Naufrage historique du Pakistan à Edgbaston
Le Pakistan est en train de réécrire l’histoire du Test cricket en Angleterre. Mais du mauvais côté du livre de records.
À Edgbaston, les cinq premiers batteurs pakistanais sont tous repartis avec un score à un seul chiffre lors de la première manche. Jamais une équipe n’avait connu un tel effondrement de son top 5 dans un Test en Angleterre au cours d’une première manche. Les précédents désastres de ce type n’avaient surgi qu’en deuxième manche. Là, c’est d’entrée que tout s’est écroulé.
Un top-order en miettes
Le tableau d’affichage raconte une histoire brutale : 60-5. Avant cela, 48-5. Puis 43-4, 37-4, 35-4. À chaque mise à jour, un cran de plus vers l’abîme.
Les chiffres compilés par Andy Zaltzman sont impitoyables. Dans cette série en Angleterre, le Pakistan n’a tout simplement jamais réussi à poser les fondations. Le deuxième guichet est tombé à 6 et 13 à Leeds, 16 et 7 à Lord’s, et 14 ici. Au total, seulement 56 runs marqués avant la chute du deuxième guichet sur l’ensemble de la série. Une moyenne de 5,6 pour le premier partenariat, puis 11,2 au moment de la deuxième perte. C’est le genre de tendance qui ne relève plus du hasard. C’est une faillite structurelle du haut de l’ordre.
Le Pakistan file tout droit vers un record vieux de plus d’un siècle. L’Australie de 1888 détenait jusqu’ici la marque de la pire moyenne au moment de la chute du deuxième guichet lors d’une série en Angleterre, avec 16 runs. Les Pakistanais sont en train de pulvériser ce plancher.
Josh Tongue frappe, Babar s’effondre
Au cœur de ce chaos, l’attaque anglaise se régale. Josh Tongue, lancé dans le feu de l’action, n’a pas tardé à imposer sa loi. Rapide, agressif, précis. Sa première over se termine par le scalp le plus précieux : Babar Azam, nettoyé pour 7.
La balle est pleine, rapide, rentrante, vient fracasser le haut du off stump. Une exécution clinique. Babar, lui, reste planté sur l’arrière, en retard, battu en vitesse, loin de la ligne. Une scène presque déroutante pour un joueur de ce calibre. Le capitaine pakistanais, censé stabiliser l’édifice, n’a fait qu’accélérer l’écroulement.
À ce moment-là, le commentaire radiophonique parle de « procession ». Le mot n’est pas exagéré. Le Pakistan n’a tout simplement aucune réponse à offrir.
Saud Shakeel, élégance au milieu des ruines
Et pourtant, au milieu de ces décombres, il y a Saud Shakeel. Son bat résonne comme un contrepoint esthétique à la catastrophe collective.
Une couverture magnifique, fluide, parfaitement chronométrée, file à travers extra-cover. Puis une autre. Et encore une. Les drives de Saud illuminent brièvement le décor sombre d’Edgbaston. Le pitch est bon, la balle vient bien sur la batte. C’est presque ce qui rend la situation pakistanaise encore plus accablante : la surface n’a rien d’un piège, l’attaque anglaise est en forme, certes, mais les conditions ne justifient pas un tel naufrage.
Saud flirte aussi avec le danger. Sur une tentative plus lâche, il trouve un épais inside edge qui frôle le leg stump avant de filer pour quatre. Plus tôt, il a été sauvé par Ben Duckett, qui laisse échapper une chance difficile à première slip, sa deuxième erreur de la matinée. Le ballon part vite, haut, Duckett touche mais ne verrouille pas. Shakeel, alors à 7, reste en vie.
Il profite d’un rare short ball d’Ollie Robinson pour le punir d’un pull à travers square leg, bien stoppé dans le deep. Robinson, lui, revient vite à ce qui fonctionne : longueur plus pleine, balles qui s’échappent du batteur, belles away swingers pour terminer l’over.
Atkinson cherche sa récompense, la pluie rôde
Gus Atkinson entre ensuite en scène, remplaçant Jofra Archer. Sa feuille de stats dans cette série est trompeuse : un seul guichet, concédé à 125 runs. Mais son bowling a valu bien plus que ce bilan brut. Ligne, longueur, rythme : il a souvent mérité mieux. Il espère que la chance tournera dans ce Test.
Pour l’instant, c’est surtout le Pakistan qui grappille au compte-gouttes. Quelques byes offerts par une erreur de ligne d’Ollie Robinson, trop côté leg, la balle effleurant les gants de Jamie Smith. Une épaisse edge de Saud apporte deux runs de plus alors que la pluie commence à tomber sur Edgbaston. Le Pakistan se rapproche, ironie cruelle, de son plus faible total en Test.
Les nuages s’invitent, les covers se mettent en mouvement… puis s’arrêtent. La pluie s’intensifie pendant la pause boisson, les protections avancent à moitié, avant que le ciel ne se calme. Les arbitres renvoient les hommes en blanc, le jeu reprend. Soulagement pour l’Angleterre, qui sent qu’elle tient le Pakistan sous l’eau. Soulagement aussi pour le public, qui sait qu’il est en train d’assister à quelque chose de rarissime.
Reste une question, brutale : combien de temps encore le Pakistan peut-il survivre à ce genre de départs, dans cette série et au-delà, avant que les fissures ne deviennent irréparables ?




