Mondial féminin FIBA : l’Italie défie Team USA à Berlin
La promenade de santé annoncée s’est transformée en bras de fer. À Berlin, l’Italie a longtemps regardé droit dans les yeux une équipe des États-Unis pourtant quadruple tenante du titre et invaincue en Coupe du monde depuis 2006.
Après avoir écrasé la Chine (94-61) pour leur entrée en lice, les Américaines ont découvert une toute autre histoire : une Italie agressive, disciplinée, et surtout totalement décomplexée.
Un début dans le sillage du récital contre la Chine
Le match s’ouvre pourtant sur un scénario familier. Team USA gagne l’entre-deux, Chelsea Gray plante le premier jumper, et la machine semble déjà lancée. La défense américaine s’abat aussitôt sur les Italiennes : interceptions, contres, mains actives sur toutes les lignes de passe.
Fin du premier quart-temps : 18-8 pour les États-Unis. Neuf joueuses différentes ont déjà marqué. Paige Bueckers mène la danse au scoring avec 4 points. L’Italie, elle, patine : 21 % aux tirs, huit balles perdues, seulement quelques éclairs signés Jasmine Keys, meilleure marqueuse transalpine du quart avec 4 points.
À mi-parcours du deuxième quart, le constat est brutal pour l’Italie : Team USA “pique des poches” et protège son cercle avec férocité. Six interceptions, quatre contres au compteur à 6’45 de la pause. Angel Reese, entrée avec son énergie habituelle, signe déjà un vol de balle et deux contres en moins de trois minutes. L’Amérique semble avoir la mainmise totale.
L’attaque américaine se grippe, l’Italie s’invite dans le match
Puis le match bascule. Lentement d’abord, puis franchement.
L’Italie resserre la peinture, bouche les couloirs de pénétration, force les Américaines à vivre loin du cercle. Et là, tout se complique : aucune adresse extérieure, un 0 sur 9 à trois points qui plombe l’attaque. Les tirs ouverts ne tombent pas, les drives se heurtent à un mur bleu.
Les États-Unis n’inscrivent que neuf points dans le deuxième quart. Leur adresse globale tombe à 32-33 % dans le jeu. “Oof”, pour reprendre l’évidence chiffrée : l’attaque s’est éteinte.
Face à elles, l’Italie s’accroche, se durcit, et trouve peu à peu son métronome : Cecilia Zandalasini. L’ailière, qui évolue en WNBA avec les Golden State Valkyries sous les ordres de Natalie Nakase, assistante de Team USA, punit chaque approximation défensive. Elle enchaîne les prises d’initiative, remonte l’écart et signe 9 points à la pause, meilleur total du match.
Sur les 6 dernières minutes et 45 secondes de la première mi-temps, l’Italie passe un 14-6 aux Américaines. L’avance américaine, montée à +10, fond.
Mi-temps : 30-24 pour Team USA. Rien n’est fait, tout est relancé.
Angel Reese mène alors les États-Unis avec 6 points, 2 contres, 1 interception. Trois autres joueuses sont à 4 points. Mais les chiffres disent la vérité : 32 % aux tirs pour les Américaines, 31 % pour les Italiennes, et surtout une dynamique italienne clairement à la hausse.
Problème côté transalpin : Zandalasini compte déjà trois fautes. Avec une limite fixée à cinq en FIBA, le staff doit jongler entre son influence offensive et le risque de la voir sortir trop tôt.
Kara Lawson sonne l’alarme à la pause
À la mi-temps, Kara Lawson ne se voile pas la face. « Je pense qu’on joue physiquement, mais on fait beaucoup trop d’erreurs. Trop de fautes, trop de pertes de balle. L’Italie joue avec une grande intensité. On savait que ce serait le cas. Ça nous pousse à commettre beaucoup d’erreurs non provoquées », lâche la coach américaine.
Le ton est clair : l’impact est là, la maîtrise beaucoup moins. Team USA domine par séquences, mais gâche trop. L’Italie, elle, ne lâche rien.
L’Italie passe devant, les États-Unis en panne sèche
Le troisième quart confirme les signaux d’alerte. À 7’31 de la reprise, coup dur pour les États-Unis : Napheesa Collier prend sa troisième faute. Lawson la rappelle sur le banc, Rhyne Howard entre à sa place. Avec seulement cinq fautes autorisées par joueuse, chaque contact devient un pari.
Pendant ce temps, l’attaque américaine continue de se déliter. Sept tirs de suite manqués. Toujours aucun tir primé inscrit. Les minutes défilent, la frustration grandit.
La récompense tombe pour l’Italie : à 5’32 du troisième quart, elle prend les devants, 33-32. Jusqu’alors, la Squadra Azzurra n’avait mené que… 42 secondes dans tout le match.
Le plan italien fonctionne à merveille : pression constante sur la balle, aides agressives, peinture verrouillée. Les Américaines ne trouvent ni rythme, ni adresse. Les drives sont contestés, les passes coupées, les tirs extérieurs désespérément courts ou trop longs.
Team USA, qui avait planté 12 tirs à trois points contre la Chine deux jours plus tôt, reste bloquée à 0. Le contraste est saisissant. Et le doute s’invite pour la première fois du tournoi.
Zandalasini, menace permanente, et un avertissement pour la suite
Côté italien, Zandalasini continue de dicter le tempo offensif. Ses 19 points inscrits lors de la victoire inaugurale face à la Tchéquie (63-54) n’étaient pas un feu de paille : elle confirme face à l’ogre américain qu’elle est bien la tête d’affiche de cette sélection. Chaque prise de balle semble dangereuse, chaque écran lui ouvre une fenêtre de tir ou de création.
Pour les États-Unis, le message est limpide : la route vers un cinquième titre mondial consécutif ne sera pas une simple formalité, même avec un effectif riche mêlant Breanna Stewart, Chelsea Gray, Napheesa Collier, Caitlin Clark, Paige Bueckers et Angel Reese.
L’absence d’A’ja Wilson, MVP de l’édition 2022, et de Kelsey Plum, toutes deux forfaits pour raisons médicales à quatre jours du début du tournoi, pèse forcément sur les automatismes. Kara Lawson le sait. Elle l’a dit le 1er septembre : pas de temps pour se lamenter, seulement pour construire une chimie avec les joueuses présentes. Sonia Citron et Kiki Iriafen ont été appelées pour combler les vides, mais l’identité collective reste en chantier.
Un groupe D piégeux et une pression constante
Cette rencontre face à l’Italie n’est que le deuxième acte d’un premier tour dense pour Team USA dans le groupe D, aux côtés de la Chine et de la Tchéquie. La large victoire initiale contre les Chinoises a confirmé le statut de favorite des Américaines, déjà annoncées en tête des cotes pour le titre mondial, devant la France, la Belgique, l’Australie ou l’Espagne.
Mais ce que l’Italie a imposé à Berlin ressemble à un rappel salutaire : même l’ogre peut être bousculé. Même l’équipe qui n’a plus perdu en Coupe du monde depuis 2006 peut connaître un trou d’air, rester muette à trois points et voir une adversaire supposée inférieure lui dicter le tempo.
La suite du tournoi dira si cette soirée tendue n’était qu’un accident de parcours ou le signe que, cette fois, la marche vers l’or demandera plus qu’un simple coup d’accélérateur.




