Mbappé et Dembélé : Polémique autour de « l’élu »
L’affaire enflamme la France du football depuis plusieurs jours. Une simple formule, trois mots lâchés en interview – « l’élu » – et Kylian Mbappé se retrouve au centre d’une polémique qui déborde largement le cadre sportif. À ses côtés, malgré lui, Ousmane Dembélé, présenté comme le contrepoint parfait du capitaine des Bleus. Et entre les deux, un débat qui fracture les plateaux télé autant qu’il alimente les vestiaires.
Selon L’Équipe, le clan Dembélé n’a pas du tout goûté à la manière dont Mbappé a parlé de lui-même. Que le capitaine de l’équipe de France soit considéré comme un favori au Ballon d’Or ne choque plus personne : ce statut, il le porte depuis des années. Ce qui crispe, c’est cette auto-désignation comme « l’élu », cette façon d’occuper tout l’espace, verbal comme médiatique.
Dans les médias français, les réactions se sont immédiatement polarisées.
Sur RMC Sport, Jérôme Rothen a dégainé le premier, parlant carrément de « trahison » de la part de Mbappé. À l’écouter, cette sortie publique aurait ouvert une brèche au sein même du groupe France, dessinant deux camps, deux sensibilités, presque deux clans.
Christophe Dugarry, lui, a refusé de suivre ce scénario-là.
Dugarry contre Rothen : duel en direct
Face à Rothen, Dugarry n’a pas mâché ses mots. Il l’a pris de front, exigeant des preuves, des noms, du concret.
« Jérôme, par rapport à ce que tu dis, je veux des noms », a-t-il lancé. « Tu es en train de me dire qu’il y a deux groupes dans l’équipe. Je ne crois pas à ces bêtises ! Qu’est-ce qui te dérange, Ousmane ? Il a gagné la Ligue des champions deux fois et le Ballon d’Or. »
La phrase claque. Le ton aussi. Dugarry refuse l’idée d’un vestiaire fracturé sur la base d’une interview, aussi égocentrée soit-elle. Pour lui, on confond différence de caractère et crise de vestiaire.
L’ancien champion du monde 1998 insiste sur le lien ancien entre les deux hommes. « Vous vous connaissez depuis que vous avez 15 ans. Tu vas être vexé par une interview où Kylian passe son temps à parler de lui ? Il n’a rien dit de mal sur Dembélé. »
Le message est clair : si une amitié ne survit pas à ce type de déclaration, c’est qu’elle n’était pas si solide.
Deux visions du football, deux personnages publics
Dugarry ne se contente pas de défendre Mbappé. Il décrit surtout un choc de styles. Deux façons de vivre le football. Deux façons d’habiter la lumière.
« Ce que Kylian a dit, c’est la vérité », affirme-t-il. Puis il remonte le fil du passé d’Ousmane Dembélé, du côté du FC Barcelona. « Je me souviens, quand Dembélé était à Barcelone, il n’arrivait pas à se lever le matin pour aller à l’entraînement parce qu’il jouait à la PlayStation. Allez ! Dembélé, c’est l’anti-star, et il brille grâce à ça. Il a la mentalité de l’anti-star. Ce sont deux visions du football. Deux styles de football différents qui s’affrontent. Deux personnalités différentes. »
Dugarry pose le décor : d’un côté, Mbappé, incarnation assumée de la star moderne, hyper consciente de son image, de son poids médiatique, de son destin. De l’autre, Dembélé, joueur brillant mais fuyant, presque rétif à l’idée de devenir une icône.
Pour l’ancien attaquant, cette opposition ne signifie pas rupture. Elle décrit plutôt un équilibre fragile, mais naturel, dans un groupe de très haut niveau.
Dembélé, l’anti-star qui ne devrait pas être surpris
Dugarry ne voit d’ailleurs aucune raison valable pour que Dembélé se sente offensé par les propos de Mbappé. À ses yeux, tout, dans la carrière et l’attitude de l’ailier du Paris Saint-Germain, va à l’encontre de la recherche de lumière.
« Je ne comprends pas ce qui choque Ousmane Dembélé », lâche-t-il. « Il s’est toujours présenté comme quelqu’un de réservé, timide, un peu introverti, avec un gros esprit d’équipe. Il a construit sa carrière comme ça, et il a gagné comme ça. Il comprend cette philosophie du football. Mbappé, c’est tout l’inverse. Excuse-moi, mais si leur amitié ne peut pas dépasser cette histoire, ça veut dire qu’elle n’a jamais été forte au départ. »
Le contraste est assumé : l’un se protège derrière la discrétion, l’autre avance en pleine lumière. L’un se fond dans le collectif, l’autre se raconte à la première personne. Dans ce cadre, l’expression « l’élu » n’est pas seulement une phrase mal perçue, c’est un révélateur de posture.
Le « je » de Mbappé, entre puissance et malaise
Dugarry, pourtant, ne donne pas un blanc-seing à Mbappé. Il admet être gêné par certains aspects de sa communication.
« Il y a des choses qui me dérangent, comme la confiance excessive de Kylian dans ses propos », explique-t-il. « Je trouve étrange qu’il parle longuement à la première personne, et qu’il se présente de cette manière… dans un sport collectif, où il n’a pas encore tant gagné que ça alors qu’il a encore beaucoup à remporter. »
La critique est fine : ce n’est pas le talent qui est remis en cause, ni même l’ambition, mais la façon de se raconter au monde. Le capitaine des Bleus parle comme une marque, comme une figure à part, parfois loin du cadre collectif qu’il est censé incarner.
Reste un point sur lequel Dugarry ne transige pas : aujourd’hui, Mbappé a les moyens de s’exprimer comme il l’entend. « En ce moment, Mbappé est sa propre force », conclut-il.
Une phrase qui sonne autant comme un constat que comme un avertissement. Car dans un vestiaire tricolore en quête d’un nouveau cycle, jusqu’où cette force personnelle peut-elle aller sans fissurer le ciment collectif ?




