Norris décroche la pole au Madring dans un final haletant
Norris arrache la première pole du Madring au bout du suspense
Lando Norris a attendu le tout dernier souffle de la séance pour frapper. Un tour lancé d’une précision chirurgicale, une voiture posée sur un fil, et la McLaren a surgi en pole position du tout premier Grand Prix d’Espagne au Madring, devant la Mercedes de Kimi Antonelli et la Red Bull de Max Verstappen.
Le champion du monde en titre avait pourtant cru avoir fait le plus dur. En 1’31’’824, Verstappen avait dompté ce nouveau tracé sinueux, signé une référence qui ressemblait à une sentence, et décroché ce qui devait être sa 19e pole en carrière. Mais le Madring a déjà son caractère : il récompense ceux qui osent jusqu’au bout. Norris a osé.
Lewis Hamilton, lui, avait brièvement cru à une résurrection. Premier homme en 1’32, auteur d’un tour rageur après son erreur du matin, il s’était installé en tête après la première salve de Q3 avant de glisser au quatrième rang, derrière Charles Leclerc et Antonelli, mais devant l’autre Mercedes de George Russell.
Oscar Piastri a encore pris de plein fouet la comparaison interne chez McLaren. Septième seulement, loin du chrono de Norris, l’Australien s’est retrouvé coincé dans un groupe très serré, complété par Liam Lawson, Franco Colapinto et Arvid Lindblad, solide dixième après avoir effacé son crash de la veille en FP2.
Audi, brillante en essais, a disparu au moment de compter. Nico Hülkenberg s’est arrêté aux portes de Q3, onzième devant son équipier Gabriel Bortoleto. Juste derrière, Esteban Ocon a pris l’ascendant sur son compatriote Pierre Gasly, poleman la semaine dernière, pour la 13e place, devant Yuki Tsunoda et la Williams d’Alex Albon.
Pour le public espagnol, la douche froide est arrivée très tôt. Carlos Sainz et Fernando Alonso ont été éliminés dès la Q1, sous les sifflets et les soupirs des tribunes. Sainz, en plus, fera l’objet d’une enquête pour avoir gêné Valtteri Bottas.
Les héros locaux n’ont même pas pu se consoler en regardant les Cadillac briller : Sergio Perez et Bottas ont terminé juste derrière eux, loin des débats pour la Q3. Journée noire aussi pour Ollie Bearman et Lance Stroll, qui n’ont pas vu la piste : la Haas du Britannique n’a pas pu être réparée après son crash en FP3, tandis que l’Aston Martin est restée au garage à cause d’un problème suspecté de pression d’eau.
Q1 : Mercedes frappe fort, la claque pour l’Espagne
Trois séances d’essais, trois drapeaux rouges, et toujours autant de zones d’ombre au moment de lancer la Q1. Le Madring, étroit, piégeux, exigeant, avait déjà montré une chose : le trafic serait un ennemi aussi redoutable que les murs.
Bearman, lui, n’aurait même pas à s’en soucier. Haas a rapidement confirmé l’évidence : les dégâts sur la VF-26 étaient trop importants pour espérer la remettre en état à temps.
Dès que le feu est passé au vert, la piste s’est remplie. Les deux Cadillac ont ouvert la marche, suivies par un long train de voitures pressées de signer un temps de sécurité. Antonelli a dégainé le premier chrono de référence : 1’33’’566 en pneus tendres, assez pour devancer Verstappen, parti en médiums, à 0’’178.
Audi a prolongé sa belle forme des essais libres. Bortoleto s’est installé en troisième position avant de glisser au cinquième rang lorsque Norris a complété son tour et que Lawson a frappé plus fort encore pour s’emparer du meilleur temps.
Antonelli a tenté de reprendre les commandes, mais l’Italien a bloqué une roue, abandonnant son tour pour éviter le mur. Verstappen, Leclerc, Hamilton ont amélioré, sans déloger Lawson. Derrière, Russell a offert un frisson à Mercedes : un léger baiser au mur, copie conforme de l’erreur qui avait brisé la suspension d’Albon en FP3. Le Britannique a demandé un contrôle immédiat… mais son chrono suffisait pour le placer septième et virtuellement en sécurité.
