Madrid : Antonelli et Lawson marquent le Grand Prix de Formule 1
La Formule 1 a retrouvé Madrid après 45 ans d’absence, et le nouveau tracé du Madring a immédiatement imposé sa loi : peu d’ouvertures, une importance capitale au moindre incident de course, et un scénario renversé par une simple neutralisation virtuelle.
Au bout du compte, Kimi Antonelli s’offre une deuxième victoire consécutive et Liam Lawson signe son meilleur résultat pour Red Bull. L’un consolide son statut de patron du championnat, l’autre s’installe un peu plus dans le paysage.
Lawson, sixième et de plus en plus solide
Parti huitième, Liam Lawson coupe la ligne d’arrivée au sixième rang, exactement comme à Silverstone plus tôt dans la saison. Sauf qu’ici, sur ce Madring où doubler relevait presque de l’illusion, la performance prend un autre relief.
« À partir de là où on partait, c’était une course correcte. C’était juste super difficile de dépasser », résume le Néo-Zélandais. Red Bull avait tenté un pari stratégique avec un relais en pneus durs et un schéma décalé. La Virtual Safety Car ne l’a pas servi. Lawson se retrouve souvent seul en piste, sans lièvre à chasser ni aspiration à exploiter.
Il ramène tout de même huit points précieux. Le voilà neuvième du classement des pilotes avec 59 unités, à 12 longueurs d’Isack Hadjar (71). Discret dans le vacarme d’un dimanche madrilène agité, mais terriblement efficace.
Antonelli profite du seul moment qui compte
Devant, la course bascule en un tour. Littéralement.
Kimi Antonelli, déjà vainqueur à domicile à Monza une semaine plus tôt, s’élance depuis la première ligne derrière Lando Norris. Le Britannique de McLaren garde l’avantage au départ, malgré une première attaque musclée de l’Italien dans le virage 1. Antonelli coupe le virage pour éviter le contact, passe devant… puis doit rendre la position.
Le décor est planté : Norris contrôle, Antonelli guette, le circuit offre peu d’opportunités. Alors tout se joue au 15e tour.
La Aston Martin de Lance Stroll s’immobilise, problème de freins. Virtual Safety Car. Instant clé. Antonelli plonge aux stands, change de pneus, repart devant Norris. Charles Leclerc, lui, reste en piste et hérite de la tête sur une stratégie opposée.
Norris, lui, est déjà passé devant l’entrée des stands lorsque la neutralisation est déclenchée. Un tour de trop. McLaren l’arrête au tour suivant, une fois la VSC terminée. Résultat : un arrêt beaucoup plus coûteux en temps, un souci sur la roue avant droite, et le poleman ressort seulement cinquième.
La course vient de lui échapper.
« Chanceux avec la Virtual Safety Car, je me sens un peu mal pour Lando », lâche Antonelli à la radio. Mais le travail est fait. Huitième victoire de la saison, un week-end « très fort » comme il le souligne, et un écart qui explose au championnat : l’Italien mène désormais George Russell de 81 points, alors qu’il reste neuf manches à disputer. Russell termine cinquième à Madrid, dans l’ombre de son coéquipier.
Norris frustré, Leclerc piégé, Verstappen en opportuniste
Derrière Antonelli, Max Verstappen tire le maximum de sa Red Bull et s’empare de la deuxième place. Norris doit se contenter de la troisième marche du podium. Pour lui, le goût est amer.
Il se dit « incroyablement malchanceux » avec la neutralisation : « J’étais le seul à ne pas pouvoir m’arrêter à ce moment-là. Bien sûr, j’ai l’impression de mériter plus. Il n’y avait rien que je puisse faire. » Il salue tout de même Antonelli et Verstappen, reconnaissant « une bonne course » de leurs parts, mais la frustration est nette : une victoire qui lui glisse entre les doigts pour quelques secondes et un mauvais timing.
Charles Leclerc, longtemps en tête après avoir choisi de rester en piste sous VSC, finit par payer son pari. Avec des pneus usés, il doit s’arrêter tardivement pour son changement obligatoire et retombe au quatrième rang. La stratégie alternative n’a pas suffi pour contrer le trio Antonelli–Verstappen–Norris, tous à l’aise sur un seul arrêt grâce à la tenue des pneus durs.
Hamilton s’arrête, Ferrari s’enfonce
Dimanche noir pour Lewis Hamilton. Le septuple champion du monde, déjà en difficulté à Monza où il n’avait terminé que sixième après un accrochage avec Leclerc, ne voit cette fois-ci même pas le dixième tour. Problème de freins, alerte à la radio, puis abandon au bout de sept tours.
Ferrari repart de Madrid avec un quatrième place pour Leclerc, mais aussi un sentiment d’occasion manquée et un abandon prématuré pour Hamilton, qui n’a jamais eu l’occasion de peser sur le débat.
Duel espagnol qui tourne au vinaigre
Pour les fans locaux, ce retour de la Formule 1 dans la région de Madrid restera un mauvais souvenir. Fernando Alonso et Carlos Sainz, les deux seuls Espagnols sur la grille, partaient déjà loin. Ils se percutent en plus dès le début de course.
« Il m’a serré contre le mur. Au départ, il est entré dans deux voitures, puis maintenant il me serre au freinage », fulmine Alonso. Sainz, déjà impliqué dans d’autres contacts après un envol agressif, écope de cinq secondes de pénalité pour cet incident. Sa course s’achève plus tard sur un problème technique. Alonso, lui, voit ses espoirs anéantis dès les premiers tours.
Sur les tribunes, l’ambiance reste chaude, sous les yeux du roi Felipe VI, présent en personne. Les organisateurs annoncent près de 350 000 spectateurs sur l’ensemble du week-end. Une fête populaire, mais pas unanime.
Entre ferveur et contestation
Quelques heures avant le départ, plusieurs centaines de riverains des quartiers du nord de Madrid descendent dans la rue. T-shirts jaunes, pancartes « Stop Formula 1 in Madrid ». Ils dénoncent le bruit, les fermetures de routes, l’impact environnemental d’un événement désormais lié à la capitale espagnole pour dix ans.
Sur le circuit, le spectacle séduit. En ville, le débat ne fait que commencer.
La caravane du championnat, elle, ne s’attarde pas. Direction Bakou pour le Grand Prix d’Azerbaïdjan. Antonelli y arrivera avec une avance massive et une dynamique irrésistible. Lawson, lui, avec la conviction que ses sixièmes places ne seront bientôt plus un plafond.




