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Manchester United : malaise grandissant après une nouvelle défaite

Pour la troisième fois en moins de dix mois, Manchester United a perdu contre une équipe réduite à dix avant la pause. Un chiffre qui ne relève plus de la coïncidence. C’est un symptôme.

Le dernier épisode, ce 1-0 encaissé à Old Trafford face à Manchester City, a déclenché un tumulte immédiat autour de l’arbitrage. Pro Ref a présenté des excuses officielles au club pour ce qu’il qualifie « d’erreur de jugement » sur le but d’Erling Haaland. Le débat fait rage. Mais à Carrington, l’analyse ira bien au-delà d’un simple coup de sifflet.

Quatre points sur douze, et plus d’excuses possibles

La semaine dernière, à Everton, Michael Carrick avait tenté de relativiser : quatre points en trois matchs, ce n’était « pas un mauvais départ ». Une semaine plus tard, le discours a changé. Avec quatre points en quatre rencontres, le coach reconnaît qu’« on ne peut pas y échapper » : United est en dessous des attentes.

Une seule victoire, à domicile contre le promu Ipswich. Tout le reste ressemble à une longue série de points d’interrogation. Recrutement, onze de départ, changements en cours de match, plan de jeu, et Carrick lui-même : tout est désormais sur la table à l’aube d’une semaine déjà charnière.

« On n’a pas besoin de pause ni de redémarrer, a insisté Carrick. On doit juste avancer et recommencer à gagner. »

Facile à dire. Nettement plus compliqué à appliquer dans un contexte où chaque faux pas alimente la suspicion.

Brighton débarque à Old Trafford en Carabao Cup le 16 septembre, avant un déplacement à Fulham quatre jours plus tard. Deux rendez-vous qui pèseront lourd. Si les résultats ne suivent pas, la trêve internationale de trois semaines se transformera en procès permanent de tout ce qui dysfonctionne à Old Trafford.

Une équipe perdue quand elle doit faire le jeu

Enzo Maresca, tout nouveau sur le banc de City, n’a pas cherché à enjoliver la réalité après la rencontre. Il a admis que l’expulsion de Phil Foden avait compliqué la tâche de ses joueurs. Mais il a aussitôt pointé du doigt un paradoxe gênant pour United.

« C’est une équipe qui aime les transitions et l’espace dans le dos, a-t-il expliqué. À dix, on a reculé et on les a attendus. On n’a concédé ni transitions, ni espace derrière. C’est pour ça que le match est devenu plus difficile pour nous… et pour eux. »

Tout est là. Depuis l’ère José Mourinho, United brille surtout en contre. Ole Gunnar Solskjaer a voulu infléchir cette identité sans jamais totalement y parvenir. Erik ten Hag et Ruben Amorim, eux aussi, sont arrivés avec des références de champion dans des championnats où leurs équipes dominaient le ballon. Carrick, joueur, aimait toucher la balle et la conserver. On peut raisonnablement penser qu’il veut la même chose de ses hommes.

Mais tenir le ballon n’est que la première étape. Savoir l’utiliser pour ouvrir un bloc bas, créer des brèches face à un adversaire qui refuse d’attaquer et s’applique à fermer les espaces, c’est un autre métier. Pour l’instant, United ne le maîtrise pas.

Un mercato centré sur le milieu… pour quel résultat ?

Tout l’été, le club a construit sa stratégie autour de l’entrejeu. Sur le papier, l’idée se tient. Sur le terrain, l’impact est pour l’instant famélique.

Youri Tielemans n’a pas encore retrouvé son meilleur niveau. Carlos Baleba attend toujours sa première apparition. Andrey Santos, titulaire lors du match d’ouverture à Hull, a ensuite glissé sur le banc et n’a pas joué une minute contre City. Pour une enveloppe globale de 155 millions de livres, le retour sur investissement semble bien mince.

Pendant ce temps, un autre manque saute aux yeux : aucun renfort n’est arrivé au poste de latéral gauche, alors que la série de 41 titularisations consécutives de Luke Shaw en Premier League vient de s’interrompre. Beaucoup l’avaient anticipé, personne au club ne l’a corrigé.

Le coaching contre City a, lui aussi, laissé des traces. À sept minutes de la fin, Carrick a lancé Joshua Zirkzee à la place de Marcus Rashford. Un attaquant néerlandais disponible sur le marché tout l’été, utilisé comme l’un des deux seuls changements du match. Message implicite : la profondeur de banc n’est tout simplement pas au niveau requis.

Bruno Fernandes, symbole d’une dépendance risquée

La saison dernière, Bruno Fernandes a raflé le titre de joueur de l’année du PFA et celui des journalistes. Neuf buts, un record de 22 passes décisives en Premier League, et une influence omniprésente dans le jeu. Il était le cœur battant de cette équipe.

Aujourd’hui, les chiffres racontent une autre histoire. Trois buts, une seule passe décisive. Les statistiques restent honorables, mais son empreinte sur les matchs semble s’être estompée. Certains observateurs l’ont trouvé émoussé face à City, ce qui relance une question lourde : Carrick le sollicite-t-il trop ?

Le cas de Sabah FK en Ligue des champions illustre ce dilemme. L’adversaire, champion d’Azerbaïdjan mais loin des standards européens, offrait en théorie une occasion idéale pour faire tourner. Pourtant, pour le grand retour de United dans la compétition après deux ans d’absence, Carrick n’a pris aucun risque. Onze fort, capitaine inclus.

À la pause, United menait déjà 3-0. Trois jours plus tard, se profilait le derby contre City. Carrick a utilisé ses cinq remplaçants. Mais Bruno, lui, est resté sur le terrain jusqu’au bout. Choix difficile à comprendre, vu de l’extérieur, quand le même joueur semble manquer de fraîcheur dans le match le plus attendu de la semaine.

Fernandes entre dans la dernière année de son contrat, que le club peut prolonger jusqu’en 2028. Cette clause offre une certaine sécurité à United. Elle n’enlève rien à la réalité du moment : l’équipe dépend toujours autant de son capitaine, parfois jusqu’à l’excès.

Et tant que cette dépendance persistera, chaque baisse de régime de Bruno, chaque blessure potentielle, chaque match de trop posera la même question : Manchester United sait-il encore gagner sans lui ?