Naomi Osaka se ressaisit et atteint le troisième tour à New York
Naomi Osaka vacille, puis se ressaisit : cap sur le troisième tour à New York
Naomi Osaka avait le match dans la main. Une fois encore. Un set en poche, un break d’avance, la balle qui fuse proprement sur le ciment de New York, et une qualification tranquille pour le troisième tour du US Open qui semblait déjà inscrite au programme face à Katerina Siniakova.
Puis la crispation est arrivée.
Alors qu’elle menait la danse, la double lauréate du tournoi a laissé filer le fil de son jeu dans les derniers jeux du deuxième set. Son bras s’est raidi, ses choix se sont obscurcis, et Siniakova a profité de la brèche pour arracher une manche décisive. Le tableau d’affichage a soudain pris un tout autre relief.
C’est là qu’Osaka a rappelé pourquoi elle reste, quoi qu’on en dise, une joueuse de grands rendez-vous. Elle a soufflé, remis de l’ordre dans ses pensées, puis a imposé un troisième set sans appel : 6-2, 5-7, 6-1. Un score qui ne raconte qu’une partie de l’histoire, mais qui la renvoie au troisième tour avec une victoire à la fois nerveuse et fondatrice.
Une saison qui la remet au centre de la scène
Avant cette tournée nord-américaine, Osaka avait déjà commencé à réécrire son propre récit. Elle qui, pendant des années, semblait simplement patienter jusqu’au retour du dur, a enfin trouvé des réponses sur les autres surfaces. Huitième de finaliste à Roland-Garros, quart de finaliste à Wimbledon : des repères nouveaux sur des terrains longtemps hostiles.
Son niveau sur gazon, surtout, a surpris. Sur ce tapis qui l’a tant fait douter, elle a renversé la numéro 1 mondiale Aryna Sabalenka au quatrième tour à Londres. Elle a ensuite payé la note physique en quart, usée après une finale disputée à Bad Homburg la semaine précédente. Mais dans la qualité de son jeu, c’était son meilleur visage depuis son sacre à l’Open d’Australie 2021.
Elle est donc arrivée en Amérique du Nord avec quelque chose qu’elle n’avait plus vraiment depuis longtemps : une vraie certitude intérieure.
Gagner moche, mais gagner quand même
Cette confiance a toutefois un prix : les attentes. Et ses deux premiers matches à New York en portent la marque.
Au premier tour, face à Anastasia Zakharova, Osaka s’est accrochée à deux tie-breaks pour s’en sortir 7-6 (6), 7-6 (3), après avoir abandonné un break d’avance dans chaque manche. Nerveuse, parfois brouillonne, mais victorieuse.
Contre Siniakova, ses nerfs lui coûtent cette fois un set entier. Mais à ce stade d’un Grand Chelem, pour les têtes d’affiche, l’essentiel n’est pas encore de dérouler un tennis parfait. Il s’agit de survivre, de traverser les trous d’air, de se donner le droit d’atteindre ces tours où le niveau s’élève et où les automatismes se mettent en place.
Osaka, elle, sait où aller chercher cette force. Elle l’a expliqué sans détour : lorsqu’un match bascule dans une troisième manche, son esprit repart vers la finale de l’Open d’Australie 2019, ce combat en trois sets remporté face à Petra Kvitova. Une référence intime, un souvenir qu’elle ressort de sa « banque de mémoire » pour se rappeler qu’elle a déjà tenu ce genre de bras de fer.
C’est le privilège des joueuses qui ont tout connu : elles disposent d’un catalogue de scénarios vécus, de situations renversées, de courts où elles ont déjà laissé leurs doutes derrière elles. À Flushing Meadows, Osaka a accumulé assez de souvenirs heureux pour y trouver, encore, des ressources.
Une championne scrutée bien au-delà de son tennis
Parler d’Osaka aujourd’hui, c’est aussi parler de tout ce qui l’entoure. Son tennis revient à son meilleur niveau, mais ses apparitions en Grand Chelem sont désormais des événements complets, des entrées en scène calculées, des tenues attendues, commentées, disséquées.
Cette année, ses tenues au US Open rendent hommage à Allen Iverson, icône du basket et symbole d’une culture qui dépasse largement le cadre sportif. Ses choix vestimentaires, souvent spectaculaires, alimentent la conversation. Ils déclenchent aussi, régulièrement, des critiques acerbes.
Pour une joueuse réservée, discrète dans la vie, cette réaction est frappante. Son simple goût pour la mode suffit à en irriter certains, qui la taxent de « chercheuse d’attention » et lui reprochent de ne pas se concentrer uniquement sur son tennis. Ses difficultés de santé mentale, exposées en 2021, sont parfois brandies contre elle, comme si le fait d’assumer aujourd’hui un style affirmé contredisait les fragilités d’hier. Comme si elle n’avait pas le droit d’évoluer.
Une large partie de ces attaques repose sur de la mauvaise foi pure. Osaka traîne encore, aux yeux de certains, le « tort » d’avoir porté des messages antiracistes forts au début des années 2020. On lui en veut toujours, et chaque robe, chaque paire de chaussures, sert de prétexte.
Elle, pourtant, reste une introvertie. La mode est pour elle un langage plus simple que les conférences de presse. Une façon d’exister sans parler. Et au fond, elle le rappelle par son attitude : elle est là pour divertir, pour courir, frapper, offrir un spectacle. Le reste n’est que bruit de fond. Jouer au tennis en robe élaborée ne menace ni l’ordre du monde, ni la crédibilité de son sport.
Un tableau sans cadeau
Le tournoi, lui, ne lui fera aucun présent. Osaka a hérité de l’un des parcours les plus piégeux parmi les prétendantes au titre. Elena Rybakina, tête de série numéro 2, se profile déjà comme possible adversaire en huitièmes de finale. Un choc de puissance, de lignes tendues, de premières balles lourdes.
Avant d’y penser, elle devra toutefois franchir les étapes. Son premier objectif reste simple : y arriver. Atteindre ce quatrième tour qui lui permettrait de se mesurer à l’une des joueuses les plus redoutables du moment et de tester, grandeur nature, l’épaisseur retrouvée de son jeu.
Swiatek avance, Dart s’arrête, Auger-Aliassime cale
Pendant qu’Osaka s’extirpait de son piège, Iga Swiatek a poursuivi sa montée en régime à New York. La tête de série numéro 8, titrée ici en 2022, a dominé Nadia Podoroska 6-3, 6-2 pour filer au deuxième tour. Propre, autoritaire, dans la lignée d’une joueuse qui connaît parfaitement les exigences du tournoi.
La journée a été bien plus rude pour Harriet Dart. La Britannique, issue des qualifications, n’a jamais vraiment trouvé de prise face à la tête de série numéro 25, Marie Bouzkova, qui l’a sèchement éliminée 6-2, 6-2.
Chez les hommes, Félix Auger-Aliassime a vécu une sortie pénible. Tête de série numéro 3 et demi-finaliste l’an passé, le Canadien a été freiné par des vertiges et un malaise physique. Karen Khachanov en a profité pour renverser le match et s’imposer 6-7 (5), 6-3, 6-2, 6-2, laissant Auger-Aliassime sans réponse et le tableau masculin sans l’un de ses principaux outsiders.
Au milieu de ces trajectoires qui se croisent, Osaka avance, parfois en tremblant, mais toujours debout. Ses nerfs la testent, son tableau la défie, ses choix hors du court la divisent. Reste une question, simple et brûlante : cette fois, son tennis suffira-t-il à faire taire tout le reste ?




