Mercato : derniers mouvements avant la clôture
Le mercato s’emballe : derniers virages avant le mur
Le rideau va tomber sur un été de transferts interminable, mais la frénésie ne fait que commencer. À l’approche de l’ultime ligne droite, les clubs anglais s’arrachent les dernières opportunités, bricolent des effectifs encore inachevés et prennent des risques qui façonneront leur saison.
Dans ce tumulte, une certitude : personne ne veut arriver à 23h, demain, avec des trous béants dans son onze.
Mainoo, le cadeau gratuit dans un milieu à 150 M£
Manchester United a claqué environ 150 M£ pour remodeler son milieu. Pourtant, lors du 5-2 infligé à Ipswich à Old Trafford, le joueur qui a illuminé la zone centrale n’a rien coûté : Kobbie Mainoo, pur produit de l’académie, venu des terrains de Cheadle, à Stockport.
Harry Maguire ne s’en est pas remis. Le défenseur a décrit un jeune milieu « brillant », presque sorti du frigo après un été sans vraie préparation, mais capable de dominer physiquement et tactiquement. Il insiste surtout sur sa progression sans ballon depuis l’arrivée de Michael Carrick : Mainoo « gagne les seconds ballons », « remporte les duels », et devient, dans ses mots, un « monstre » dans l’entrejeu.
Maguire prévient déjà : la trajectoire ne sera pas linéaire, comme pour Marcus Rashford ou lui-même. Mais il voit en Mainoo un homme de base pour « de nombreuses années ». Dans un marché où chaque milieu complet se paie à prix d’or, United découvre que son meilleur renfort était déjà là.
Arsenal, grand ménage et pari sur Julián Alvarez
Au nord de Londres, Arsenal a choisi la rupture. Le club a accepté de vendre Gabriel Jesus, Gabriel Martinelli et Fábio Vieira pour un total dépassant les 70 M£. Une décision forte, presque brutale, qui ouvre un vide offensif mais aussi une marge de manœuvre.
Objectif : convaincre Julián Alvarez de quitter Atlético Madrid. Le temps presse. Les dirigeants d’Arsenal savent qu’ils jouent contre la montre autant que contre la concurrence. Même les champions en titre ne comptent pas vivre une fin de fenêtre dans le calme.
Pendant ce temps, les supporters s’autorisent l’ironie. Un lecteur s’interroge, avec humour noir, sur « le prix pour vendre Jesus » en référence à Gabriel Jesus, rappelant que « 30 pièces d’argent » ne suffiraient plus à l’ère de l’inflation. Le marché, lui, ne plaisante pas.
Liverpool, une stratégie contestée et le cas Gakpo
Sur la Mersey, l’inquiétude grimpe. Les supporters de Liverpool regardent ce mercato avec méfiance, parfois avec lassitude. Un fan résume un sentiment répandu : stratégie « chaotique », ventes incompréhensibles de jeunes comme Curtis Jones et Jarell Quansah, pari coûteux sur Alexander Isak qui n’a pas eu l’impact espéré, et un Bradley Barcola qui ne déclenche pas l’enthousiasme unanime.
Les chiffres ne mentent pas sur Cody Gakpo : environ 51 buts en près de 180 matches, régulier, surtout côté gauche. Pourtant, Liverpool envisage de le sacrifier. Le départ de Mohamed Salah, l’arrivée de Victor Muñoz, l’émergence de Rio Ngumoha et la venue attendue de Barcola ont saturé ce flanc gauche. Gakpo devient la variable d’ajustement.
Le plan est clair : vendre Gakpo, rééquilibrer l’attaque, et investir sur des profils droitiers comme Yankuba Minteh ou Ismaïla Sarr. Reste une question brûlante : faut‑il vraiment renforcer un rival direct ? L’idée de le voir atterrir à Manchester City surprend jusque dans les couloirs d’Anfield. Les grands clubs détestent offrir un titulaire à un concurrent pour le titre.
L’analyste Andy Hunter pointe, lui, les trous béants dans l’effectif d’Andoni Iraola : aile droite, latéral droit, milieu axial. Les Reds ont dû arracher un 2-2 face à Nottingham Forest, et le coach admet ne pas savoir quel visage aura son groupe le 2 septembre. Tout dire, sans le dire.
City, Gakpo en renfort de luxe et Wamser pour la WSL
Chez le voisin, Manchester City, l’idée de récupérer Gakpo excite déjà certains supporters. Un fan met en avant sa constance, son expérience en Premier League, en Ligue des Champions, à l’Euro et en Coupe du monde. Pas le « meilleur ailier du monde », selon lui, mais un joueur polyvalent, capable de couvrir tout le front de l’attaque et de soulager Erling Haaland, Jérémy Doku ou Antoine Semenyo.
Le prix évoqué, 85 M£, pique les yeux pour un joueur qui ne serait pas forcément titulaire indiscutable. Mais City joue sur quatre tableaux. Un remplaçant de luxe peut vite devenir décisif en avril.
Chez les femmes, le club avance aussi ses pions. Manchester City Women a recruté la latérale allemande Carlotta Wamser en provenance du Bayer Leverkusen, avec un contrat de quatre ans. Troisième recrue estivale après Beth Mead et Niamh Charles, la joueuse de 22 ans, déjà 14 fois internationale et présente à l’Euro 2025, voit en la WSL « le meilleur championnat du monde » et en City un tremplin pour franchir un cap. La directrice du football, Therese Sjögran, salue une joueuse « admirée depuis longtemps », qui doit apporter énergie et soif d’apprendre. Le message est clair : City construit pour durer, chez les hommes comme chez les femmes.
