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Moses Itauma s'incline face à Filip Hrgovic : un combat mémorable

Moses Itauma a vacillé, puis craqué. Ses rêves de devenir le deuxième plus jeune champion du monde des lourds de l’histoire se sont brisés au neuvième round, emportés par la résistance de granit et la foi inébranlable de Filip Hrgovic, nouveau détenteur du titre IBF.

Pendant huit rounds ou presque, pourtant, le ring lui appartenait.

Un prodige en contrôle total

Dès l’entrée, Itauma avançait vers le ring avec un calme presque solennel. La salle, bondée, scandait déjà son nom. Lui ne bronche pas, visage fermé, comme si tout cela ne le concernait qu’à moitié.

Garde de gaucher, regard fixe, il prend immédiatement l’ascendant. Le premier coup significatif vient de lui : une large droite qui balaie l’air et accroche Hrgovic. Le Croate recule, surpris par la vitesse. Itauma ne le lâche plus. Il le clippe de coups rapides, des frappes sèches, claquantes, qui repoussent le plus grand gabarit vers les cordes. Une droite en croix le secoue franchement. Le message est clair : le jeune Britannique n’est pas venu pour apprendre, mais pour prendre.

Le deuxième round fait basculer la salle. Itauma manque un grand crochet du gauche, mais Hrgovic, lui, marche presque aussitôt sur un court crochet droit, sec comme un coup de fouet. Il s’écroule. Compte de huit. Le Croate se relève, vacillant, mais déjà la dynamique est écrite : le prodige dicte le tempo, l’ancien encaisse.

En fin de reprise, Itauma enchaîne encore une combinaison brûlante. Ses mains partent vite, ses angles sont nets, son regard lucide. Hrgovic répond par séquences, par orgueil, mais il subit.

Au début du troisième, un direct du gauche claque et renvoie la tête de Hrgovic en arrière, perles de sueur projetées dans la lumière. Itauma descend ensuite au corps, plante un coup cruel dans le ventre. Le Croate plie, mais ne rompt pas. De leurs coins, les supporters croates hurlent, sentent que leur homme, enfin, trouve un peu d’air. Quelques touches, un peu de réussite, juste assez pour rappeler qu’il n’est pas venu pour servir de tremplin.

Les premiers signaux d’alarme

Le combat s’installe. Le rythme est élevé, trop élevé peut‑être pour un garçon qui n’a jamais dépassé les six rounds. Itauma commence à grimacer par instants. Dans le cinquième, un superbe court gauche traverse la garde de Hrgovic, mais le vétéran avance toujours, imperturbable, comme s’il marchait dans un vent contraire sans jamais ralentir.

Le souffle d’Itauma se fait plus lourd. À un moment, il doit remettre lui‑même son protège‑dents noir avec un gant. Détail infime, mais signe évident : le masque impassible se fissure. Juste avant la cloche, pourtant, il trouve encore un uppercut venimeux qui renvoie la tête de Hrgovic en arrière, posée sur la colonne d’un cou massif.

Au-dessus de l’œil droit du Croate, une coupure commence à suinter. Un filet de sang, rien de spectaculaire, mais assez pour ajouter une tension supplémentaire. Peu avant la fin d’une reprise, Hrgovic place quelques frappes lourdes. Itauma encaisse, réplique, et le combat s’enflamme vraiment. On a l’impression d’assister à l’instant précis où un duel technique bascule en guerre d’usure.

Le septième round ouvre un territoire inconnu pour Itauma. Il n’a jamais boxé aussi longtemps. Pourtant, il continue de pousser Hrgovic en retrait, lui glisse encore des combinaisons propres, précises. Tout semble tenir. En façade, du moins.

Quand le corps lâche, la volonté ne suffit plus

Le huitième round change tout. Lentement d’abord, puis brutalement.

Hrgovic encaisse encore des coups lourds, « un gros après l’autre ». Il mange, il serre les dents, il reste debout. Itauma, lui, commence à se vider. Ses appuis se font plus lourds, ses épaules tombent. La fatigue n’est plus une hypothèse, elle se lit dans chaque inspiration.

