Liverpool : un mercato XXL mais une équipe déséquilibrée
Liverpool a dépensé plus que jamais. Et pourtant, Andoni Iraola se retrouve début septembre avec une sensation dérangeante : son effectif ressemble davantage à un puzzle incomplet qu’à une machine huilée.
Plus de 200 millions de livres injectés, un record pour le club, et un constat sec signé Jamie Carragher sur Sky Sports : « Ce n’est pas un effectif équilibré. Liverpool manque de solutions aux postes de latéraux et probablement d’un milieu aussi. » Difficile de faire plus clair, même après l’arrivée clinquante de Bradley Barcola pour 123 millions en provenance du Paris Saint-Germain.
Un mercato XXL, une attaque bancale
Le paradoxe saute aux yeux. Liverpool vient de perdre Mohamed Salah, le meilleur ailier droit gaucher de l’histoire de la Premier League, et a choisi… de surcharger l’aile gauche. Une équipe qui se penche d’un côté, au risque de basculer.
Carragher ne cache pas son inquiétude : « Liverpool n’a pas de véritable attaquant de côté droit. On n’a personne avec un pied gauche sur ce flanc, comme Mo Salah. Je suis déçu. Je ne sais pas vraiment ce qu’on va faire sur cette aile droite. »
Barcola peut dépanner à plusieurs postes, c’est vrai. Mais à ce prix-là, difficile d’imaginer autre chose que son utilisation dans sa zone de confort, côté gauche. Or cette zone est déjà encombrée. Cody Gakpo y a débuté la saison. Florian Wirtz et Hugo Ekitike y ont aussi été utilisés.
Rio Ngumoha a explosé à gauche avant d’être baladé à droite en préparation. Victor Munoz, lui, arrive après une seule saison dans l’élite, encore… comme ailier gauche. Une accumulation qui intrigue plus qu’elle ne rassure.
Pris un par un, ces choix ne suffisent pas à condamner la stratégie de recrutement. Mais mis bout à bout, ils dessinent une équipe gonflée à certains postes, creusée à d’autres. Et c’est là que l’inquiétude des supporters prend racine.
Les latéraux au cœur du système… mais sans doublures
Le cas Jeremie Frimpong illustre parfaitement ce flou. À son arrivée l’été dernier, le club insistait : il ne venait pas pour remplacer Trent Alexander-Arnold au poste de latéral droit. Résultat ? Il a démarré les deux premiers matchs… à droite de la défense.
Avec la blessure de Conor Bradley, Frimpong est quasiment le seul spécialiste valide du rôle. Certains évoquent Dominik Szoboszlai comme option de secours, mais ce serait un bricolage. Reculer un défenseur central sur le côté irait à l’encontre de l’importance capitale des latéraux dans le système d’Iraola.
Les chiffres le confirment : Frimpong et Milos Kerkez figurent déjà parmi les trois joueurs qui sprintent le plus en Premier League cette saison. Le seul à les devancer ? Adrien Truffert, l’un des hommes de base d’Iraola à Bournemouth. Pour ce coach, les latéraux ne sont pas des détails, ils sont la clé.
Les positions moyennes des joueurs sur les deux premiers matchs le montrent : les deux latéraux montent très haut, souvent en même temps. Ce choix offensif impose aux milieux de couvrir d’énormes espaces à la perte du ballon. Et c’est là que le bât blesse.
Un milieu exposé, une structure fragile
Ryan Gravenberch avait été l’un des grands artisans du titre sous Arne Slot. Mais la situation a changé. Alexis Mac Allister semble avoir perdu en impact physique depuis 18 mois. La question est brutale : Iraola a-t-il les profils pour éteindre les contre-attaques dans ce modèle de jeu ?
Veut-il seulement d’un véritable milieu défensif ? À Bournemouth, son idée était claire : défendre en avançant. Alex Scott parlait d’être « très agressif » sans ballon. Tyler Adams expliquait que les joueurs étaient convaincus de pouvoir récupérer le cuir très haut.
Les premiers signaux à Liverpool ne rassurent pas. « Je ne crois pas que ce milieu puisse fonctionner avec les joueurs actuels, a lâché Carragher. Pour moi, ça ne marche pas. Et ce n’est pas seulement une question de noms, c’est la structure demandée par le manager. »
L’exemple le plus criant est arrivé au bout de cinq minutes seulement lors du premier match de Premier League. Latéraux projetés très haut, centraux restés bas, et… personne entre les deux lignes. Un boulevard dans l’axe, exploité par Newcastle pour ouvrir le score.
Avec des latéraux programmés pour attaquer et un Virgil van Dijk de plus en plus enclin à reculer plutôt qu’à jaillir, cette faille structurelle risque de se répéter. Iraola se retrouve ainsi à la tête de l’effectif le plus cher de l’histoire du club… mais sans doute le plus clairement déséquilibré depuis dix ans.
Chercher la solution en interne
Le marché est fermé. Les réponses devront venir de l’intérieur. Et cela impliquera des concessions. Comment garder la force de frappe offensive sans laisser la maison grande ouverte derrière ?
Carragher résume ce dilemme : « On ne veut pas perdre le côté offensif, la fluidité, les arrivées en nombre, mais on a été punis l’autre jour, surtout sur le premier but. On n’a pas fait un vrai verrouillage. Il faut trouver un équilibre. On ne peut pas passer d’un extrême, où on envoie tout le monde devant, à l’autre, où on garde tout le monde derrière et on n’arrive plus à se projeter. »
Il refuse l’idée de brider ses milieux : « Je ne veux pas dire à Ryan Gravenberch de ne plus porter le ballon ou d’arrêter de plonger dans la surface. » La clé, selon lui, se situe ailleurs : dans la lecture du jeu. « On ne peut pas avoir le joystick en permanence pour contrôler chaque joueur. Certains sont très doués pour sentir le danger. “Je ne peux pas partir maintenant. Je dois rester.” Reconnaître ces situations, c’est ça le travail.
Pour l’instant, les deux premiers matchs ont accouché de nuls spectaculaires, riches en buts. Une photographie assez fidèle de ce Liverpool-là : brillant par séquences, vulnérable par nature. Une équipe imparfaite, parfois incohérente, mais impossible à ignorer.
Reste à savoir si cette saison racontera l’histoire d’un collectif qui submerge ses adversaires par la force de son attaque… ou celle d’un géant construit de travers, condamné à voir ses failles le rattraper au moment décisif.