Villa – Chelsea, guerre froide assumée
Unai Emery n’a pas cherché à arrondir les angles au sujet de la relation entre Aston Villa et Chelsea, alors que les mouvements entre les deux clubs se multiplient. Emiliano Martinez et Morgan Rogers ont rejoint les Blues, Alejandro Garnacho a pris la direction inverse, Axel Disasi est déjà passé par Villa en prêt, et Ian Maatsen a été acheté 37,5 M£.
Interrogé sur ces échanges, Emery lâche une formule qui tranche avec le langage feutré habituel : « Ils veulent nous tuer et nous voulons les tuer ! » Il parle de « deals d’argent et de joueurs », pas d’une « bonne relation ». Il se dit heureux pour Martinez et Rogers, mais « pas heureux pour Chelsea ». Le ton est donné. Les transferts n’effacent pas la rivalité, ils l’exacerbent.
Everton, entre pertes, paris et nostalgie
À Goodison Park, le mercato ressemble à un exercice d’équilibriste. Everton discute avec Monaco pour Folarin Balogun, présenté comme une nette amélioration par rapport à Beto, sur le départ pour la Fiorentina. David Moyes, de retour, se montre confiant sur la progression de Thierno Barry, qui aborde sa deuxième saison en Angleterre, souvent décisive pour un joueur étranger.
Le casse-tête, c’est la largeur de l’effectif. Si Iliman Ndiaye s’en va, ce sera un coup dur, mais le possible retour de Richarlison, adoré sur la moitié bleue de la ville et capable de dynamiter le couloir gauche, atténuerait le choc. Et l’idée d’un deuxième prêt de Jack Grealish flotte toujours dans l’air. À Everton, les souvenirs de joueurs flamboyants ne suffisent plus : il faut des points.
Newcastle, Juventus et le cas Woltemade
Nick Woltemade, arrivé l’an dernier à Newcastle pour un montant record de 69 M£, s’apprête déjà à faire ses valises. L’attaquant devrait rejoindre la Juventus en prêt. Un an après son arrivée sur le Tyneside, le club choisit de le relancer ailleurs plutôt que de le laisser stagner sur le banc. Une décision lourde, qui dit quelque chose de la pression immédiate sur les gros investissements.
West Ham, Viking et promotion à tout prix
En Championship, West Ham refuse de se comporter comme un relégué résigné. Les Hammers finalisent l’arrivée de l’ailier Edvin Austbø en provenance de Viking pour environ 10 M£. Ils ont aussi soumis une offre de prêt avec option d’achat pour Ryan Giles, mais Hull ne veut pas se séparer de son latéral gauche.
Le club londonien ne cache pas son ambition : remonter vite, et fort. D’où la question qui agite l’est de Londres : combien de renforts supplémentaires pour « suralimenter » cette campagne de promotion ?
Juventus, Fiorentina, Leeds : l’Europe s’anime
Sur le continent, la valse continue. La Fiorentina a trouvé un accord pour recruter Willy Gnonto en prêt depuis Leeds. L’ailier italien, arrivé à Elland Road en trombe avant de disparaître peu à peu des plans, va tenter de se relancer en Serie A. À 22 ans, il a besoin de minutes et de clarté. Florence lui offre un nouveau décor.
City, Barça, Wednesday : les jeunes en mouvement
Dans l’ombre des gros montants, le marché des jeunes s’agite. Rotherham United a obtenu le prêt du jeune milieu de Manchester United Jayce Fitzgerald pour la saison. Barcelone a recruté Mikael Baza, prodige de 16 ans venu de Hambourg, pour renforcer sa cantera. Jaden Heskey, fils d’Emile, retourne à Sheffield Wednesday en prêt depuis Manchester City, après une première expérience concluante.
Ces mouvements ne font pas la une, mais ils dessinent déjà la prochaine génération.
Al-Hilal, Al-Ahli et les Anglais du Golfe
Le feuilleton ne se limite plus à l’Europe. Ollie Watkins a quitté Aston Villa pour rejoindre Al-Hilal en Saudi Pro League. L’attaquant anglais va être lancé directement dans le grand bain face à Al-Ahli, où l’attend un duel à distance avec Ivan Toney. Deux buteurs qui savent que chaque but compte désormais aussi dans les yeux de Thomas Tuchel, sélectionneur de l’Angleterre. Le Golfe devient une scène parallèle, mais observée de très près.
Le moulin à rumeurs tourne à plein régime
Les dernières heures de ce mercato ressemblent à un manège infernal d’ailiers et d’attaquants. Cody Gakpo, Enzo Fernández, Ismaïla Sarr : trois noms au cœur des discussions, trois clubs – Liverpool, Chelsea, Manchester City – qui n’ont pas encore fini de remodeler leur effectif.
Tottenham continue d’empiler les signatures après un début de saison raté, sous la pression de propriétaires qui pourraient exiger un nouveau coup de balai. Manchester United cherche encore une solution durable au poste de latéral gauche. Fulham et Crystal Palace, avec de nouveaux entraîneurs, savent qu’ils doivent renforcer pour ne pas passer la saison à regarder derrière eux.
Et ce n’est qu’un fragment du tableau, sans même compter la WSL, dont la fenêtre se refermera plus tard, le 3 septembre.
Il reste des trous, des paris, des frustrations et des coups à jouer. Le marché s’apprête à claquer brutalement, comme toujours. La vraie question est ailleurs : qui, dans quelques mois, regardera cette fin de fenêtre en se disant qu’il a bâti une équipe… et qui réalisera qu’il a simplement acheté du temps ?




