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Manchester United évite la défaite mais perd son identité

United a évité de justesse la catastrophe à Craven Cottage. Un nul 1-1 arraché à Fulham, un point sauvé, mais une réputation encore un peu plus écornée. Il a fallu une frappe déviée de Matheus Cunha en fin de match pour effacer un début de soirée cauchemardesque, marqué par un but contre son camp de Lisandro Martinez.

Le tableau d’affichage raconte une histoire. La prestation, une autre.

Un point sauvé, une identité perdue

United venait déjà de s’incliner contre Manchester City en championnat, puis de s’effondrer en Carabao Cup face à Brighton. À Londres, l’équipe n’a pas vraiment réagi. Elle a survécu.

Longtemps, Fulham a contrôlé le ballon sans être réellement bousculé. United a couru derrière le score, rarement derrière l’adversaire. Le pressing ? Fantomatique. Les courses de replacement ? Par séquences seulement. L’égalisation tardive de Cunha, légèrement déviée, a masqué le résultat, pas le contenu.

Craven Cottage a vibré, mais pas pour la combativité des visiteurs. L’impression globale est celle d’un groupe qui se contente de traverser le match, plutôt que de le disputer.

Neville, implacable : « Des mannequins »

Sur Sky Sports, Gary Neville n’a pas cherché à arrondir les angles. L’ancienne icône de Man Utd a été stupéfaite par le manque d’énergie et d’implication de cette équipe, notamment sans le ballon.

« Je n’ai jamais vu une équipe de Man Utd marcher autant sans le ballon », a-t-il lâché. Le mot est brutal, mais assumé. Pour lui, les joueurs ressemblaient davantage à des figurants qu’à des compétiteurs de Premier League. « Je les ai appelés des mannequins. Aucune alerte, aucune vivacité. Pas de ‘sur la pointe des pieds’. Tu dois toujours être sur la pointe des pieds. »

Neville, d’ordinaire prudent lorsqu’il s’agit de remettre en cause l’engagement d’un joueur, a franchi un cap. Les premières quinze minutes de la seconde période, et plus largement la première heure, l’ont profondément choqué. « Pendant ces 60 premières minutes, c’était un véritable scandale. Largement en dessous de ce qui est acceptable sans le ballon. »

Fulham n’a pas eu besoin de forcer son talent pour dominer la possession. United a laissé jouer, a regardé, a subi. Et c’est précisément ce qui met l’ancien défenseur hors de lui : l’absence de réaction, de rage, de refus de se faire marcher dessus.

Carrick sous le feu, mais toujours protecteur

Au centre de la tempête, Michael Carrick. L’entraîneur continue de défendre publiquement son groupe, refusant de pointer du doigt l’attitude de ses joueurs. Là encore, Neville n’a pas mâché ses mots.

« Michael doit arrêter de les défendre », a-t-il insisté. Il comprend la loyauté de Carrick, son envie de protéger son vestiaire, surtout avec une longue saison devant lui. Mais pour lui, la ligne est franchie. Le discours du manager, qui rejette l’idée d’un manque d’énergie, entre en collision frontale avec ce que tout le monde a vu.

Neville le sait : Carrick tient un double langage, un pour le vestiaire, un autre pour les micros. « Michael dit forcément quelque chose de différent en privé », a-t-il reconnu. Pourtant, ce décalage l’inquiète. À ses yeux, ce type de prestation ouvre inévitablement la porte aux doutes sur la capacité du coach à secouer son groupe.

Il l’affirme toutefois sans dramatiser la situation institutionnelle : personne, pour l’instant, ne met une pression directe sur Carrick. Pas de panique en coulisses. Mais l’avertissement est clair : si ce niveau d’effort perdure, le manager se retrouvera rapidement « en grande difficulté ».

Une équipe à l’arrêt

Au-delà du score, c’est le symbole qui fait mal. United a semblé marcher, littéralement, dans une rencontre où la réaction d’orgueil était attendue. Le pressing s’est souvent arrêté à mi-course, les duels ont été joués à moitié, la ligne d’attaque a rarement donné le ton.

« Je n’ai jamais vu une équipe de United marcher autant », a répété Neville, comme pour marteler l’ampleur du problème. Pour un club construit sur l’intensité, la répétition des courses, la pression permanente sur l’adversaire, cette version-là fait tâche.

Le but contre son camp de Lisandro Martinez a planté le décor : une soirée où tout part de travers. La frappe déviée de Matheus Cunha, elle, a évité la troisième défaite de rang en championnat. Mais elle n’a pas suffi à calmer la colère des anciens, ni les interrogations des supporters.

United a pris un point. Sur le terrain, il en a perdu beaucoup plus. La question est désormais simple : combien de temps encore ce club acceptera-t-il de se regarder marcher ?