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Monza : Antonelli renverse tout et fait l'histoire

À Monza, certains rêves durent une vie. Celui de Kimi Antonelli a pris 53 tours.

Parti 19e sur la grille, le jeune Italien a remonté le peloton comme on remonte le temps, pour s’offrir une victoire insensée au Grand Prix d’Italie, devant son public, devant les tifosi, devant l’histoire. En moins de 17 tours, le pilote Mercedes s’est hissé en tête. Le reste, c’était un duel à couteaux tirés avec son coéquipier et rival pour le titre, George Russell.

Trois tours avant l’arrivée, le combat a pris fin. Antonelli a porté l’attaque décisive, a doublé Russell une dernière fois et s’est envolé vers un succès qui le propulse vers un autre sommet : il se rapproche à grands pas du statut de plus jeune champion du monde de l’histoire de la Formule 1. Et il devient surtout le premier Italien à triompher à Monza depuis 60 ans. Une éternité balayée en un après-midi.

Sur la radio, la voix tremble : « Oh mon Dieu… C’est comme un rêve. »

Plus tard, au micro : il répète qu’il « ne s’y attendait pas », qu’il est « incroyablement heureux ». Rien de fabriqué dans ses mots. Tout colle à ce qu’on vient de voir en piste.

Une remontée pour les livres

Dès l’extinction des feux, le ton est donné. Antonelli, pénalisé sur la grille après un changement d’unité de puissance décidé par Mercedes, refuse le rôle de figurant. En deux tours, il a déjà gagné sept places. Quand le drapeau rouge s’abat après le crash de Charles Leclerc à la sortie de Parabolica, il pointe déjà au 12e rang.

Leclerc, lui, vient de mettre fin brutalement au rêve Ferrari à domicile. Sa monoplace termine dans les barrières, lui s’assied à côté de la piste, abattu. Autour, les tribunes rouges se figent, beaucoup ont les larmes aux yeux. L’autre Ferrari, celle de Lewis Hamilton, ne fera pas mieux que la sixième place. Monza se tait. Ou presque.

Car au milieu de cette sidération, une autre histoire commence à prendre forme. Antonelli y croit déjà, il l’avouera ensuite. Au restart, il découpe le peloton voiture après voiture. Chaque tour grignote un peu plus l’écart qui le sépare de la tête. Devant, George Russell, parti deuxième et rapidement passé devant le poleman surprise Pierre Gasly, mène la danse et pense pouvoir relancer sa chasse au titre.

Le plan de Russell est clair : profiter de la pénalité de son coéquipier pour réduire l’écart au championnat. Le scénario va tourner au cauchemar.

Duel Mercedes, tension maximale

Très vite, les deux Mercedes se retrouvent seules, loin devant. Max Verstappen, troisième, reste à distance respectable, sans jamais menacer réellement. Derrière lui, Lando Norris et Oscar Piastri bouclent une course solide pour McLaren, mais trop loin pour peser sur le destin de ce Grand Prix.

Devant, en revanche, la tension grimpe. Antonelli et Russell se passent, se repassent, se jaugent. Le mur des stands intervient, rappelle à l’ordre, exige qu’ils creusent l’écart sur Verstappen avant de s’expliquer pour de bon. Les consignes calment à peine les ardeurs. Le titre est en jeu, la victoire à Monza aussi. Personne ne lâche.

Le tournant stratégique arrive au 29e tour. Sous régime de voiture de sécurité virtuelle, Mercedes tranche : Antonelli rentre, Russell reste en piste. Deux paris opposés, une seule vérité à l’arrivée. Antonelli ressort sixième, mais avec des pneus frais et un rythme démoniaque. Russell, lui, garde la piste claire, mais sait que la vague revient derrière lui.

« Pour être honnête, je pensais qu’on allait tous les deux rester dehors », concède Russell après la course. Il se dit surpris de voir son coéquipier plonger aux stands. L’équipe a choisi de diviser les stratégies. Antonelli, lui, transforme ce pari en arme.

Tour après tour, l’Italien remonte. Les écarts fondent. La pression devient étouffante.

L’erreur… puis le coup de grâce

À dix tours de l’arrivée, la lutte pour la victoire se résume à un face-à-face. Antonelli est revenu sur Russell, la Mercedes numéro un du jour colle au diffuseur de l’autre. L’attaque semble imminente. Elle arrive au 49e tour. Trop optimiste, trop large : Antonelli tire tout droit dans les graviers en tentant de dépasser.

On croit le moment perdu. On croit la magie brisée.

Ce n’est qu’un contretemps.

La vitesse de l’Italien fait le reste. Il efface en quelques virages le retard accumulé. Une boucle plus tard, il se replace, ajuste, et cette fois, ne tremble pas. Le dépassement est propre, net, définitif. Russell ne peut que constater. Il le dira lui-même : « Kimi a un rythme incroyable. » Et il admet que combler 66 points de retard au championnat relève désormais du défi presque impossible.

Antonelli file vers la ligne, porté par une marée rouge qui, malgré la désillusion Ferrari, a trouvé un nouveau héros à acclamer. Septième victoire de la saison, septième de sa jeune carrière en Formule 1. L’écart au classement général se creuse encore : 66 points d’avance sur Russell.

Un champion en marche

À 20 ans, dans seulement sa deuxième saison en F1, Antonelli signe l’une des courses de référence de sa jeune carrière. Il le sait : « Le meilleur reste à venir. Mais c’est l’une des meilleures courses que j’ai faites, et je m’en souviendrai pour toujours. »

Monza aussi s’en souviendra. Un Italien qui part 19e, qui gagne devant Mercedes, devant Verstappen, devant le monde entier. Un public orphelin de Ferrari, mais qui repart avec la sensation d’avoir peut-être vu naître, ce dimanche, le règne du prochain grand patron de la Formule 1.