À l’autre bout du classement, la situation se tendait pour Alonso, Albon, Perez, Bottas, Bearman et Stroll, ces deux derniers n’ayant toujours pas pris la piste. Albon a réussi à s’extraire de la zone rouge, mais son amélioration a condamné les deux Espagnols. Alonso et Sainz ont quitté la séance dès la Q1, sous les regards incrédules des fans. Pour ne rien arranger, Sainz a été noté pour avoir gêné Bottas, incident qui sera examiné plus tard.
Russell, mécontent de son premier effort, est ressorti. Bien lui en a pris : 1’33’’211, meilleur temps de la Q1 devant Antonelli, Lawson et Verstappen.
Éliminés : Sainz, Alonso, Perez, Bottas, Bearman, Stroll.
Q2 : Verstappen impose le rythme, Audi dévisse
Ils n’étaient plus que 16 pour la Q2, et Antonelli a repris son rôle de lièvre. 1’32’’603 pour lancer le débat. La réponse de Red Bull n’a pas tardé : Verstappen a arraché le meilleur temps pour 0’’046, Lawson plaçant l’autre Red Bull au quatrième rang. Les deux monoplaces bleues restaient en embuscade pour la première ligne.
À la fin de la première vague de tours rapides, deux noms manquaient encore au tableau : Gasly et Colapinto. L’Argentin avait bien tenté un tour, mais une glissade brutale à La Monumental l’avait forcé à abandonner sa tentative et à rentrer au stand.
Ils sont finalement ressortis dans les quatre dernières minutes, au moment où tout le monde se repositionnait pour un ultime assaut. Les ingénieurs le répétaient déjà dans les stands : au Madring, la place sur la grille vaudra de l’or. Dans la zone d’élimination à ce moment-là : Bortoleto, Tsunoda, Ocon, Albon, mais aussi Gasly et Colapinto.
Le sprint final a tout bouleversé. Colapinto a signé un tour de haute volée pour grimper jusqu’à la septième place. Audi, elle, a tout perdu : Hülkenberg et Bortoleto sont restés coincés hors du top 10. Ocon a échoué lui aussi, tout comme Gasly, dépité à la radio par un manque total de grip, Tsunoda et Albon.
Lindblad et Piastri, eux, ont sauvé leur peau pour un souffle, avec des temps identiques qui les ont propulsés en Q3. Verstappen, toujours, gardait la main.
Éliminés : Hülkenberg, Bortoleto, Ocon, Gasly, Tsunoda, Albon.
Q3 : un dernier tour monstrueux offre la pole à Norris
La pause a été courte. Le risque de drapeau rouge, lui, restait immense. Personne n’a traîné : les dix finalistes se sont rués sur la piste.
Antonelli a signé le premier chrono sérieux, avant qu’Hamilton ne vienne tout balayer. 1’32’’079, un tour plein d’attaque, qui lui offrait la pole provisoire et le plaçait devant les deux Mercedes au terme de la première tentative. Derrière, Leclerc pointait quatrième, suivi de Verstappen, Norris, Piastri, Lawson, Colapinto et Lindblad.
Restait une question simple, mais brutale : quelqu’un pouvait-il aller chercher ce tour d’Hamilton sur un circuit aussi exigeant, avec des pneus déjà marqués et une marge d’erreur minuscule ?
Antonelli a relancé la bataille. Premier à franchir la ligne dans la dernière série, l’Italien a repris la tête, confirmant sa vitesse impressionnante sur un tour. Hamilton, lui, n’a pas amélioré. La pole semblait se jouer entre le jeune prodige de Mercedes et Verstappen.
Et puis Norris a tout renversé.
Un dernier tour à la limite, chaque corde léchée, chaque sortie élargie d’un demi-mètre de plus. À l’arrivée, 0’’011 d’avance sur Antonelli. Un souffle. Suffisant pour offrir à Norris sa troisième pole de la saison, sur un circuit qu’il découvrait en conditions de qualification. Verstappen a trouvé un peu de temps lui aussi, assez pour arracher la troisième place sur la grille, devant Hamilton et Leclerc.
Russell, seulement sixième, a vu sa campagne au championnat prendre un nouveau coup derrière les leaders. Piastri a dû se contenter de la septième place, devant Lawson, Colapinto et Lindblad, tous deux parfaits représentants du “meilleur des autres” sur ce tracé sans répit.
Dimanche, à 15h, le Madring lâchera enfin la meute pour 66 tours serrés comme une corde de guitare. Norris tiendra-t-il sa ligne de fuite face à Antonelli et Verstappen, ou cette première pole au Madring restera-t-elle le sommet d’un week-end impossible à dompter jusqu’au bout ?




