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Monza 2023 : Antonelli réalise une remontée spectaculaire depuis la 19e place

Monza attendait un héros. Elle a eu Kimi Antonelli.

Parti 19e sur la grille, lesté de pénalités moteur et théoriquement condamné à une course d’ombre, l’Italien a transformé son Grand Prix national en démonstration de sang-froid, de rythme et de sens de la course. Au bout de 53 tours d’une épreuve hachée, nerveuse, marquée par un énorme crash de Charles Leclerc et une bataille tactique chez Mercedes, Antonelli s’impose devant son équipier George Russell et Max Verstappen. Une remontée d’anthologie, à domicile, sous une pression maximale.

À l’arrivée, le contraste est saisissant : Russell a mené, contrôlé, pensé avoir fait le plus dur. Antonelli, lui, a attendu son heure. Puis il a frappé.

Un départ de fond de grille… et un premier coup de tonnerre

Mercedes avait déjà choisi la rupture avant même le départ. Antonelli sur les pneus durs, Russell en position de force devant, pole en poche. L’Italien devait survivre au chaos du premier tour, puis dérouler sa stratégie décalée.

Il ne s’est pas contenté de survivre. En trois tours, avant même que la course ne soit stoppée, il est passé de la 19e à la 12e place. Attaques propres, décisions tranchées, aucun temps mort. Le ton était donné.

Puis est venu le choc. Charles Leclerc a perdu sa Ferrari à la dernière courbe, à très haute vitesse. Impact violent, barrières détruites, Monza glacé. Le Monégasque s’en sort, visiblement sonné mais debout. Drapeau rouge. Pause forcée, mais opportunité stratégique : tout le monde peut changer de pneus.

Au restart, Russell récupère la tête, devant Pierre Gasly, poleman initial, et Verstappen. Antonelli, lui, se replace dans le peloton avec un plan clair : exploiter chaque tour, chaque aspiration, chaque erreur.

Mercedes contre Red Bull, puis Mercedes contre Mercedes

La relance installe un trio. Russell devant, Verstappen qui remonte, Gasly qui recule, le tout dans le yo-yo typique de ces unités de puissance 2026, avec l’aspiration monstrueuse sur les longues lignes droites de Monza.

Verstappen passe Gasly, puis s’attaque à Russell et prend la tête. Le champion Red Bull semble en mesure de contrôler… un temps seulement. Car derrière, une autre fusée se met en marche.

Tour après tour, Antonelli remonte. Il avale les Racing Bulls, Oscar Piastri, Lando Norris, Lewis Hamilton, Gasly. En 13 tours, il pointe déjà troisième. Le scénario bascule : la lutte n’est plus seulement Russell-Verstappen. C’est un trio, et très vite, Verstappen commence à souffrir.

Mercedes organise alors son propre front. Les ingénieurs demandent à leurs pilotes de coopérer, d’utiliser le fameux Overtake Mode pour se protéger et s’arracher de la Red Bull. Les tours passent, les deux Flèches d’Argent s’échappent. Verstappen recule, gère ses gommes, se contente de rester dans le coup pour le podium.

La victoire, à ce moment-là, semble promise à Russell.

Le Virtual Safety Car qui change tout

Le moment-clé arrive au 29e tour. Lance Stroll gare son Aston Martin, problème de fiabilité, Virtual Safety Car déployée. La course se fige, les stratèges s’agitent.

Russell est en pneus durs. Antonelli et Verstappen en mediums. Mercedes tranche : on laisse Russell en piste, on arrête Antonelli. Red Bull fait pareil avec Verstappen.

À la reprise, le tableau est brutal : Russell en tête, loin devant, Antonelli et Verstappen relégués en sixième et septième positions, à une quinzaine de secondes. Sur le papier, l’Anglais a la main. Sur la piste, la dynamique est toute autre.

Avec des pneus plus frais, Antonelli repart en mode attaque totale. Gasly, Norris, Hamilton, Piastri : même scénario, même verdict. Il les dépasse un à un, proprement, rapidement. Les chronos tombent, Russell voit l’écart fondre. Monza retient son souffle. Le duel fratricide devient inévitable.

Première attaque ratée, deuxième balle au but

À cinq tours de l’arrivée, Antonelli est dans la zone d’aspiration. Russell défend, ferme les portes, gère ses batteries. L’Italien lance sa première offensive à la chicane. Et là, frayeur.

La piste se dégrade, le bitume se casse, Antonelli tire tout droit au premier enchaînement, mordu par un mélange de gravier et d’asphalte arraché par la chaleur. Il semble avoir tout perdu. L’instant d’avant, il jouait la victoire. L’instant d’après, il se bat pour ne pas tout gâcher.

Il en parlera plus tard : il a cru avoir laissé passer sa chance. Mais il lui reste quelque chose que Russell n’a plus : du grip. Et une voiture qui vole sur les longs enchaînements.

Deux tours suffisent pour revenir. Même scénario, mais cette fois, il ne tremble pas. Dans la ligne droite vers Ascari, aspiration, décision nette, dépassement pour la tête. Russell ne peut que regarder. La Mercedes n° de l’Italien s’en va vers la victoire, portée par le public, par l’inertie d’une course parfaitement construite.

Derrière, Verstappen verrouille son podium, en résistant aux McLaren de Norris et Piastri. Le Néerlandais n’a pas eu la marge habituelle, mais il sauve une troisième place précieuse face à des voitures orange décidées à limiter la casse.

Hamilton frustré, Ferrari brisée, McLaren en gestion

Pour Ferrari, c’est une journée noire. À domicile, avec des espoirs de victoire, tout s’écroule en trois tours. Leclerc dans le mur, Hamilton dans le gravier dès le premier tour après un contact avec son équipier, puis relégué dans une course de rattrapage sans éclat. Le septuple champion termine seulement sixième, loin des Mercedes et de Verstappen, loin aussi de ce que la Scuderia espérait offrir au public de Monza.

Gasly, parti en pole, glisse au fil des tours. L’Alpine manque de rythme de course, le Français doit se contenter de la septième place, devant Arvid Lindblad, Franco Colapinto et Yuki Tsunoda, qui complètent le top 10.

Chez McLaren, le week-end a été compliqué, mais Norris arrache une quatrième place précieuse, après une fin de course tendue face à Piastri. Duel interne, limites frôlées, mais pas de casse. Norris reste dans la course au championnat, même s’il pointe désormais à 96 points d’Antonelli.

Un championnat qui bascule encore un peu plus

Avec ce succès, Antonelli frappe très fort. Il compte désormais 66 points d’avance sur Russell au classement des pilotes. Et l’Anglais sait qu’il devra, lui aussi, encaisser des pénalités moteur plus tard dans la saison. La marge grandit, la pression change de camp.

Les mots du vainqueur, eux, résument l’instant : il parle d’un résultat « inimaginable », d’une joie brute, presque incrédule, mais sans masquer la réalité sportive. Ce n’est pas un miracle tombé du ciel. C’est une victoire construite, assumée, arrachée face à son propre équipier, dans un contexte stratégique piégeux.

Monza a souvent sacré des champions en devenir. Ce dimanche, elle a vu un jeune Italien partir 19e, remonter tout le peloton, dominer son rival direct au championnat et s’offrir son Grand Prix national.

La question n’est plus de savoir s’il joue le titre. Elle est de savoir qui peut encore l’en empêcher.