Marvin Bartley et le match contre Livingston : entre silence et revanche
Marvin Bartley s’avance vers Friday night sous les projecteurs de BBC Scotland avec une sérénité qui tranche avec la tempête du printemps. Stenhousemuir contre Livingston, un simple match de Scottish Championship sur le papier. En réalité, un rendez-vous chargé de sous-texte, de non-dits… et de silence.
Depuis sa démission de Livingston en fin de saison dernière, le manager de Stenhousemuir n’a pas échangé un mot avec le directeur sportif du club du West Lothian, David Martindale. Rien. Pas un appel, pas un message.
« Non, je n’ai pas vu ni parlé à Davie depuis que j’ai quitté le club », explique Bartley. Il enchaîne, presque factuel : l’été de Martindale a été pris par le recrutement, le sien par la reconstruction. Deux hommes occupés, deux trajectoires qui ne se croisent plus.
Une rupture brutale, digérée à froid
Le point de rupture remonte à mai. Bartley et son adjoint Neil Hastings annoncent alors qu’ils « n’avaient pas d’autre choix que de démissionner » après qu’on leur a demandé… de postuler à nouveau pour leurs propres postes à Livingston. Une décision qui les a pris de plein fouet.
L’ancien milieu de Hibernian, Livingston et Bournemouth venait à peine de s’installer dans le costume d’entraîneur principal à Almondvale, promu depuis un rôle dans le staff lorsque Martindale avait glissé vers ses nouvelles fonctions de directeur sportif. Quelques mois plus tard, la porte se refermait déjà.
« À ce moment-là, j’étais vraiment touché dans les jours qui ont suivi », reconnaît Bartley. Le choc, puis la prise de recul. Il raconte avoir été d’abord abasourdi par la situation, avant de réaliser, au fil des conversations, que beaucoup autour de lui n’étaient pas surpris. Une prise de conscience un peu amère.
« Ça m’a fait comprendre que j’étais peut-être un peu naïf, un peu vert. Je prends tout au pied de la lettre », confie-t-il. Aujourd’hui, il parle de cet épisode comme d’un chapitre de plus. Ni rancœur affichée, ni règlement de comptes. Juste une page tournée.
Un message du président, pas de Martindale
S’il n’a plus de contact avec Martindale, Bartley n’a pas été complètement coupé de Livingston. Depuis son départ, il a échangé avec le président, Calvin Ford. Ce dernier lui a envoyé un « très beau message » pour le féliciter après la qualification de Stenhousemuir aux tirs au but face à Livingston, en phase de groupes de League Cup, à Ochilview.
Un détail, mais révélateur. Le lien émotionnel avec le club existe encore, quelque part. Simplement, il ne passe plus par Martindale.
Pendant ce temps, la vie a repris son cours. Et plutôt bien.
Stenhousemuir, le départ canon qui bouscule la hiérarchie
Neuf matches toutes compétitions confondues. Toujours invaincu. Stenhousemuir n’a pas seulement bien démarré la saison, il a pris tout le monde à contrepied. Le club part-time regarde le reste du Championship de haut après trois victoires et un nul en championnat. La dernière en date ? Un succès solide, 3-1, contre Inverness Caledonian Thistle le week-end dernier.
Arrivé à la tête de Stenny après le départ de Gary Naysmith, artisan de la montée depuis la League 1 et parti à Ayr United, Bartley a surfé sur l’élan sans le casser. Il a signé une phase de groupes de League Cup réussie, agrémentée d’une victoire retentissante contre une équipe de Premiership, Motherwell. Prochain obstacle dans la compétition : Hearts, à Ochilview, pour un quart de finale à domicile vendredi prochain.
Mais avant de rêver d’un nouvel exploit en coupe, il y a ce rendez-vous brûlant avec Livingston, désormais dirigé sur le terrain par Glenn Whelan. Deux victoires, deux défaites en championnat pour Livi jusqu’ici : un début de saison en dents de scie, loin de l’état de grâce que vit Stenhousemuir.
Les rêves de promotion, et la réalité des moyens
Dans ce Championship, les contes de fées ne sont pas de la fiction. Arbroath l’a prouvé il y a cinq ans. L’équipe à temps partiel de Dick Campbell avait poussé Kilmarnock jusqu’au bout dans une lutte à suspense pour le titre. Un précédent qui nourrit forcément l’imaginaire.
Stenhousemuir peut-il à son tour défier la logique, enchaîner une double montée et s’inviter dans l’élite ? La question flotte déjà dans l’air. Bartley, lui, refuse de s’enflammer.
« Chaque club dans la pyramide rêve un jour d’être dans l’élite », concède-t-il. Mais il ramène aussitôt le discours au concret. À ce qui a été dit dès son arrivée. À l’objectif fixé en interne, qui n’a pas bougé.
Il sait que tout le monde a vu Stenhousemuir comme favori… pour la relégation. Quatre journées seulement ont été disputées. Le piège serait de se laisser griser par ce départ parfait.
« On ne peut pas se laisser emporter par des idées de promotion ou de play-offs », insiste-t-il. « Cette ligue ne pardonne pas. » Le mot est lâché : l’essentiel, pour lui, reste d’atteindre les objectifs fixés en début de mandat. S’il y parvient, il parle déjà de « petit miracle », au regard des contraintes financières du club par rapport à tous ses concurrents du Championship.
Un duel chargé, sans besoin de mots
Alors, que restera-t-il au moment de croiser Livingston sur la pelouse ? Pas de poignée de main spectaculaire annoncée, pas de retrouvailles scénarisées avec Martindale. Juste un manager qui a transformé une blessure en carburant, un club à temps partiel qui bouscule l’ordre établi, et un adversaire qui fut hier son employeur.
Le reste se jouera là où tout a commencé : sur le terrain. Et ce soir-là, à Almondvale ou à Ochilview, ce ne sont pas les conversations manquées qui compteront, mais une question simple : jusqu’où peut aller ce Stenhousemuir que tout le monde voyait tomber ?




