avec des pneus plus frais, Antonelli fond sur son coéquipier. L’Anglais devient une cible.

Dans les derniers tours, la pression est intenable. Monza hurle pour son nouveau chouchou. Antonelli attaque, prend l’avantage, ne lâche plus rien. Russell, battu, doit se contenter de la deuxième place.

En interview, le Britannique garde le sourire, mais laisse filtrer sa surprise.

« I thought we were both going to stay out, I was surprised to see him pitting », reconnaît-il.

« In the end, it was a roll of the dice both ways. »

Un lancer de dés qui offre la gloire à l’un, les regrets à l’autre.

McLaren sous tension, Piastri frustré

Plus loin dans le peloton, une autre bataille a failli dégénérer. Les deux McLaren, Lando Norris et Oscar Piastri, se sont retrouvées roue contre roue. Norris tente de dépasser, Piastri défend sèchement sa position.

« He pushed me off track. That was dangerous », s’emporte Norris à la radio.

Le message ne reste pas sans réponse : les ingénieurs rappellent aussitôt à Piastri la nécessité de maintenir un « clean racing ». L’avertissement est clair.

Piastri, en quête désespérée d’un nouveau podium cette saison, sait ce qu’il a laissé filer. Sa dernière apparition sur la boîte remonte au Grand Prix de Miami, en mai, avec une troisième place. À Monza, il avait le podium en vue. Il repart cinquième, derrière son coéquipier, après avoir cédé face à Verstappen dans un duel intense puis à Norris dans les ultimes instants.

Pour lui, ce sera encore une course de plus à ruminer. Et une attente qui s’allonge.

Un nouveau héros pour l’Italie

Quand l’hymne retentit, Antonelli n’essaie même plus de contenir ses larmes. Il sait ce qu’il vient de faire. Monza le sait aussi. Les tribunes, marquées par le crash de Leclerc, se sont trouvées un nouveau symbole en une après-midi.

Un Italien parti 19e, vainqueur au Temple de la Vitesse, premier depuis Scarfiotti. Un coéquipier battu sur une décision stratégique. Un champion du monde repoussé au troisième rang. Des McLaren en ébullition.

La saison 2026 vient peut-être de changer de ton. Et Monza, une fois encore, a choisi son héros.