Le Croate, 34 ans, neuf ans de métier chez les professionnels, sent l’ouverture. Contre toute logique, il se remet à avancer, encore, encore. Il n’accélère pas vraiment les mains, mais impose sa présence, sa masse, sa volonté. Itauma paraît soudain désespérément épuisé. Le jeune homme, qui aurait pu gérer, boxer à distance, temporiser, choisit l’échange. Mauvais pari. Il se laisse entraîner dans un duel de force avec un homme bâti pour ce genre de nuit.

La pression finit par tout emporter.

Au neuvième, la tempête s’abat. Itauma recule, les jambes molles, les bras lourds. Il se retrouve contre les cordes, submergé par une série de coups de Hrgovic, frappés avec une conviction renouvelée. Le Britannique s’affaisse, bascule presque dans les cordes, plus vraiment en état de se défendre. L’arbitre s’interpose pour arrêter le supplice. Dans le même instant, depuis le coin britannique, Ben Davison envoie la serviette blanche, qui retombe tristement sur les cordes penchées. Double geste, même constat : le rêve est terminé.

Un champion s’écroule, un autre naît

Le choc est trop violent pour un garçon de 21 ans. Itauma quitte le ring sur une civière, visiblement touché au genou. Le symbole est fort : le corps brisé, la tête sans doute encore plus. Mais la vraie cassure vient de la remontée de son adversaire, de cette leçon de dure réalité que lui inflige un homme qu’il dominait quelques minutes plus tôt.

Hrgovic, lui, inscrit une page d’histoire. Il devient le premier champion du monde des lourds issu de Croatie, un pays sans grande tradition de boxe. Un titre arraché à la volonté pure, à la résistance, à une foi qu’il revendique ouvertement.

Après le combat, il explique qu’il se sentait dominé, « perdant tous les rounds », dépassé en vitesse, en clarté de pensée, en angles de frappe. Il jure ne pas savoir d’où lui est venue l’énergie du neuvième round, parle de force qui ne serait pas la sienne. Il insiste sur l’idée d’un souffle venu d’ailleurs, d’une force spirituelle qui l’aurait porté. Qu’on y adhère ou non, on ne peut nier ce qu’on a vu : un homme au bord de la rupture qui trouve encore de quoi renverser un prodige en pleine lumière.

Il n’oublie pas Itauma. Il le décrit comme « incroyable », le remercie d’avoir accepté le combat, de lui avoir offert la chance de devenir, selon ses propres mots, une nouvelle star de la catégorie reine. « Je suis le présent, et il est définitivement le futur », glisse‑t‑il encore.

Une leçon brutale pour un futur roi

Cette nuit laisse une vérité crue : le talent ne suffit pas chez les lourds. Pas à ce niveau. Pour toute sa vitesse, sa technique, ses angles déroutants, Itauma a payé son manque d’expérience. À partir du huitième, il aurait dû serrer le jeu, refuser la bagarre, survivre plutôt que séduire. Il a choisi l’orgueil, il a trouvé Hrgovic.

Le Croate, lui, n’a jamais cessé d’y croire. Une seule défaite en neuf ans de carrière professionnelle, une réputation d’homme dur, forgé pour les combats longs. On pensait qu’il ne pourrait pas suivre la cadence imposée par la jeunesse, les jambes et les mains d’Itauma. C’est finalement sa réserve de souffle, sa ténacité, son entêtement presque obstiné qui ont tout changé.

Itauma a 21 ans. Il a le temps de revenir, de digérer cette défaite, de la transformer en fondation plutôt qu’en cicatrice. Mais la ceinture, les célébrations, la gloire immédiate, tout cela appartient désormais à Hrgovic.

Le nouveau champion du monde vient de rappeler, avec une brutalité froide, ce que signifie vraiment la catégorie des lourds : un endroit où le talent s’expose, mais où la réalité finit toujours par frapper plus fort.