Kylian Mbappé et le Ballon d’Or : “Je voterais pour moi”
Kylian Mbappé n’a plus envie de se cacher. À la veille du début de la campagne de Ligue des champions du Real Madrid face à l’Inter, l’attaquant français a remis les choses au clair : à ses yeux, il est tout simplement le meilleur joueur du monde. Et il estime avoir toutes les raisons de prétendre au Ballon d’Or.
Devant la presse, le ton est resté mesuré, presque classique. Mais en coulisses, dans les colonnes de L’Équipe publiées lundi, Mbappé a laissé tomber le filtre. Là, il a parlé comme il pense.
“Je voterais pour moi”
Interrogé sur son choix s’il devait désigner le lauréat du Ballon d’Or, la réponse a claqué, limpide : il se choisirait lui-même.
« Pour qui je voterais pour le Ballon d’Or ? Je voterais pour moi. C’est un trophée individuel, il faut regarder ce que le joueur a fait individuellement », explique-t-il. Il sait que certains lui reprochent une saison sans trophée majeur, mais il refuse de se laisser enfermer dans ce procès-là : « Les gens disent que je n’ai rien gagné ? Je n’ai jamais vu un seul Ballon d’Or qui cochait absolument toutes les cases des critères. »
Mbappé rappelle un élément que personne ne peut lui enlever : son empreinte sur l’histoire. Il insiste sur son statut de meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde, sur ses performances dans les plus grandes compétitions, celles où se jugent les très grands : Ligue des champions, Mondial, les scènes qui façonnent les légendes.
« Être le meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde, c’est quelque chose qui reste dans les têtes. Être le meilleur buteur de toutes les plus grandes compétitions, là où jouent les meilleurs, la UCL, la Coupe du monde, je ne sais pas si quelqu’un l’a déjà fait avant », lâche-t-il, sûr de sa force.
Son raisonnement est simple : l’histoire doit être récompensée. « Je pense que faire l’histoire doit toujours être récompensé. Donc quand tu regardes mes arguments, quand tu regardes ce que les autres joueurs ont fait cette année, je dirais que oui, je ne volerais personne si je le gagne. Mais je comprends ceux qui ne sont pas d’accord, ce n’est pas une dictature. »
Confiance totale, mais sans mépris pour l’opinion contraire. C’est tranchant, mais assumé.
L’héritage de Cristiano Ronaldo, à sa manière
Cette posture rappelle forcément quelqu’un. Pendant des années, Cristiano Ronaldo a porté le même discours : la conviction intime d’être le meilleur, répétée, assumée, parfois moquée, mais toujours revendiquée.
Mbappé marche sur ce fil-là. Il sait que le football adore les joueurs “modestes” devant les micros. Il sait aussi que ce costume-là ne lui va pas.
Le débat est déjà lancé : certains placeront Harry Kane, Michael Olise ou Ousmane Dembélé devant lui sur la saison. D’autres rêveront d’un sacre précoce pour Lamine Yamal. Peu importe. Mbappé, lui, ne se construit pas dans le regard des autres.
Le Français prend un risque : celui de devenir, comme Ronaldo en son temps, le personnage que les supporters adverses adorent détester. À l’opposé, Lionel Messi a longtemps incarné la figure plus lisse, moins frontale, plus consensuelle. Deux manières d’exister au sommet. Mbappé a choisi son camp.
Le “méchant” dont le football a besoin
Dans beaucoup de sports, ce discours passerait comme une évidence. En basket, ce type de confiance est presque une monnaie courante, célébrée, attendue. En football, il se transforme vite en accusation d’arrogance.
La nuance est pourtant claire : ce n’est pas de la provocation gratuite, c’est la traduction d’une obsession. L’obsession d’être le meilleur, d’agir comme tel, de se juger comme tel. C’est dans cette zone mentale que se forgent les monstres de compétitivité. Mbappé y vit déjà.
Il l’assume : il ne gagnera pas tout, pas chaque saison, pas chaque trophée. Mais dans sa tête, la victoire commence par cette certitude intime. Là où certains préfèrent la prudence, lui choisit la transparence. Dire à voix haute ce que beaucoup pensent tout bas.
Et ce n’est pas un cas isolé. Lamine Yamal, malgré son âge, renvoie déjà cette impression de confiance froide qui agace une partie des supporters du Real Madrid. Là encore, la frontière entre assurance et arrogance se brouille. Mais ce type de personnalité redonne du relief à un football souvent trop policé devant les micros.
Le message de Mbappé est clair : il ne quémandera pas l’amour universel. Il ne cherchera pas à être le “bon élève” idéal pour plaire à tout le monde. Il veut être jugé sur ce qu’il fait, sur les buts, sur les records, sur l’histoire qu’il écrit.
Le Ballon d’Or dira si cette saison, le monde valide son discours. Mais lui n’attendra pas cette validation pour se considérer au sommet. C’est précisément ce qui le pousse à y rester.




