Maya Joint, bourreau des sœurs Williams à l'US Open
Maya Joint, encore bourreau des sœurs Williams à New York
Sur le Arthur Ashe Stadium, un court de nuit réservé d’ordinaire aux grandes affiches en simple, Serena et Venus Williams pensaient écrire un nouveau chapitre de leur légende en double. Elles ont finalement trouvé face à elles un mur venu de l’ombre : l’Australienne Maya Joint, associée à Hao-Ching Chan, qui les a sorties d’entrée de l’US Open après un renversement de situation presque irréel.
Score final : 6-3, 6-7 (6/8), 7-6 (10/7). Mais ces chiffres racontent à peine le choc.
De Wimbledon à New York, la même bourreau
Maya Joint commence à devenir un nom que la famille Williams n’oubliera pas. Cet été, elle avait déjà gâché la fête à Wimbledon en éliminant Serena dès le premier tour du simple sur le Centre Court. À Flushing Meadows, elle a récidivé, cette fois en double, et cette fois contre les deux sœurs réunies.
Le décor était pourtant parfait pour un retour triomphal. Les Williams, doubles championnes à New York (1999, 2009), de retour ensemble en Grand Chelem après avoir renoncé à Wimbledon à cause d’une blessure au genou de Serena. Une affiche de premier tour propulsée en session de nuit sur l’Ashe, privilège rarissime pour du double. Une foule compacte, bruyante, presque nostalgique.
Tout semblait écrit pour un come-back de cinéma.
Un troisième set fou
Le scénario a longtemps suivi ce script. Joint et Chan prennent le premier set 6-3, profitant d’un démarrage lent des sœurs Williams, avant de céder le deuxième au tie-break, 7-6 (8-6). L’ambiance monte, les poings serrés de Serena, les regards complices avec Venus, le public se lève à chaque point arraché. On croit alors assister à l’habituelle montée en régime des deux championnes.
Mais dans le troisième set, ce sont bien Joint et Chan qui dictent le rythme. Elles mènent 4-1, contrôlent les échanges, font courir les sœurs Williams, qui semblent à nouveau au bord de la rupture. Puis la salle bascule.
Venus et Serena recollent, retrouvent leur agressivité en retour, enflamment chaque jeu de service adverse. Point après point, elles arrachent leur place dans un super tie-break décisif. Et là, l’arthur Ashe explose : 5-0 pour les Williams dans ce jeu à 10 points. Cinq points de suite, la victoire en ligne de mire. On se dit que l’histoire ne peut pas se terminer autrement.
Le trou noir des Williams
C’est à ce moment précis que tout se renverse. Le bras se crispe, la précision s’effrite. Les deux sœurs, si souvent impeccables dans les moments brûlants, enchaînent les erreurs, notamment au service. Les doubles fautes tombent au pire moment. En face, Joint et Chan n’en demandent pas tant.
Elles grignotent, se rapprochent, puis débordent totalement les Américaines : 10 des 12 derniers points pour conclure le match 10-7 dans ce super tie-break qu’on croyait perdu. Le stade se tait, presque incrédule. Les Williams, elles, savent ce qui vient de se passer : un retour rêvé en Grand Chelem, brisé au fil.
Une légende qui vacille, une relève qui s’affirme
Pour Serena et Venus, ce n’est pas seulement une défaite de plus au tableau. Les chiffres rappellent l’ampleur de ce qu’elles ont été : 14 titres du Grand Chelem en double, des médailles d’or olympiques en 2000, 2008, 2012, un passage au sommet du classement en double pendant huit semaines. À l’US Open, elles en étaient à 27 victoires pour seulement 8 défaites en 10 participations avant cette nuit.
On pensait leur dernière danse commune jouée en 2022, lorsque Serena s’était éloignée du circuit après ses 23 titres du Grand Chelem en simple. Son retour cet été, ponctué déjà par une défaite crève-cœur en match tie-break à Cincinnati avec Venus, laissait entrevoir une mini-série, un épilogue vibrant. Pour l’instant, ce sont surtout des cicatrices.
Venus, de son côté, avait déjà quitté le simple dès le premier tour à New York. Un autre rappel brutal du temps qui passe.
Face à elles, Maya Joint ne porte encore ni palmarès démesuré ni aura historique. Mais en un été, elle s’est offert Serena à Wimbledon et les sœurs Williams ensemble à l’US Open. Deux coups de tonnerre qui posent une question simple : combien de fois encore la nouvelle génération viendra-t-elle bousculer les derniers vestiges d’une ère qui a façonné le tennis moderne ?




